‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 448 sur 588 · II. — Pourquoi Rome persécuta l'Eglise · texte numérisé non relu

II. — Pourquoi Rome persécuta l'Eglise

Dieu qui s'étoit servi des Romains pour donner le premier coup aux Juifs, devoit employer le méme bras pour les abattre; et cela devoit arriver, comme nous verrons, incontinent aprés la mort de saint Jean. Cet apótre vit en esprit ce mémorable événement, et Dieu ne voulut pas qu'il ignorât la suite de ses conseils sur ce peuple, autrefois si chéri. Mais les Romains, exécuteurs de la vengeance divine, la méritoient plus que tous les autres par leurs idolâtries et leurs cruautés. Rome étoit la mère de l’idolâtrie : elle faisoit adorer ses dieux à toute la terre; et parmi ses dieux, ceux qu'elle faisoit le plus adorer, c'étoient ses empereurs. Elle se faisoit adorer elle-même, et les provinces vaincues lui dressoient des temples : de sorte qu'elle étoit en même temps, pour ainsi parler, idolâtre et idolâtrée, l'esclave et l'objet de l’idolâtrie. Elle se vantoit d'étre par son origine une ville sainte, consacrée avec des augures favorables et bâtie sous des présages heureux. Jupiter, le maître des dieux, avoit choisi sa demeure dans le Capitole, où on le croyoit plus présent que dans l'Olympe méme et dans le ciel où il régnoit. Romulus l'avoit dédiée à Mars, dont il étoit fils : c'est ce qui l'avoit rendue si guerrière et si victorieuse. Les dieux qui habitoient en elle, lui avoient donné une destinée sous laquelle tout l'univers devoit fléchir. Son empire devoit être éteruel: tous les dieux des autres peuples et des autres villes lui devoient céder : et elle comptoit le Dieu des Juifs parmi les dieux qu'elle avoit vaincus.

Au reste comme elle croyoit devoir ses victoires à sa religion , elle regardoit comme ennemis de son empire ceux qui ne vou-

1 Apoc., 11, 95 111, 9, — 3 Dan., 1x, 21.

Page 1