‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 449 sur 588 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

loient pas adorer ses dieux , ses césars et elle-même. La politique

s'y méloit. Rome se persuadoit que les peuples subiroient plus

volontiers le joug qu'une ville chérie des dieux leur imposoit ; et

combattre sa religion, c'étoit attaquer un des fondemens de la domination romaine.

Telle a été la cause des persécutions que souffrit l'Eglise durant trois cents ans : outre que c'étoit de tout temps une des maximes de Rome, de ne souffrir de religion que celle que son sénat autorisoit'. Ainsi l'Eglise naissante devint l'objet de son aversion. Rome immoloit à ses dieux le sang des chrétiens dans toute l'étendue de son empire, et s'en enivroit elle-màme dans son amphithéâtre plus que toutes les autres villes. La politique romaine et la haine insatiable des peuples le vouloit ainsi.

III.— La chute de Rome et de son empire avec celle de l'idolátrie, résolues dans les conseils éternels de Dieu : prédites par les prophètes et plus particuliàrement par saint Jean.

Il falloit donc que cette ville impie et cruelle, par laquelle Dieu avoit épuré les siens et tant de fois exercé sa vengeance sur ses ennemis, la ressentit elle-méme à son tour; et que, comme une autre Dabylone, elle devint à tout l'univers qu'elle avoit assujetti à ses lois, un spectacle de la justice divine.

Maisle grand mystère de Dieu, c'est qu'avec Rome devoit tomber son idolâtrie ; ces dieux soutenus par la puissance romaine devoient étre anéantis , en sorte qu'il ne restát pas le moindre vestige de leur culte, et que la mémoire méme en füt abolie. C'étoit en cela que consistoit la victoire de Jésus-Christ : c'est ainsi « qu'il devoit mettre ses ennemis à ses pieds ?, » comme le Psalmiste l'avoit prédit : c'est-à-dire qu'il devoit voir non-seulement les Juifs, mais encore les Romains et tous leurs faux dieux détruits, et le monde à ses pieds d'une autre sorte, en se soumettant à son Evangile et en recevant ses graces avec humilité.

Toutes ces merveilles avoient été prédites par les prophétes dés les premiers temps. Moise nous avoit fait voir l'Empire romain comme dominant dans la Judée et «comme devant périr à la fin ?, »

1 Tit. Liv., lib. XXXIX; Orat. Mocen., ap. Dion., lib, LIJ, etc, — ? Psal. cix, 9, — 3 Num., XXIV; 24.

ainsi que les autres empires. Daniel avoit prédit la dispersion et la désolation des Juifs‘. Isaïe avoit vu les persécutions des fidèles et la conversion de l'univers par leurs souffrances ?. Le méme prophète, sous la figure de Jérusalem rétablie, a vu la gloire de l'Eglise : « Les rois devenus ses nourriciers et les reines ses nourrices , leurs yeux baissés devant elle, et leur majesté abaissée à ses pieds *. » Daniel a vu «la pierre arrachée de la montagne sans le secours de la main des hommes *, » qui devoit briser un grand empire. Il a vu l'empire « du Fils de l'homme, » et dans l'empire du Fils de l'homme, « celui des Saints du Très-Haut *; empire auquel Dieu n'avoit donné aucunes bornes, ni pour son étendue, ni pour sa durée. Tous les prophétes ont vu comme Daniel la conversion des idolâtres et le règne éternel de Jésus-Christ sur la gentilité convertie, en même temps que le peuple juif seroit dispersé : et tout cela pour accomplir l’ancien oracle de Jacob *, qui faisoit commencer l'empire du Messie sur tous les peuples, en méme temps qu'il ne resteroit parmi les Juifs aucune marque de magistrature ni de puissance publique.

Comme ce grand ouvrage de la victoire de Jésus-Christ dans la dispersion des Juifs, dans la punition de Rome idolâtre et dans le glorieux établissement de l'Eglise , alloit se déclarer plus que jamais au temps qui devoit suivre saint Jean , c'est aussi ce grand ouvrage que Dieu lui fit connoitre : et c'est pourquoi nous verrons un ange resplendissant comme le soleil, qui levant la main au ciel, jurera par Celui qui vit aux siècles des siècles, « que le temps étoit venu, et que Dieu alloit accomplir son grand mystére, qu'il avoit évangélisé et annoncé par les prophètes, ses serviteurs.» Saint Jean , qui étoit plus prés de l'accomplissement du . mystère, le voit aussi dans tout son ordre. Sa prophétie est comme une histoire où l'on voit premièrement tomber les Juifs dans le dernier désespoir : mais où l'on voit bien plus au long et bien plus manifestement tomber les Romains, dont la chute devoit aussi étre bien plus éclatante. Saint Jean voit toutes ces choses : il voit les grands caractères qui ont marqué le doigt de Dieu, et

DOUX, 26,27. = 3 $8 ; LIX, 19. — 3 Jsa., XLIx, 23 ^D ; / ; .— Gn., YI, 34, 44, — Ÿ Dan., vu, 18, 14,18, 91. — 9 Gen. xuix, 10, — 7 Apoc. x, 8, 6, TT.

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