‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 451 sur 588 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

On voit à la fin du livre denouveaux combats ! où je ne veux pas encore entrer. Je me contente d’avoir ici donné l’idée générale de la principale prédiction : pour en pénétrer le détail, il faut encore s'instruire des événemens particuliers qui se devoient développer dans l'exécution de ce grand ouvrage de Dieu.

Histoire abrégée des événemens depuis la mort de saint Jean sous Trajan , en lan 401, jusqu'à l'an 410, oà Rome fut prise par Alaric.

I. — Etat des Juifs depuis la ruine de Jérusalem et du temple sous Vespasien :

leur désastre sous Trajan et leur désolation sous Adrien.

Les Juifs n'étoient pas entièrement chassés de Jérusalem par la ruine de cette ville, et par l'incendie de son temple sous Vespasien et sous Tite. Ils s'étoient bâti des maisons dans Jérusalem, et ils s'étoient fait un honneur de conserver le lieu saint où le temple avoit été posé : ce qui fit que les chrétiens y eurent aussi dans le méme temps, sous quinze évéques consécutifs tirés des Juifs, une église florissante , où ils recueilloient beaucoup de fidèles de cette nation : mais le gros du peuple persista dans la haine qu'il avoit concue pour Jésus-Christ et ses disciples , ne cessant d'animer contre eux les gentils par leurs calomnies?. Jamais ils n'avoient été plus remuans ; et devenus comme furieux par leur malheur, ils sembloient étre résolus à se relever de leur chute ou à périr tout à fait, et envelopper le plus qu'ils pourroient de leurs ennemis dans leur ruine.

Saint Jean les avoit laissés dans cette funeste disposition lorsqu'il mourut. Ce fut sous Trajan et dans la seconde année de son empire que l'Eglise perdit ce grand apôtre , que Dieu avoit conservé jusqu'à une extréme vieillesse , pour affermir par son témoignage et par sa doctrine la foi de l'Eglise naissante. Un peu après, sous le même prince, les Juifs reprirent les armes avec une espèce de rage * : ils espérèrent peut-être profiter du temps où il étoit occupé contre les Parthes. Mais Lysias, qu'il envoya contre eux, tailla en pièces leurs armées, en fit périr un nombre infini, etles mit de nouveau sous le joug. Leur défaite fut encore plus

1 Apoc., xx. 1 et seq. — ? Apoc., 11, 9. — 8 An. Ch, 115, 117.

sanglante dans la Libye et dans l'ile de Chypre, où ils avoient fait des carnages inouis ; et il sembloit que Trajan ne ]eur avoit laissé aucune ressource !.

Ils furent mis en cet état dans la dix-neuvième année de ce prince, qui fut aussi la dernière de son empire : mais ils reçurent comme un second coup bien plus terrible sous Adrien?, lorsque ces désespérés ayant repris les armes avec une furie dont on ne voit guère d'exemples, cet empereur tomba sur eux par ses généraux avec toutes les forces de l'Empire. Alors tout ce qui restoit de gloire à Jérusalem fut anéanti : elle perdit jusqu'à son nom; - Adrien ne lui laissa plus que le sien qu'il lui avoit donné. Pour les Juifs, il en périt prés desix cent mille dans cette guerre, sans compter ceux qui furent consumés par la famine et par le feu, et les esclaves sans nombre qu'on vendit par toute la terre : ce qui, dans toute la suite, leur fit regarder un marché fameux, qu'on appeloit le marché de Térébinthe, avec horreur, comme si on eüt dû encore les y vendre tous à aussi vil prix qu'on avoit fait après leur défaite entière sous Adrien ?.

II. — Cette révolte excitée par le faux messie Barcochébas : horrible désolation des Juifs : leur défaite coüta beaucoup de sang aux Romains.

L'auteur de cette révolte fut Cochébas ou Barcochébas , dont le nom signifioit l'Etoile ou le fils de l'Etoile *. Les Juifs trompés par Akiba, le plus autorisé de tous leurs rabbins , le prirent pour le Messie. Son nom méme aidoit à la séduction, et lui donna occasion de s'approprier cette ancienne prophétie du livre des Nombres : « ll s'élévera une étoile de Jacob *. » Selon cette prophétie, Barcochébas se disoit un astre descendu du ciel pour le salut de sa nation opprimée : mais au contraire , elle fut exterminée pour jamais de sa patrie *.

Les Juifs ont regardé ce désastre comme le plus grand qui leur füt jamais arrivé, plus grand méme que celui qui leur étoit arrivé : * Paul. Oros., VII, XII; Dio, in Traj.; Euseb., IV, vi; Chron., ad an Traj., 15. n d crier IE in Ezech., I, 1v, et VIII, xxiv ; Dio, in Adrian. ;

$., XI; Euseb., Chron., in Adrian., 18; Euseb., IV, 1t, vi, vir ; Hie-

ronym., in Jerem., IV, xx; in Zach., X1; in Joel., 1; in Isa., VY, etc. — * Euseb., Chron., ad an. 134. — 5 Num., xxiv, 17. — 6 Euseb., IV, vi.

Page 1