CHAPITRE III
leur temps Mahomet et ses sectateurs, les ont objectées aux chrétiens comme le foible du christianisme. Les paiens en concluoient que l'Eglise chrétienne, qui se glorifioit de son institution divine, étoit une invention humaine comme les autres sectes, divisée comme elles en plusieurs factions, qui n'avoient rien de commun que le nom. Outre cela ils attribuoient aux vrais chrétiens les dogmes des hérétiques : ainsi la doctrine chrétienne étoit méprisée et haie : méprisée comme affoiblie par ses divisions; haie comme chargée des dogmes impies des sectes qui portoient son nom. C'est assurément un des moyens des plus dangereux dont se soit servi le démon pour obscurcir l'Evangile ! et empêcher. que la gloire ne s'en fit sentir aux infideles, Dieu le permettant ainsi par un juste jugement, et punissant les impies par une espèce de soustraction de la lumière qu'ils ne vouloient pas recevoir.
IV.— Le règne de Valérien : Malheur de ce prince, et dispositions à la chute de l'Empire romain.
Il leur préparoit en méme temps des châtimens plus sensibles. Comme les Romains aveuglés ne profitoient pas de la prédication de l'Evangile, et que Rome au contraire s’opiniâtroit depuis deux cents ans à ‘soutenir l'idolátrie par toute la terre, Dieu résolut d'óter l'empire à cette ville impie, qui avoit entrepris d'éteindre la race et le nom des Saints. Les guerres d'Orient furent constamment la première cause de sa chute, et ce fut de ce cóté-là que l'empire persécuteur recut ses premieres plaies par la défaite et la prise de Valérien ?. Les Perses avoient repris l'empire de l'Orient sous un Artaxerxe, qui envahit le royaume des Parthes, anciens et implacables ennemis du nom romain. Ces peuples étoient renfermés au delà de l'Euphrate ; et s'ils le passoient quelquefois pour envahir les provinces de l'Empire, ils se voyoient bientót repoussés par la puissance romaine, qui leur portoit la guerre et la désolation jusque dans le sein. Les choses changèrent sous Valérien, grand prince d'ailleurs, mais l'un des plus cruels persécuteurs que l'Eglise eût encore éprouvés. C'est dans celte sanglante perse
1 [I Cor., 1V, 3, 4. — ? Ce prince régna de 260 à 269.
cution que saint Cyprien et saint Laurent souffrirent le martyre. Depuis que Valérien l'eut commencée, il fut le plus malheureux de tous les empereurs !. On sait la défaite honteuse de ce prince par Sapor, roi de Perse, sa prise, son long esclavage, le triste état de l'Empire romain, les trente tyrans auxquels il fut donné en proie; en méme temps l'inondation des Barbares qui le ravageoient, c'est-à-dire à la fois la guerre civile et la guerre étrangère, et une terrible agitation, non-seulement dans les provinces, mais encore dans tout le corps de l'Empire. Alors il sembla que tous les peuples perdissent en méme temps le respect pour la majesté romaine. On vit entrer de tous cótés, dans toutes les terres de l'Empire, ceux qui le devoient mettre en pièces : les Suèves, les Alains, les Germains, les Allemands, peuple particulier de la Germanie, qui a depuis donné parmi nous le nom à la nation; les Hérules, les Vandales, les Francs, les Gépides, noms presque inconnus jusqu'alors; et comme à la tête de tous, les Goths qui les animoient et qu'on nommoit presque seuls parmi tant d'ennemis, à cause qu'ils se signaloient au-dessus des autres?. Il est vrai qu'ils furent vaincus par mer et par terre, car leur temps n'étoit pas encore venu. La justice divine, qui marche à pas lents, se contenta d'avoir marqué alors les destructeurs futurs de Rome, et de lui avoir montré la verge dont elle devoit étre frappée.
Tous ces malheurs commencèrent à la défaite et à la prise de Valérien; et on reconnut si bien que la persécution en étoit la cause, que Gallien, fils et successeur de ce prince, la fit cesser aussitót qu'il fut élevé à l'Empire : mais Dieu ne laissa pas de continuer ses justes vengeances?. Car outre que Gallien, le plus infâme de tous les hommes, n'étoit pas propre à l'apaiser, les peuples ne se corrigèrent pas, et leur haine fut plus que jamais envenimée contre l'Eglise. Dieu aussi multiplia ses fléaux : la guerre, la peste, la famine, ravagèrent le monde comme à l'envi, et jamais on n'avoit vu de si grand maux, ni si universels, ni tant à la fois. * L'Empire se rétablit sous Claude II et sous les princes suivans.
! Euseb., VIII, x ; Lact., De Mort. persec. — ? Trebell., in Claud.; Vopi y , ; : x : : pise., in Aurel.; Paul Oros., VIII, xxu, xxii. — ? Euseb.; Paul Oros., ibid. :