‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 455 sur 588 · CHAPITRE IIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIT

Mais les suites des malheurs de Valérien ne finirent pas. Depuis ce temps il fallut tourner vers l'Orient toutes les forces de l'Empire : c’est par là que l'Occident demeura découvert aux barbares. Le grand nombre de césars et d'empereurs qu'il fallut faire, chargea extraordinairement l'Empire et diminua la majesté d'un si grand nom.

V. — La dernière persécution sous Dioclétien, et la paix de l'Eglise.

home cependant devenoit toujours plus impitoyable envers les chrétiens. La persécution de Dioclétien et de Maximien fut la plus violente de toutes‘. Encore que ces empereurs et surtout Maximien eussent déjà beaucoup affligé les Saints et fait beaucoup de martyrs, on ne compte leur persécution que depuis que par un édit exprés ils firent renverser les églises, et contraignirent par des morts cruelles, premièrement le clergé, et ensuite tout le peuple, à sacrifier aux idoles. Aprés que ces empereurs eurent renoncé à l'empire, leurs successeurs continuèrent la persécution avec un pareil acharnement durant dix ans : et cette persécution est appelée du nom de Dioclétien, parce qu'elle fut commencée par son autorité. Jamais l'Eglise n'avoit tant souffert. Il sembloit que les démons, qui sentoient par le nombre immense des conversions que leur empire alloit tomber, fissent alors les derniers efforts pour le soutenir : mais au contraire ce fut alors et au milieu de cette effroyable persécution, que Constantin choisi de Dieu pour donner la paix à son Eglise et triompher par la croix, en érigea le trophée au milieu de Rome?.

VI.— L'idolâtrie ressuscitée par Julien l'Apostat : Rome attachée à l'idolátrie sous les princes chrétiens.

Les sacrifices des démons furent abolis, leurs temples furent fermés, et l'idolátrie sembloit avoir recu le coup mortel?. Mais environ cinquante ans après, Julien l'Apostat la fit revivre, et lui rendit son premier lustre pour un peu de temps*. La défaite de ce prince et sa mort dans un combat contre les Perses, en relevant .. 1 An. 303, — ? An. 306, 307. —? Euseb., De Vit. Const., II, xtv; Theodor., I, I. — ^ An 360, 361. bio: à x

l'Eglise, donna un grand coup à l'Empire romain, et le temps de sa chute sembloit approcher. ; Les violences et les cruautés qu'on exerca dans les villes contre les chrétiens aussitót que Julien se fut déclaré leur ennemi, firent bien voir que l'idolátrie n'étoit pas morte, méme sous les princes chrétiens*. Rome ne pouvoit revenir de ses erreurs ni de ses faux dieux. Elle continuoit à imputer aux chrétiens tous les malheurs de l'Empire, toujours préte à les traiter avec les mémes rigueurs qu'elle avoit fait autrefois, si les empereurs l'eussent souffert. La cause méme de l’idolâtrie y étoit si favorable, que les tyrans qui s'élevoient, ou ceux qui aspiroient à la tyrannie, un Maxime, un Eugène, un Eucher, gagnoient Rome en faisant croire qu'ils seroient plus favorables au culte des dieux que les empereurs, ou en promettant ouvertement de le rétablir*. En effet il paroit par toute l'histoire que le sénat, le premier corps de l'Empire et celui qui avoit toujours le plus excité la persécution contre l'Eglise, ne s'étoit point relàché de ses premiers sentimens. La relation de Symmaque, préfet de la ville?, aux empereurs Valentinien, Théodose et Arcade, le fait bien voir, puisque ce fut au nom du sénat quil demanda à ces empereurs le rétablissement des gages retranchés aux vestales, et celui de l’autel de la Victoire dans le lieu où ce corps auguste s'assembloit. On voit par la réponse de saint Ambroise que ce n'étoit pas à tort que Symmaque prenoit le nom de cette compagnie, puisqu'en effet le nombre des idolâtres y prévaloit. Cette relation de Symmaque avoit été précédée par une semblable délibération, deux ans auparavant, sous lempire de Gratien*. Tout ce que pouvoient faire les sénateurs chrétiens en ces occasions étoit de s'absenter du sénat, pour ne point participer à un décret plein d’idolâtrie, ou de souscrire une requête particulière pour faire connoître leurs sentimens à l’empereur. Ainsi l'idolátrie avoit encore pour elle le suffrage des Pères Conscrits, c'est-à-dire de cet auguste sénat, autrefois si révéré des nations et des rois, et où il y avoit encore une si grande partie de la ! An. 362, 363; Sozom. V, ix et seq. xv ; Socrat., IIl, xit, xii; Theod., ll,

vi. — ? Zoz.,1V; ‘Oros: > VIII, XXXV, XXXVIIL ut Rolf) Symm., ap. "Ambrob. V: Epist. post. "Epist., xxx, E , Epist. XXXI. — * Ibid. : [

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