‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 456 sur 588 · CHAPITRE Ill · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ill

puissance publique, puisqu'on y confirmoit et les lois et les princes mémes.

Il ne faut donc pas s'imaginer que Rome fût chrétienne, ni que la colère de Dieu düt être apaisée à cause que les empereurs s'étoient convertis. Les temples rouverts par Julien n'avoient pu étre refermés : les paiens méme trouvoient moyen de continuer leur culte malgré les défenses des empereurs. Ils regardoient le culte des chrétiens comme la dévotion particulière des princes, et le culte des anciens dieux comme celui de tout l'Empire‘. Tout étoit infecté dans Rome, dit saint Ambroise ?, de la fumée des sacrifices impurs, et on y voyoit de tous cótés les idoles qui provoquoient Dieu à jalousie. Ainsi Rome attiroit toujours sa vengeance. Il en arriva comme du temps de Josias : encore que la piété de ce prince eüt remis en honneur le vrai culte, Dieu n'oublia pas pour cela les impiétés du règne d'Achaz et de Manassés, et il attendoit seulement à perdre Juda, lorsqu'il auroit retiré du monde le pieux Josias?. Le Josias que Dieu sembloit avoir épargné, étoit Théodose le Grand : mais il détruisit sous son fils Rome et son empire. Ce n'étoit pas qu'Honorius n’eût hérité de la piété de son père : mais Rome se rendoit d'autant plus inexcusable, que l'exemple et l'autorité de ses empereurs n'étoit pas capable de ia convertir. L'année séculaire de Rome arriva sous le règne de ce prince*; et pour contenter le peuple, qui attribuoit les malheurs du siécle précédent au mépris qu'on y avoit fait des jeux séculaires au commencement de ce siecle-là, on les laissa célébrer avec beaucoup de superstitions et d'idolátries.

VII. Rome prise par Alaric avec une marque visible de la vengeance divine sur le paganisme.

Ne voilà que trop de sujets de perdre Rome, et Dieu avoit déjà appelé les Goths pour exercer sa vengeance. Mais la manière dont il accomplit ce grand ouvrage, y fit bien connoitre sa main toutepuissante.

Deux rois goths menacoient en méme temps Rome et l'Italie,

* Relat. Symm., ibid. —? Ibid,, Epist. XXXI. — * IV Reg., xxir, 20; XXIII, 26, 27, — * An. 404; Zoz., II.

.Radagaise et Alaric; le premier paien, le second chrétien, quoiqu'attaché à l'arianisme. Radagaise marchoit avec deux cent mille hommes, et selon la coutume des barbares il avoit voué à ses dieux le sang des Romains!. Les paiens publioient à Rome qu'il venoit un ennemi vraiment redoutable, que le culte des dieux rendroit puissant contre Rome, oü leurs autels étoient méprisés; et ils disoient que les sacrifices de ce roi paien étoient plus à craindre que ses troupes, quoiqu'innombrables et victorieuses. « Les blasphémes se multiplioient dans toute la ville, » dit un historien du temps; « et le nom de Jésus-Christ étoit regardé plus que jamais comme la cause de tous les maux ?. » Si Dieu résolu à la vengeance eüt livré la ville à ce paien, ceux de la méme religion n'auroient pas manqué d'attribuer la victoire aux dieux qu'il adoroit. Mais son armée fut taillée en pièces, sans qu'il en restät un seul, pas méme le roi ?.

Dans le méme temps Alarie, l'autre roi des Goths, s'étoit rendu redoutable aux Romains‘ : tantôt recu dans leur alliance et combattant avec eux, tantót indignement traité, enfin il assiége Rome. On y cherche de vains secours, en appelant des devins toscans ^, selon l'ancienne coutume ; et on se portoit avec tant d'ardeur aux cérémonies paiennes, qu'un paien a bien osé écrire que le pape saint Innocent fut obligé d'y consentir. Personne n'en a cru Zozime, un si grand calomniateur des chrétiens : mais son récit ne laisse pas de faire sentir dans Rome un prodigieux attachement à l'idolàtrie. Car il est bien constant par tous les auteurs que les Etruriens ou Toscans furent appelés par le gouverneur ou le préfet de la ville, et que les sénateurs paiens demandoient qu'on offrit des sacrifices dans le Capitole et dans les autres temples*. C'est ainsi que Rome assiégée vouloit recourir à ses anciens dieux (a). Approchant le temps de sa perte, on y établit pour empereur Attale, paien d'inclination, qui aussi faisoit espérer le réta-

! Oros., VII, xxxvi. — 2 Jbid. —? An. 406. — * Oros., ibid.; Zoz., V. — 5 Zoz., ibid. — 9 Zoz., VIII, vr.

(a) Le passage qu'on vient de lire, depuis ces mots : Car ?/ est bien constant par tous les auteurs, jusqu'à ceux-ci : Vouloit recourir à ses anciens dieux , ne se trouve pas dans l'édition princeps ; mais il a été consigné, pour y étre inséré, à la fin des Avertissemens aux protestans, édition de 1689, dans la revue que Bossuet fit alors de plusieurs de ses ouvrages.

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