CHAPITRE III
blissement du paganisme!. En effet, dans la propre année que Rome fut prise, le tyran créa consul un Tertullus, zélé idolátre, qui commenca sa magistrature, selon la coutume des gentils, par les vains présages des oiseaux, et qui faisant valoir dans le sénat la qualité de pontife qu'il espéroit bientót avoir, vouloit faire revivre avec elle toute la religion paienne?. Ainsi l'idolàtrie étoit encore une fois devenue dans Rome la religion dominante, Dieu l'ayant ainsi permis pour ne point laisser douteux le sujet de ses justes vengeances?. Cette grande ville hátoit son supplice : les propositions de paix qu'on faisoit à l'empereur furent inutiles; Rome fut prise par Alaric*, et tout y fut désolé par le fer et par le feu.
Mais Dieu, qui avoit enlevé à Radagaise, prince paien, une ville destinée à sa vengeance, pour la livrer à un chrétien dont la victoire ne püt pas être attribuée par les paiens au culte des dieux, voulut encore faire voir d'une autre manière et avec beaucoup d'éclat, que le paganisme étoit le seul objet de sa colère : car il mit dans le cœur d'Alaric d'établir un asile assuré dans les églises, et principalement dans celle de Saint-Pierre’. Plusieurs paiens s'y réfugierent avec les chrétiens, et visiblement ce qui resta de la ville fut dà au christianisme.
VIII. — Tous les chrétiens reconnoissent le doigt de Dieu dans cet événement.
Tous les ehrétiens reconnurent le doigt de Dieu dans ce mémorable événement; et saint Augustin, qui en fait souvent la réflexion, nous fait adorer en tremblant les moyens dont ce juste Juge sait faire connoitre aux hommes ses secrets desseins. Au reste, il arriva au vainqueur choisi de Dieu pour exécuter ses décrets, ce qui a coutume d'arriver à ceux dont la puissance divine se veut servir : c’est que Dieu leur fait sentir par un secret instinct qu'ils ne sont que les instrumens de sa justice. Ainsi Tite répondit à ceux qui lui vantoient ses victoires sur les Juifs, qu'il n'avoit fait que préter la main à Dieu irrité contre ce peuple*. Alaric eut
1 Sozonj IX, 1x. — ? Salv. de Gub. Dei., VI; Oros. , VIT, xui; Zoz., VI. — 3 Oros., ?bid.; August., serm. De Excid. Urb., etc. — ^ An. 410. — 5 Oros., tbid., VII, xxx; August., De Civ., 1, 11; V, xxii. — Philostr., Vit. Ap. VI.
un semblable sentiment; et un saint moine d'Italie lé priant d'épargner une si grande ville : « Non, dit-il, cela ne se peut : je n'agis pas de moi-méme : quelqu'un me pousse au dedans sans me donner de repos ni jour ni nuit, et il faut que Róme soit prise '. » Elle le fut bientôt après. Alarie ne survécut guère, et il sembloit qu'il ne füt au monde que pour accomplir cet ouvrage.
IX. — Suite de la prise de Rome. Le paganisme entièrement ruiné avec l'Empire | romain.
Depuis ce temps, la majesté du nom romain fut anéantie : l'Empire fut mis en pièces, et chaque peuple barbare enleva quelque partie de son débris; Rome même, dont le nom seul imprimoit autrefois de la terreur, quand on la vit une fois vaincue, devint le jouet et la proie de tous les barbares. Quarante-cinq ans après?, le Vandale Genséric la pilla encore. Odoacre, roi des Erules, s’en rendit le maitre, comme de toute l'Italie, presque sans combat; et la gloire de l'Empire romain, s’il lui en restoit encore après cette perte, fut transportée à Constantinople. Rome, autrefois la maitresse du monde, fut regardée avec l'Italie comme une province, et encore en quelque facon comme une province étrangère, que l'empereur Anastase fut contraint d'abandonner à Théodoric, roi des Goths*.'Vingt ou trente ans on vit Rome comme ballottée entre les Goths et les capitaines romains qui la prenoient tour à tour. Dieu ne cessa de poursuivre jusqu'à l'entiére destruction les restes de l’idolâtrie dans cette ville. La vénération des dieux romains avoit laissé des impressions si profondes dans l'esprit du vulgaire ignorant, qu'on voit sous Justinien et sous les derniers rois goths qui régnérent en Italie*, de secrets adorateurs de Janus; et on crut encore trouver dans sa chapelle et dans ses portes d'airain, quoiqu'abandonnées depuis tant de siècles, une secrète vertu pour faire la guerre en les ouvrant*. C'étoient les derniers efforts de l’idolâtrie qui tomboit tous les jours de plus en plus avec l'empire de Rome. Mais le grand coup fut frappé par Alaric: ni
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