‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 479 sur 588 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

7. Le premier ange sonna de la trompette, et il tomba sur la terre de la grêle et du feu mélés de sang; et la troisième partie de la terre et des arbres fut consume. Voilà donc la terre frappée avec les arbres : la mer le sera au verset suivant, et on ne peut douter par le rapport de ces deux versets avec les versets 4, 2 et 3 du chapitre précédent, que ce ne soient les Juifs qui sont ici frappés, puisque c'étoient eux qui étoient épargnés pour un temps, comme on a vu.

La grèle et le feu mélés de sang, signifient le commencement de la désolation des Juifs sous Trajan, dont il a été parlé dans l'Histoire abrégée, n. 2. La troisième partie de la terre : on marque seulement la troisième partie, quand la menace ne regarde ni la totalité, ni la plus grande partie. Et toute l'herbe verte fut consumée : «l'herbe, c'est le peuple, » 1s., xr, 7, principalement la jeunesse, oü consiste l'espérance de la nation, et c'est ce qui périt dans les guerres. On voit ici la désolation des Juifs vivement représentée par la comparaison d'une belle et riche campagne que la gréle auroit désolée : mais on va voir quelque chose de plus affreux.

8. Le second, ange... et une grande montagne brülante... c'est la seconde et dernière désolation des Juifs sous Adrien : Voy. Histoire abrégée, n. 3. La grande montagne, c'est une grande puissance; c'est pourquoi l'empire du Fils de Dieu est désigné «par une grande montagne,» Dan., n, 35. Et en parlant de l'empire de Babylone : « Qui es-tu, Óó grande montagne?» Zachar., 1v, 7. « Je parle à toi, montagne pernicieuse, » Jerem., L1, 25.

Une grande montagne brûlante. Il faut ici se représenter de ces montagnes qui vomissent du feu. Une grande montagne ainsi brülante est une grande puissance, qui accable et qui consume tout ce sur quoi elle tombe. Mais nous avons vu dans l'Histoire ' abrégée, n. 6, combien de sang coüta aux Romains cette défaite des Juifs. Saint Jean ne pouvoit pas mieux représenter ces pertes de l'armée romaine dans ses sanglantes victoires, qu'en nous représentant toute cette guerre comme la chute d'une montagne brülante dans la mer, parce qu'il paroit ici par ce moyen comme

entre le feu et l’eau une action réciproque et un grand effort de part et d'autre, avec une perte mutuelle : mais le poids d'une si grande montagne l'emporte, et la mer n'y peut résister, non plus que les Juifs aux Romains.

ll tomba sur la mer comme une grande — toute la puissance romaine tombe sur les Juifs. La désolation sous Trajan fut sanglante; et c'est ce que vouloit dire cette gréle mélée de sang, verset 7. Mais la guerre d'Adrien fut bien plus cruelle : aussi n'est-ce plus ici des arbres ni des herbes brülées; ce sont des créatures vivantes, et dans les navires les hommes mémes : c'est ce qui met la mer en sang. Ce-n'est pourtant que la troisiéme partie, pour marquer que tous les Juifs ne furent pas tués; car encore qu'ils fissent tout ce qu'il falloit pour ne se laisser aucune ressource, Dieu, qui sait à quoi il les réserve, empécha leur perte totale.

10. Le troisième ange... et une grande étoile tomba du ciel... C'est le faux messie Cochébas, la seule cause du malheur que saint Jean vient de décrire. Le nom y convient, puisque le nom de Cochébas signifie étoile; mais la chose y convient encore mieux, comme il paroit dans l'Histoire abrégée, n. 4, où l’on voit que Barcochébas se vantoit d’être un astre descendu du ciel pour le secours de sa nation. Saint Jean fait voir pour le confondre, qu'il n'en descend pas, mais qu’il en tombe, comme ces feux qui se consument en tombant.

Eusèbe rapporte qu'il fit beaucoup souffrir les chrétiens !, à cause qu'ils ne vouloient pas, quoiqu'ils fussent venus des Juifs , se joindre à leur rébellion, et il acheva par ce moyen d'accomplir

e nombre des Saints dont il est parlé Apoc., v1, 41.

Une étoile ardente comme un flambeau : à cause des En que cet imposteur alluma.

Les étoiles, dans les saintes Lettres, signifient les docteurs, Dan., vit, 40; xir, 3. Les faux docteurs sont appelés par saint Jude des étoiles errantes, des feux errans, Jude , 13; et ces feux qui tombent du ciel , ne les représentent pas moins bien.

L'étoile : cette étoile ainsi allumée, qui portoit la guerre avec c. 4 Euseb., Chron., ad an. 134.

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