‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 480 sur 588 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

elle, tomba sur la troisième partie des fleuves et sur les fontaines ; sur les peuples, qu'elle remplit d'un esprit de rébellion, et tót aprés par leur défaite de confusion et de deuil, comme on va voir.

Son nom est Absinthe : ce n'est pas à dire que ce füt son nom véritable ; mais l'Ecriture a accoutumé de marquer par cette facon de parler ce qui convient à chacun et comme son caractère particulier. « Appelez son nom Jesraél : appelez son nom Sans miséricorde, » Osée, 1, 4, 6. De méme Is., vut, 3 : « Donnez-lui pour nom , Dépéchez-vous de faire du butin ; Hàtez-vous d'aller au pillage. » Ainsi Samarie et Jérusalem sont appelées Oolla et Ooliba, pour désigner ce qu'étoient à Dieu ces deux villes, E'zech., xxru. Cela se tourne en bien comme en mal. « On appellera son nom Emmanuel, Dieu avec nous : » on appellera son nom «l'Admirable, le Conseiller, le Dieu fort,» 1s., viz, 14; 1x, 6. « Son nom sera Orient, » Zach., vi, 12, ete. Cochébas est appelé Absinthe en ce sens, comme on a vu.

11. Le nom de l'étoile étoit Absinthe : ce n'est pas ici un astre bénin, dont la favorable lumiére düt réjouir sa nation : c'est de l’absynthe qui la plonge dans une profonde et amère douleur. Aprés les victoires de Tite, les Juifs vaineus- devinrent furieux : après celle d'Adrien, c'est une détresse irrémédiable'et un entier abattement de courage. On a vu ce qu'ont. dit les Juifs de ce malheur sous Adrien. Cette horreur, en voyant les marchés, dans le souvenir des lieux où ils avoient été vendus, et cette triste liberté achetée si cher de venir pleurer dans la ville, montrent assez qu'il ne leur restoit qu'un deuil éternel et une lamentation sans bornes. Voyez l'Histoire abrégée, n. 3, 5.

Et la troisième partie des eaux fut changée en absinthe , et plusieurs hommes moururent dans les eaux, parce qu’elles étoient amères. La désolation ne fut pas égale partout. Plusieurs, et non pas tous, moururent dans la douleur et dans l'amertume, Mais les - fontaines sont marquées indéfiniment. Les fontaines, c'étoit la Judée, où étoit la source de la nation : et ce fut là qu'on sentit le plus grand mal. Les fleuves sont les provinces, où la révolte ne fut pas si grande , non plus que la perte.

12. Le quatrième ange sonna,... et la troisième partie du soleil

fut frappée : c’est l'obscurcissement des prophéties par la malice des Juifs dans ce méme temps. Akiba en détourna le sens pour les appliquer à son faux messie. Tous les Juifs entrèrent plus que jamais dans le même dessein. Ils firent alors la compilation de leur Deutérose, c'est-à-dire de leurs traditions , ou de leur 7ulmud ,, comme il a été raconté Histoire abrégée, n. 7. Plusieurs Péres estiment qu'ils corrompirent le texte méme de l'Ecriture, et il est certain qu'ils en pervertirent le sens plus que jamais. Aquila fit sa version exprés pour contredire celle des Septante dont les églises se servoient à l'exemple des apôtres, et pour affoiblir les témoignages qui regardoient Jésus-Christ. Tout cela est arrivé sous Adrien et vers les temps de cette dernière désolation des Juifs. Le voile mis sur leur cœur s'épaissit!. Dieu sembloit en avoir tiré tout ce qu'il avoit d’élus parmi eux. La source des conversions de ce peuple fut comme tarie par l'extinction de l'église qu'ils formoient à Jérusalem. L'église qui y demeura ne fut plus recueillie que des gentils, et les évéques en furent tirés de la gentilité, comme on a vu Histoire abrégée, n. 5.

La troisième partie du soleil :.… quand les astres sont obscurcis, tout l'univers s'en ressent. Ce n’est donc pas seulement ici une plaie envoyée aux Juifs ; c’est la plaie de tout l'univers, ainsi quil a été dit dans l'Histoire abrégée, n. 7. Il ne faut pas s'étonner que saint Jean parle dans sa prophétie de toute sorte de plaies, et aussi bien des spirituelles que des temporelles, qui au fond sont beaucoup moindres : c'est ce qu'on verra dans la suite.

La troisième partie du soleil, de la lune et des astres : outre l'obscurcissement de la vérité en général, on peut encore entendre en particulier que les Juifs obscurcirent dans les prophélies ce qui regardoit le soleil, c'est-à-dire Jésus-Christ; ce qui regardoit la lune, c'est-à-dire son Eglise ; les astres, c’est-à-dire les apôtres, et la prédication apostolique qui devoit opérer la conversion des gentils. Toutes ces choses furent obscurcies par les Juifs, et le voile qui étoit sur leur cœur s'épaissit, II Cor., n , 14. Mais il n’y eut que la troisième partie obscurcie ; et il y avoit beaucoup plus de lumière qu’il n’en falloit pour confondre les incré-

111 Cor., 111, 45.

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