‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 487 sur 588 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l'on est dégoüté de la vie, où selon la phrase grecque et la latine, on méne une vie qui n'est point une vie : tels sont les temps oü règnent les hérésies; car premièrement, et les chefs, et les sectateurs des hérésies sont tourmentés par leur esprit inquiet, par leur vaine et fatigante curiosité, qui les engage dans des études laborieuses et dégoütantes, pleines de chicane et destituées de bon sens : il faut s'épuiser l'esprit à gagner des sectateurs, à les maintenir par mille sortes d'artifices et de séductions; toutes choses par elles-mémes tristes et pesantes, que le seul amour de la gloire fait supporter. Joignez à cela dans l'hérésie cette triste et obscure malignité, et les autres peines marquées sur le verset 5. La vie de telles gens est malheureuse, et ils ressemblent à ceux qui, attaqués par quelque venin, ne savent s'ils veulent vivre ou mourir. Mais comme cette parole de saint Jean : En ce temps, semble marquer, non-seulement le triste état de ceux qui sont attaqués par le venin, mais encore un grand ennui causé aux autres; c'est ce qui arrive dans les hérésies : on est las de tant de malices couvertes du nom de la piété, de tant de déguisemens et d'une si dangereuse hypocrisie; de tant de contentions et de disputes outrées, où il n'y a nulle bonne foi; de tant de chicanes sur la religion, où, comme dit saint Grégoire de Nazianze, « lon ne voit que cette science faussement nommée telle; et au lieu des combats et des exercices qui contentent les spectateurs dans les jeux publies, des questions où il n'y a qu'un jeu de paroles et une vaine surprise des yeux; oü toutes les assemblées, tous les marchés, tous les festins sont troublés d'un bruit importun par des disputes continuelles, qui ne laissent ni la simplicité aux femmes, ni la pudeur aux vierges, » dont elles font des parleuses et des disputeuses; « en sorte que les fétes ne sont plus des fétes, mais des jours pleins de tristesse et . d'ennui; oü l'on ne trouve de consolation aux maux publies que dans un mal encore plus grand, qui est celui des disputes; et où enfin on ne travaille qu'à réduire la religion à une triste et fatigante sophistiquerie ‘. » Quelques-uns veulent que par ces mots : En ce temps, il faut entendre simplement que les temps oü les erreurs dont parle saint Jean auront la vogue, seront tristes; et

1 Orat. 33, quest. I, De Theol.

c'est ainsi que Bullinger, qui tourne tout à ses prétendues erreurs papistiques, a dit que les temps oü les papes ont dominé en général ont été tristes. Mais on voit bien sans avoir recours à ces chiméres d'erreurs papistiques, que les véritables erreurs de Théodote et des autres qui ont réveillé les hérésies judaiques, sont arrivées du temps de Sévére et des autres empereurs, dont les temps sont les plus fácheux de toute l'histoire romaine.

1. Semblables à des chevaux préparés au combat... Cela marque l'esprit de dispute dans les hérétiques et leur acharnement à soutenir leurs opinions. Sur leurs têtes comme des couronnes qui paroissoient d'or. Dans le chapitre 1v, verset 4, il est dit distinctement des vieillards « qu'ils ont sur la téte des couronnes d'or, » et de même du Fils de l'homme, ch. xiv, 44; mais les hérésies portent sur la tête comme des couronnes qui paroissent d'or. Ce n'est qu'un faux or et une vaine imitation de la vérité, comme Béde et les autres interprétes le remarquent sur ce verset.

Et leurs visages étoient comme des visages d'hommes... 8. Et leurs cheveux étoient comme ceux des femmes. C'est encore cette apparence trompeuse des hérésies dont néanmoins après tout la face est d'un homme, et la doctrine toute humaine. Les cheveux de femmes signifient une foiblesse de courage qu'on a remarquée dans les hérétiques, où peu ont eu la résolution de souffrir le martyre. On a vu la chute de Théodote, qui est un de ceux dont il. s’agit en ce lieu. Nous pouvons encore entendre iei la mollesse et le relâchement de la discipline : caractère que Tertullien a remarqué dans les hérésies t, leur attribuant précisément le renversement de la discipline, prostrationem discipline. Ce caractère est commun presque à toutes les hérésies, comme il seroit aisé de le faire voir; et convient en particulier à ces hérésies judaiques en la personne de Paul de Samosate, dont la vanité et la superbe. parure est expressément marquée dans la lettre du concile d'Antioche ?, où il est aussi rapporté que les prêtres et tous les dis-. ciples de cet hérétique étoient nourris dans une semblable mollesse.

Leurs dents étoient comme des dents de lions, par la force qu'ils.

1 De Præsc., xy*, xLur. — ? Euseb., VIT, xxx.

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