‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 488 sur 588 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ont à tout ravager, et parce qu'ils déchirent et mettent en pièces l'Eglise et les catholiques par leurs calomnies.

9. Des cuirasses comme des cuirasses de fer. Si saint Paul, dans un discours dogmatique, donne au chrétien des armes, «une cuirasse de justice, un bouclier, un casque et une épée, » Eph., Vi, 14, 16, 17, on peut bien donner ici aux hérétiques une cuirasse comme de fer, pour signifier leur dureté impénétrable aux enseignemens de l'Eglise et leur opiniâtreté dans leur propre sens. Et le bruit de leurs ailes comme un bruit de plusieurs chariots : ce sont leurs disputes éclatantes et la réputation qu'ils se donnent. Ils ont des ailes, non pour s'élever, quoiqu'ils en fassent le semblant, mais à la manière des sauterelles, pour passer d'un côté à un autre sans jamais rien approfondir, et pour aller plus promptement ravager la terre.

10. Et leurs queues étoient semblables à celles des scorpions, comme ci-dessus, verset 3, 5. Le seul moyen de se guérir du venin des hérésies, est de les écraser promptement sur la plaie, comme on fait des scorpions.

41. Elles avoient... pour roi l'ange del'abime... Car encore que les hérésies aillent sans ordre et qu'elles fassent peu de cas de leurs auteurs, qu'elles désavouent le plus souvent, en effet elles sont dominées par l'ange de l'abime qui les conduit secrétement, et cet ange s'appelle l’Exterminateur, Apollon dans le grec, c'està-dire celui qui tue, qui fait périr ; celui qui est appelé par le Fils de Dieu, Joan., vm, 44, « homicide dés le commencement, » parce que sa séduction a fait mourir nos premiers parens : de sorte que c'est principalement par la séduction qu'il est exterminateur, ainsi que les hérétiques qu'il anime. Et ce nom d'ezterminateur lui est donné en celieu, pour montrer que ce qui est dit de ces sauterelles qu'il méne au combat, « qu'elles ne font pas mourir les hommes, » s'entend seulement de la vie du.corps, et qu'elles donnent la mort à l'ame. Ce verset convient parfaitement avec celui de saint Paul qu'on a déjà vu, où parlant des hérétiques et de leurs docteurs : « comme, dit-il, Jannès et Mambré, » ces enchanteurs des Egyptiens, « résistèrent à Moïse, ceux-ci de méme résistent à la vérité, » en cela semblables à ces magiciens; que ce

sera par l'instigation et la puissance du démon qu'ils combattront la saine doctrine : mais aussi le succès en sera-t-il , pareil, « et leur folie sera connue de tous, comme le fut celle de ces enchanteurs, » continue le méme saint Paul, II Tém., n, 8, 9.

Les sauterelles de l'Apocalypse sont prises sur celles que Joél décrit, ret rr, qui en effet ravagèrent toute la Judée du temps de ce prophéte, et qui figuroient les Assyriens, moissonneurs cruels que Dieu devoit bientót envoyer. Les dents de lion paroissent, Joël, 1, 6, et dans ce chapitre de l'Apocalypse, verset 8, la ressemblance des chevaux, Joël, 11, 4, et ici, vers. 7, le bruit de leurs ailes comme des chariots, Joël, 11, 5, et ici 9, le tourment des hommes dans Joël, 11, 6, et ici 10.

Selon cette idée de Joël, on pourroit penser que les sauterelles de saint Jean sont de vrais soldats, comme ceux que le prophète Joël représentoit par cette figure. Et en effet il y a des caractères qui y conviennent; mais nous avons vu que saint Jean a banni d'abord cette idée, en nous disant que ces sauterelles, ni ne pillent, ni ne ravagent, ni ne tuent. Elles blessent seulement les hommes, mais àla maniére des scorpions, par un venin, et non par des armes; et au lieu que dans les guerres ordinaires personne n'est épargné, et que les Saints ne le sont pas plus que les autres, comme il sera remarqué Apoc., xvi, 2, 3, 4, ici ce ne sont pas tous les hommes qui peuvent étre blessés, mais seulement ceux qui n'ont point la marque de Dieu et le caractère de son élection éternelle. Ces caractères que saint Jean a donnés à ces sauterelles, impriment d'abord l’idée d'une guerre spirituelle, de la blessure de l'ame et du venin de l'hérésie. Les ténébres et l'épaisseur effroyable d'une fumée sortie de l'enfer conduit encore à cette pensée; aussi, ni dans saint Jean, ni dans les prophétes, en aucun endroit, on ne voit les vrais soldats sortir de l'enfer, ni conduits par le démon. A la fin de l'Apocalypse , l’idée de l'enfer revient encore avec celle du démon déchainé, sous la méme figure du puits de l'abime, Apoc., xx. Et nous voyons aussi trés-clairement qu'il s'agit là de séduction; car on renferme Satan dans l'abime, « afin qu'il ne séduise plus les nations, » verset 3; et lorsqu'il est délié, c'est « pour les séduire,» verset 7. On le voit à la fin puni

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