CHAPITRE IX
de « ses séductions, » verset 9. Ce qui montre qu'oü l'on fait paroitre le démon sorti de l'abime, c’est la séduction qu'il y faut entendre; et l'idée des armes et des soldats ne combat point celle-là, puisque dans ce méme chapitre xx, le démon délié pour séduire est représenté comme assemblant « ses troupes pour le combat, et assiégeant la cité sainte et le camp des Saints, » verset 7, 8. Dans le verset 17 du chapitre que nous expliquons, où l'on voit de vrais soldats, on y voit aussi de vraies cuirasses; mais c'est ici comme des cuirasses : et le comme régne partout; ce qui n'étant pas ailleurs, ne peut étre si constamment employé en cet endroit que pour y montrer partout une allégorie.
Saint Jérôme remarque encore sur les sauterelles de Joël qu'aprés qu'elles sont mortes, « on les ramasse et on les met en tas dans des fosses, » comme on le voit dans Isaie, ch. xxxur, 4. «Cet amas, dit saint Jérôme, corrompt l'air etexcite la peste. » Cela convient encore aux hérésies, qui lors méme qu'elles périssent, infectent l'air et y laissent une sorte de pestilence spirituelle, dont tout le genre humain est infecté.
Si l'on dit aprés tout cela que saint Jean nous montre ici dans ces sauterelles mystiques plutót les ravages que la défaite des hérésies, on n'aura pas fait assez de réflexion sur les paroles de ce grand apótre, puisqu'enfin il nous a montré très-expressément que les vrais fidèles dont l'Eglise est principalement composée, sont un peuple contre lequel ces animaux si cruels et si venimeux ne peuvent rien : et d'ailleurs il fait les hérétiques du genre de ces animaux, qu'on voit périr par eux-mémes sans pouvoir achever l'année, verset 4, 5. À quoi encore nous conduit l'idée d'une fumée qui s'éléve contre le soleil, et dont on voit la dissipation assurée dans sa propre élévation, sans que le soleil ait besoin d'employer contre elle autre chose que sa lumière, verset 2. C'est enfin nous avoir montré la défaite de ces animaux monstrueux, que de nous les faire bien connoître et de nous avoir appris par quel esprit ils sont poussés : car tout ce qui est conduit par l'ange de l'abime, doit avec lui être replongé dans l'abime, d’où il ne sort que pour un temps, et comme nous a dit saint Paul, avoir le sort de Jannés et de Mambré, lorsque parle méme secours ils résis-
tèrent à Moïse, sup., verset 11. Par où saint Jean nous fait voir l'Eglise invincible et nous prépare à entendre ce qu'il dira dans la suite, qu'elle verra tous ses ennemis tombés à ses pieds, n'y ayant point à craindre qu'elle périsse aprés la victoire qu'elle a remportée contre des ennemis furieux, qui animés par toute la puissance de l'enfer, attaquoient le fondement de sa doctrine, c'est-à-dire la divinité de Jésus-Christ, et tàchoient de lui ravir jusqu'à son soleil. 19. Le premier malheur a passé : malheur publie, non-seulement de l'Eglise, mais encore de tout le genre humain, comme ce seroit un malheur public d'éteindre le soleil. C'est aussi ce que saint Jean nous a mis d'abord devant les yeux, en disant que « le soleil et tout l'air furent obscurcis, » c'est-à-dire que la lumière de la vérité est obscurcie, non-seulement pour ainsi parler dans son propre globe, mais encore par rapport aux hommes, et méme aux infidèles pour qui elle luisoit, comme Primase l'interpréte sur le verset 12 du chapitre précédent!. Nous avons aussi remarqué que les hérésies nuisoient beaucoup aux infideles, Hist. abrég., n. 8; ce qui sans doute n'arrivoit pas sans une secréte permission de Dieu : car c’est par un secret jugement qu'il permet « au dieu de ce siecle, » au démon qui y préside, « au prince de cet air, » que Jésus-Christ doit chasser, « d'agir dans les incrédules et de répandre l'aveuglement dans leur esprit, en sorte que la lumière de l'Evangile de Jésus-Christ ne les éclaire pas, » lI Cor., 1v, 4; Eph., u, 2. Ainsi tout ce qui empéche que la vérité ne se fasse sentir, est un malheur envoyé de Dieu à sa manière, comme les guerres, comme la peste, comme la famine, conformément à cette parole de saint Paul: « Parce qu'ils n'ont pas recu l'amour de la vérité pour étre sauvés, Dieu leur enverra une opération d'erreur, » II Thess., u, 10, 41; « en sorte qu'ils errent eux-mémes, et qu'ils jettent les autres dans l'erreur, » II. Tim., m, 13; et nonseulement dans l'Eglise, mais encore hors de l'Eglise, dont ils empêchent les infideles de voir la lumière, « en leur faisant blasphémer le nom et la doctrine de Notre-Seigneur, » Rom., n, 24; I Tim, vi, 4; Tit.,u, 5, etc. | . Au reste saint Jean ne pouvoit placer ces malheurs de la séduc- 1 Lib. II Zn Apóc, |