‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 490 sur 588 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tion dans une place plus convenable qu'en les mettant, comme il a fait, à la suite d'autres erreurs et d'autres séductions, c'est-à-dire de celles des Juifs, et aprés la chute de Cochébas. Les vraies guerres et les vrais soldats qui devoient ravager dans le temporel l'empire persécuteur, se trouveront en d'autres endroits, et surtout dans les chapitres xvi et xvii, méme dès la fin de celui-ci, et au son de la sixiéme trompette. Mais il étoit à propos que saint Jean n'oubliât pas les hérésies, qui comme les autres malheurs annoncés dans cette prophétie, sont des exercices que Dieu envoie à ses fidèles « pour les éprouver, » I Cor., xi, 19, et un supplice qu'il envoie aux ennemis de la vérité pour les punir. La doctrine de cette remarque sera fortifiée par celle du chapitre xr, versets 6, 14," et du chapitre xir, verset 12, où il paroitra que les maux de l'Eglise et ceux-là méme qu'elle souffrira par la violence des persécuteurs, sont les maux de tout l'univers, et méme des persécuteurs, tant à cause que la justice divine les fera bientót retomber sur eux qu'à cause que c'est en soi-méme le plus grand de tous les maux, de persécuter — vérité.

Je ne dois pas omettre ici que presque tous les interprétes anciens et modernes, et les protestans comme les autres, entendent ici les hérétiques. Mais les protestans toujours entétés de leurs prétendues erreurs papistiques, ne trouveront pas mauvais que nous leuren fassions voir de plus réelles et tout ensemble de plus dignes d'étre reprises par saint Jean, puisque ce sont les mémes qu'il avoit d'abord étouffées.

Le premier malheur a passé. Il commence par Théodote de Byzance, environ l'an 196 de Notre-Seigneur, sous l'empire de Sévere, et se continue dans ce règne-là et dans les règnes suivans, par les melchisédéciens, par Praxéas, par Noétus, par Artémon, par Sabellius et par Paul de Samosate, en la personne duquel l'hérésie judaique fut condamnée de la manière la plus solennelle qu'on eüt jamais pratiquée dans l'Eglise catholique, puisqu'elle le fut par ce fameux concile d'Antioche, et pour parler avec un des Pères du concile de Nicée, par « le concile et le jugement de tous les évêques du monde‘. » Le mal se reposa pour lors : ce fut dans

1 Epist. Alex. Episc. Alex. ad Alex. CP, Conc. Nic.

les environs de l'an 260 et 270, et à peu près dans le méme temps, que commence le second Væ que nous allons, voir.

13. Et le sixième ange;... et j'entendis une voix qui sortoit des quatre coins de l'autel d'or. C'est ici une de ces voix qui marquent quelque ordre important plûs spécialement venu de Dieu, ainsi qu'il a été dit sur le verset 10 du chapitre r, et on en va voir la conséquence.

44. Déliez les quatre anges qui sont liés sur le grand fleuve d' Euphrate. Saint Jean suit exactement l'ordre des temps. Les Perses, qui avoient succédé aux Parthes, jusqu'ici n'avoient point passé l'Euphrate impunément, et ils avoient toujours été glorieusement repoussés par les Romains, qui avoient méme poussé leurs conquêtes au delà de ce fleuve. Ce fut sur la fin du second Ya, et pendant que Paul de Samosate troubloit l'Eglise, que ces peuples si souvent vaincus passèrent l'Euphrate:et inondèrent l'Empire. Cet endroit méritoit bien d’être marqué comme venu spécialement de Dieu; car c'est un des plus importans secrets de cette prophétie, parce que c'est dans le malheur de Valérien qu'on voit commencer la décadence de l'Empire romain, par les raisons remarquées dans l'Histoire abrégée, n. 9, 10.

Déliez les anges... I] n'est pas besoin d'avertir que ce qui lie les anges, ce sont les ordres suprémes de Dieu. Ces anges liés, soit bons ou mauvais, sont ceux qui avoient en main ces bornes fatales entre la puissance romaine et le fier empire des Perses, que Dieu sembloit jusqu'alors avoir renfermé dans les bornes de l'Euphrate. C'étoit aussi sur l'Euphrate qu'étoient établies les légions qui gardoient l'Empire de ce cóté-là , comme tout le monde sait.

15. Les... anges qui étoient prêts pour l'heure, le jour, le mois et l'année. Ils n'attendoient que le signal. Le temps marqué si particulièrement par le prophète, fait voir combien précisément Dieu décide des momens.

La troisième partie des hommes : c'est la facon de parler ordinaire de ce livre, pour montrer que ce n'est pas une entière extermination.

16. Et le nombre... de la cavalerie,... deux cent millions. L'armée des Perses consistoit en cavalerie, et le nombre en étoit pro-

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