CHAPITRE X
tien , où saint Jean souffrit, fut à peu près de même durée. Le massacre de Domitien tué par les siens, y mit fin ‘; et avant ce dernier coup, lui-méme, tout inhumain qu'il étoit, il avoit donné des bornes à sa fureur, en rappelant jusqu'à ceux qu'il avoit bannis et réprimant par un édit les persécutions suscitées contre l'Eglise : ainsi les deux premieres persécutions eurent manifestement les deux caracteres de celle d'Antiochus. Dieu les finit par le châtiment manifeste de leurs auteurs ?, et voulut les renfermer à peu prés dans le méme temps de trois ans et demi , que celle d'Antiochus avoit eu. Saint Jean apprend aux fidèles que les persécutions des siècles suivans auroient à peu prés le méme succès, et que Dieu leur sauroit donner de secrétes bornes , quoique non, peut-être , toujours dans le même temps précis. On sait la lettre de Trajan à Pline le Jeune, oà encore que cet empereur lui ordonnát de punir les chrétiens qui lui seroient déférés, il lui défendit néanmoins d'en faire aucune recherche #. On sait celle d'Adrien à Minutius Fundanus *, et celle de Marc-Auréle après le célèbre effet dela prière d'une légion chrétienne *. Ces ordres des empereurs étoient autant de barriéres que Dieu mettoit pour un temps aux persécutions. On prétend que celle de Sévére s'adoucit bientót parla mort de Plautien 5, qui en étoit l'instigateur : et on sait d'ailleurs que ce prince modéroit lui-méme ses rigueurs , en sorte qu'il a semblé ne persécuter les chrétiens qu'à regret et par considération, comme Tertullien nous le fait entendre". Quoi qu'il en soit, c'est après avoir vu sa persécution qu'Origéne a remarqué le relâchement que nous avons vu dans les supplices des chrétiens et les bornes que Dieu y mettoit*. La persécution de Maximin et celle de Dèce passèrent rapidement avec leur vie. Gallus , qui suivit les voies de Déce son prédécesseur, eut bientôt après le méme sort ?. Les souffrances des Saints furent extrêmes sous Valérien : mais nous apprenons dans Eusèbe, par une lettre de saint Denys d'Alexandrie ‘, qu'elles ne durèrent précisément que trois
1 An. Chr. 93, 95, 96. — ? Tert., ApoL., v; Lact., De Mort. persec., 111; Euseb., III, xvii, xx. — ? Plin., X, Epist. xcvii, xcvi; An. 104. — ^ An. 128. — * An. 116. — * An. 204; 206 ; Baron., tom. II, an. 206. — 7 Tertul., advers. Scap. 1V.—
8 Orig., 111, cont. Cels., n. 8. — An. 238, 240, 253, 254; Lact, De Mort., IV. — 10 An. 259, 260, 261, 262; Dion. Alex., ap. Euseb., VII, v, 23; Lact., ibid., 5.
ans et demi. Le massacre d'Aurélien prévint l'exécution du sanglant édit qu'il venoit de donner contre les fidèles ', et il n’y eut pas jusqu'à la dernière persécution , c'est-à-dire jusqu’à celle de Dioclétien, encore qu'elle ait été la plus violente et la plus longue, qui n'eüt ses temps de relâchement.