‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 516 sur 588 · CHAPITRE XIII. ATI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. ATI

autres, comme on a vu. On le nomme pourtant le dernier, parce qu'en effet il n'étoit pas le plus animé contre les chrétiens. Ce fut Galére Maximien qui le contraignit à donner le sanglant édit, aussi bien qu'à quitter l'empire, Lact., xr.

On lui attribue la gueule, et la gueule d'un lion, à cause de l'édit sanguinaire qui sortit de sa bouche, où son nom étoit à la téte comme celui du premier et principal empereur. Il ne faut pas regarder ici son humeur particulière, mais le personnage qu'il faisoit dans la persécution, qui étoit sans difficulté le premier ; d'où vient aussi que cette persécution est intitulée de son nom, comme on a dit.

3. Et je vis une de ses tétes..... Saint Jean vit d'abord la béte avec toutes ses sept tétes : mais nous verrons dans la suite, xvi1, 10, qu'elles disparoissoient les unes après les autres, comme firent aussi ces empereurs.

Comme blessée à mort. La blessure de cette tête attiroit après elle la mort de la bête : de là vient qu’on la représente dans la suite comme ayant « été blessée a mort » et comme «ayant repris la vie,» verset 14. Et en effet ces têtes disparoissant les unes après les autres, lorsque la béte en vint au point qu'elle n'en avoit plus qu'une et qu'elle y fut blessée à mort, il est clair qu'elle devoit paroitre comme morte. Or nous verrons, xvir, 40, qu'il fut un temps que la bête n'avoit que la sixième tête, les cinq premières étant passées, et la septième n'étant pas encore venue. Quand donc cette sixième tête fut coupée, la bête devoit paroître comme morte; et c'est ce qui arriva du temps de Maximin, lorsque les cinq premiers tyrans étant morts et n’y ayant plus que lui qui persécutät l'Eglise, l'empire de l’idolâtrie sembloit mort en la personne de ce tyran : ce qui paroitra plus clairement sur le chapitre xvir, verset 10.

Mais cetíe plaie mortelle fut guérie. La persécution de Licinius, quoique sanglante, fut trop légère en comparaison des autres, pour étre ici regardée comme la résurrection de la béte, puisque méme Sulpice Sévère a remarqué qu'il falloit à l'Eglise pleine de force quelque affliction plus violente pour mériter qu'elle la comptàt parmi ses plaies : Àes levioris negotii , quàm ut ad, Ecclesia

vulnera pertineret, lib. IT, x. Mais on n'a pas beaucoup à chercher la résurrection de la béte, puisqu'elle paroit toute manifeste cinquante ans aprés sous Julien l'Apostat, lorsqu'il abjura le christianisme et qu'il rétablit l'empire de l'idolátrie.

Et toute la terre... suivit la béte. C'est ce qui paroit dans la suite, lorsqu'il est dit : «Et la puissance lui fut donnée sur toute tribu, sur tout peuple, sur toute langue et sur toute nation, » 7 ; ce qui convient parfaitement à Julien l'Apostat, qui réunit tout l'Empire sous sa puissance. C'est donc à ce temps précis que nous est marquée la résurrection de la béte, et non pas dans les temps de Licinius, où il n'y eut qu'une très-petite partie de l'Empire qui eut à souffrir.

A. Ils adorérent le dragon : les autels des démons furent rétablis. Au reste cet endroit donne à connoitre que le dragon paroissoit encore, et que saint Jean voit ici quelque chose qui lui fait dire qu’on l'adora. Voyez xit, 17, 18, et xvi, 43. Ils adorérent le dragon, qui avoit donné puissance..... Si la puissance de Dieu avoit paru admirable lorsque son Eglise, en apparence accablée et n'attendant plus que le tombeau, fut tout d'un coup relevée, xt, 44, 49, le diable sembloit avoir fait un semblable prodige en faveur de l'idolátrie, puisqu'ayant été abattue par Constantin , tout à coup, cinquante aprés, elle sembla reprendre la vie sous Julien.

Qui est semblable à la béte? Les gentils disoient alors plus que jamais que la religion romaine étoit invincible, puisqu'elle revenoit de si loin; et qu'aprés une telle résurrection , rien ne pour-. roit plus abattre les dieux qui avoient rendu les anciens Romains maitres de la terre.

5. Et il lui fut donné une bouche qui se glorifioit. La vanité de Julien paroit de tous côtés, même dans Ammian Marcellin, son admirateur, lib. XXV; et Julien méme dans ses Césars, semble ne mépriser tous les autres empereurs que pour se mettre au-dessus d'eux tous, se glorifiant d'une protection spéciale des dieux , et finissant cet ouvrage par ces paroles que Mercure, le dieu de l'éloquence et le protecteur des hommes de génie, lui adresse : « Pour toi, dit-il, je t'ai fait connoitre le Soleil, ton père : marche sous sa

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