‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 519 sur 588 · CHAPITRE XIII. A · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. A

de l'Empire, et un des moyens de graver plus profondément dans l'esprit des peuples la vénération du nom romain.

Il importe de se bien mettre dans l'esprit ce point essentiel de l'idolàtrie romaine, parce que le Saint-Esprit en a fait, pour ainsi parler, tout le fondement du chapitre que nous expliquons, se plaisant à réunir toute cette fausse religion dans le culte des empereurs qui en effet renfermoit tout, et par là nous en faisant voir le vrai caractere.

Adorérent la première bête, dont la plaie mortelle avoit été guérie. On voit dans ces paroles que l’adoration regarde la bête comme guérie, c'est-à-dire Julien l'Apostat, dans lequel revivoit l'idolátrie et l'espritdes persécuteurs : car ce prince reprit le premier dessein concu sous Dioclétien, de ne donner aucun repos aux chrétiens, jusqu'à ce que le nom en füt entièrement éteint. Il est vrai que d'abord il n'approuvoit pas les cruautés de Dioclétien : mais il y entra dans la suite, et il résolut d'employer contre les chrétiens, au retour de la guerre de Perse, les mémes supplices dont s'étoit servi cet empereur, Soc., III, xir, xix. Voilà donc manifestement la béte qui revit. C'est Julien qui fait revivre les desseins de Dioclétien contre l'Eglise; et c'est pourquoi nous verrons dans la suite de ce chapitre que saint Jean nous ramènera toujours au temps de Dioclétien.

Il n'est pas ici question de comparer en eux-mêmes les caracteres de Dioclétien et de Julien, qui au fond sont fort dissemblables. Ici, par rapport à la prophétie de saint Jean, il suffit de regarder Julien comme semblable à Dioclétien, dans le dessein de ruiner le christianisme.

Elle fit : elle, c'est 1a philosophie pythagoricienne, assistée de la magie; c'est elle qui concilioit tant de sectateurs ou, pour mieux dire, tant d'adorateurs à Julien : car cet empereur, non content de faire revivre la cruauté de Dioclétien, fit revivre encore la doctrine de Porphyre, qui étoit venu sous Dioclétien au secours de l’idolâtrie. Jamblique, un des sectateurs de ce philosophe, fut respecté de Julien, jusqu'à en étre adoré comme un de ses dieux, Jul., Epis. 31, 40, ete.,.ad. lambl. Maxime, de la méme secte, eut un pouvoir absolu sur son esprit. « L'empereur tomba, dit Socrate,

dans la maladie de Porphyre, » c'est-à-dire dans ses erreurs, lib. III, xxr. On ne célébroit que Porphyre, qui étoit le maitre commun de toute la secte. Libanius, le panégyriste de Julien, mit ce philosophe parmi les dieux, et nous apprenons de saint Grégoire de Nazianze ? qu'on écoutoit « ses paroles comme celles d'un dieu. » Enfin tous les auteurs unanimement, tant les paiens que les chrétiens, assurent que ce prince ne se gouvernoit que par ses philosophes et par ses devins, Eunap., in Maz.; Chrys., etc.; Amm. Marcell., lib. XXV; Greg. Naz., Orat. in Jul.

Elle fit que la terre et ceux qui l'habitent adorèrent la bête dont la plaie mortelle avoit été guérie. On voit ici un secret de l’histoire de Julien : c'est que Maxime et ses devins le poussèrent à usurper l'Empire, en lui promettant un heureux succès de ses entreprises, Soc., III, 4; Soz., V, 1; Eunap., in Maz. Ce qui lui fait dire à luiméme que les dieux lui avoient donné ce qu'ils lui avoient pro-

mis. À quoi aussi regardoit saint Augustin, lorsqu'il disoit « qu'une détestable et sacrilége curiosité, » c'est-à-dire celle de la magie, « où il chercha toute sa vie les choses futures, avoit flatté

son ambition, » De Civit., V, xx1. Outre cela il n'eut point de plus zélés partisans que les paiens et les devins qui le conduisoient.

13. Et elle fit de grands prodiges : elle, c'est toujours la philosophie, soutenue de la magie, comme on a dit. Tous les écrits de Jamblique, tous ceux de Porphyre et des autres, tant estimés de Julien, sont pleins de ces prestiges trompeurs, que le peuple prenoit pour des miracles; et la foiblesse de Julien alloit encore au delà de celle des autres, Amm. Marcell., xxr, xxrr, xxv. On voit dans le méme temps une infinité de prodiges de ces philosophes de Julien, et jusqu'à de fausses résurrections de morts, rapportées par Eunapius in Porph.; Ædes. Max., Proæres.; Chrys., etc. Julien déclare lui-même la croyance qu'il avoit à ces arts, qu'il appelle saints, c'est-à-dire à la magie, ap. Cyrill., lib. VI cont. Jul., p. 198.

Jusqu'à faire tomber le feu du ciel... Parmi tous les faux prodiges ou tous les prestiges que pouvoient faire les devins, c'étoit celui-ci qu'il falloit prineipalement remarquer, à cause que c'étoit

!Eunap., in Porph.; Soc., 11, XIX. — * Orat. 1v, 2, cont, Jul. — 3 Orat. ad Athen.

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