CHAPITRE XIII
par là que Julien s'étoit attaché à Maxime, son grand conducteur : l'histoire en est remarquable. Dans sa premiere jeunesse, pendant que Julien étudioit en Asie cette philosophie curieuse et cherchoit partout des maîtres qui la lui apprissent, un Eusèbe, jaloux de Maxime, dont la gloire effacoit la sienne, entreprit de le décrier devant Julien en cette sorte : « Ce n'est, disoit-il, qu'un imposteur qui s'amuse à des choses indignes : car un jour avec un peu d'encens et quelques paroles, il fit rire la statue de la déesse Hécaté, et nous dit méme qu'il alloit allumer les flambeaux éteints qu'elle tenoit à la main. A peine avoit-il achevé de parler, qu'une soudaine lumière alluma tous ces flambeaux. Lorsque Julien eut oui ces discours, il donna congé à celui qui lui parloit ainsi contre Maxime, et le renvoya à ses livres : car pour lui, il disoit qu'il avoit enfin trouvé ce qu'il cherchoit; et il envoya querir Maxime, auquel il se livra, » Eunap., n Max. Au reste il n'importe pas que ces prodiges soient vrais ou faux; et pour leur attribuer de tels effets dans le style prophétique, il suffit que ces devins s'en vantassent et qu'on les crüt.
Le feu du ciel : on peut encore entendre le foudre, selon le style de l'Ecriture, qui l'appelle « le feu tombé du ciel, » Job, 1, 46. C'étoit principalement dans l'explication des foudres et des éclairs que les devins faisoient valoir leurs présages. Ces feux, qu'ils appeloient leurs conseillers, consiliarium fulmen, sembloient venir à leur mandement pour leur découvrir les conseils des dieux. On croyoit que non-seulement ils interprétoient, mais encore qu'ils faisoient venir du ciel les présages favorables. C'étoit principalement de quoi se vantoit ce grand imposteur Maxime, le principal séducteur de Julien. Lorsque les présages ne venoient pas comme il souhaitoit, il ne laissoit pas de continuer ses opérations jusqu'à ce qu'il eüt arraché des dieux ce qu'il vouloit, et en quelque facon forcé les destinées, Eunap., in Chrys., ete.
44. En ordonnant aux habitans de la terre de dresser une image à la bête : dresser une image à la bête, c'est-à-dire aux empereurs idolâtres. C’est en ce lieu les adorer comme des dieux, ainsi que le démontre le verset suivant, et le 9° du chapitre xiv. Il faut se souvenir que tout le culte idolâtre se retrouvoit dans celui qu'on ren-
doit aux imagés de l'empereur, sup., verset 42; et tout cela étoit figuré dans l'image d'or de Nabuchodonosor, que tout le monde adora, excepté les vrais fidèles, Dan. nr. |:
A la bête, qui avoit reçu un coup d'épée, et qui néanmoins étoit en vie. C'est à cette béte en quelque sorte ressuscitée aprés avoir été blessée à mort, comme il est porté, versets 3, 12, c'est-à-dire à Julien l'Apostat, qu'on dressa cette image. On lui dressa en effet. une image où il étoit représenté avec tous les dieux, et on obligeoit à lui offrir de l'encens dans cet état. L'histoire en est rapportée dans saint Grégoire de Nazianze, Orat. 3, que est 4 in Jul., et dans Sozoméne, V, xvrr, Julien paroissoit dans cette image avec un Jupiter qui le couronnoit comme du haut du ciel, avec un Mercure et un Mars, qui par les signes qu'ils faisoient, montroient que ce prince avoit recu l'éloquence d'un de ces dieux , et la valeur de l'autre. S'il n'y eût eu que l'image seule de Julien , les chrétiens n'eussent point fait de difficulté de lui rendre de trèsgrands honneurs, parce qu'on n’eût fait par là qu'honorer Julien comme empereur , selon la coutume : mais y joindre les dieux, qu'on ne voyoit plus paroitre depuis Constantin , avecles images des empereurs et y offrir de l'encens, c’étoit comme guérir la plaie de l'idolátrie, c'étoit dresser une image à la bête ressuscitée. On en peut dire autant du Labarum, lorsque Julien en fit ôter la croix que Constantin y avoit mise, Soz., ibid.
15. Il lui fut donné pouvoir d'animer l’image de la bête et de la faire parler. Maxime qui se vantoit , comme on vient de voir, de faire rire la statue d'une déesse, pouvoit bien la faire parler. D'ailleurs Julien faisoit sans cesse consulter les oracles d'A pollon et des autres dieux , Theod., IIl, x. C'étoit à leurs statues que se faisoient ces consultations. Personne n'ignore celle que fit Julien à la statue d'Apollon en ce lieu célèbre auprès d'Antioche , appelé Daphné , Soz., V, xix, ete. Il ne faut done nullement douter que lorsqu'on lui faisoit entendre ces oracles , qui lui promettoient la victoire sur les Perses , on ne lui rapportàt que les dieux avoient parlé en sa faveur, et c'étoit faire parler leurs statues, que l'on croyoit animées de la divinité méme t,
! Suid., verbo Julian.