CHAPITRE XVI
les détruire, Dion. Alex., ap. Euseb., VIII xxr; Treb. Poll., in iu ginta tyrannos.
5. Et j'entendis l'ange... Vous êtes juste , Seigneur... On voit ici que les jugemens que Dieu exerce sur la terre, font le sujet des louanges que lui donnent les citoyens du ciel.
6. Parce qu'ils ont répandu le sang des Saints. On se rassasie du sang dont on est avide, principalement dans les guerres civiles , où chacun semble boire le sang de ses concitoyens.
1. J'en entendis un autre qui disoit -... Oui, Seigneur.... Remarquez ici le consentement des anges à louer Dieu , et une manière admirable d'inculquer la vérité.
8. Le quatrième ange... sur le soleil... par l'ardeur du feu :... pour signifier les chaleurs excessives , la sécheresse et ensuite la famine. On voit dans saint Denys d'Alexandrie le Nil comme desséché par des chaleurs brülantes. Saint Cyprien dans le méme temps nous représente la famine dont le monde fut souvent affligé, ad, Demetr.
9. Et ils blasphémèrent le nom de Dieu. Au lieu dese convertir, les idolátres rejetoient tous ces maux sur les chrétiens, Cypr., ibid. C'étoit là le plus grand mal de la plaie, que les hommes, loin d'en profiter selon le dessein de Dieu, s'en endurcissoient davantage ; ce qui paroit encore mieux, versets 10, 11.
10. Le cinquième ange... sur le trône de la béte. La bête , c'est, comme on a vu, Rome idolátre : le fléau de Dieu sur le tróne dela béte, c'est la grandeur et la majesté des empereurs ravilie; ce qui arriva lorsque Valérien, vaincu et devenu esclave des Perses, servit à leur roi de marche pied pour monter à cheval, lorsqu'après sa mort, sa peau arrachée de dessus son corps fut pendue dans leur temple, comme un monument éternel d’une si belle victoire ; lorsque malgré toutes ces indignités qu’on fit souffrir à un si grand prince , la majesté de l'Empire étoit encore plus déshonorée par la mollesse et l'insensibilité de son fils Gallien , Lact., de Mort. persecut., v, etc.
Et son royaume devint ténébreux : la dignité de l'empereur fut avilie par le grand nombre de ceux qui se l'attribuerent. On en compta jusqu'à trente, et parmi eux beaucoup de gens de néant.
A la honte du nom romain, des femmes mêmes usurpèrent la domination ; le sénat honteux s'écrioit : « Délivrez-nous de Victoire et de Zénobie ; » et quelque excessifs que fussent les autres maux, l'opprobre les passoit tous, Trebell. Poll., in Val. Gall., triginta. Tyr., ete. C'est ce qu'on appelle un royaume ou un règne ténébreux , et la majesté obscurcie. Tel est le coup que reçut Rome sous Valérien incontinent après la persécution. Le contre-coup fut encore plus funeste : car nous avons vu que c’est alors proprement que commença l’inondation des barbares. Pour résister à tant d'ennemis, il fallut sous-Dioclétien multiplier les empereurs et les césars. Ainsi le nom de César est avili, la foiblesse de l'Empire montrée en ce qu'un seul prince ne suffisoit pas pour le défendre ; les charges publiques augmentées pour fournir aux dépenses immenses de tant d'empereurs, Lact. , de Mort. persecut., vn. Dioclétien accoutumé aux flatteries des Orientaux , fuit Rome et craint la liberté de ses citoyens, (à méme, xvi. Galère Maximien se met dans l'esprit de transporter l'empire en Dacie, d’où ce barbare étoit sorti, (à même, xxvit. Voilà les maux qui vinrent à l'Empire, et dont la première cause commenca dans le règne de Valérien. Voilà les degrés par où il devoit tomber dans sa dernière ruine. Remarquez que dans ce régne ténébreux , saint Jean regarde les ténèbres de l'Egypte, E'xod., x, 94.
A1. Ils blasphémèrent le Dieu du ciel. Les blasphèmes augmentèrent avec les maux qu'on imputoit aux chrétiens, comme on a vu.
19. Le sixième ange... sur ce grand fleuve d' Euphrate, et ses eaux furent séchées : dessécher les rivières dans le style prophétique , c'est en ouvrir le passage, 1sa., x1, 45 , 16; Zach., x, 11. Pour ouvrir un chemin aux rois d'Orient : au roi de Perse et aux autres rois qui le suivoient à la guerre, Trebell. Poll. C'est de là que nous avons vu que devoit venir la ruine de l'Empire et cette sixième plaie se rapporte à la sixième trompette, ci-dessus, 1x, 13, et suiv.
13. Et je vis sortir de la bouche du dragon... Remarquez que le dragon étoit toujours demeuré au lieu oü saint Jean l'avoit vu, comme il a déjà été dit, xi, 48; xur, 4, et non-seulement le dra-
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gon, mais encore la béte et le faux prophéte qui avoient paru au méme chapitre xui, 4, 41,
De la bouche du faux prophète : c'est la seconde bête du chapitre xir , 44, où le mot de béfe nous fait voir que c'est une espèce d'empire et non pas un homme particulier. La remarque en a déjà été faite, là même.
Trois esprits impurs semblables à des grenouilles. C'est-à-dire qu'il en sortit un de la bouche du dragon , un de la bouche de la bête et un de la bouche du faux prophète : ce qui nous marque trois temps, dont le premier est celui de Valérien, que ce chapitre regarde principalement. Semblables à des grenouilles : on remarque dans ces grenouilles quelque idée d'une des plaies de l'Egypte.
44. Ce sont les esprits des démons qui font des prodiges ; c'est-àdire, manifestement les devins et les magiciens qui animoient les princes contre les chrétiens par des prestiges et de faux oracles , et les engageoïent à entreprendre des guerres, eu leur promettant la victoire, pourvu qu'ils persécutassent l'Eglise. Saint Jean nous apprend ici une mémorable particularité du second Ye , auquel il remonte en ce lieu : c'est que les démons y agissent d'une manière terrible ; ce que saint Jean n'en avoit point dit, lorsqu'il en a parlé la première fois, 1x, 12, 43 et suiv. Mais c'est qu'il importoit de faire voir l'opération du démon dans ce Ve , comme dans les autres, ainsi qu'il sera remarqué après qu'on aura tout vu, et dans un lieu plus propre à le faire entendre.
Et qui vont vers les rois de toute la terre. Remarquez que ces esprits impurs agissoientégalement sur tous les rois dela terre et pour ainsi parler dans toutes les cours. Je trouve trois temps remarquables où s'accomplit cette prophétie. Premièrement, sous Valérien, dont il s'agit principalement dans ce chapitre. Saint Denys d'Alexandrie fait mention d'un chef des magiciens, qui incita ce prince à persécuter les fidéles, comme si tout devoit bien réussir, pourvu qu'on les persécutát, Euseb., lib. VII, 1x. Cet esprit impur qui trompa Valérien, sortit de la bouche du dragon, qui agissoit également dans toutes les persécutions. Secondement , dans le
temps de la persécution de Dioclétien, un Tagès, ou quel que soit
celui que Lactance nous a voulu signifier par ce nom : quoi qu'il en soit, un chef de devins de Dioclétien se servoit des divinations pour l'irriter contre les fidèles, Lact., de Mort. persecut., x; Divin. instit., IV, xxvii. Le même prince envoya un devin qui lui rapporta un oracle d' Apollon pour persécuter les chrétiens, de Mort. persecut., xi. Et dans la méme persécution, sous Maximin , un Théotecnus « érigea une idole de Jupiter quijpréside aux amitiés, et fit par ses faux miracles et les faux oracles qui s'y rendoient, que Maximin fut animé contre les chrétiens , l'assurant que le dieu commandoit qu'il les exterminàt, » Euseb., IX, 11, ir. Cet esprit sortit de la bouche de la bête qui, comme nous avons vu, représente bien en général l'Empire romain , mais plus particulièrement sous Dioclétien. Enfin en troisième lieu , Julien avoit à sa suite dans les guerres contre les Perses et toujours, un nombre infini de devins, et entreautres son magicien Maxime , dont Eunapius lui-même nous fait voir les tromperies, n Maz. et Chrys. C'étoit lui qui promettoit à Julien une victoire assurée sur les Perses, en sorte que les chrétiens s'écrioient après sa perte : « Où sont maintenant tes prophéties, ó Maxime ! » Théod., III, cap. ult. Cet esprit sortit de la bouche du faux prophète, c'est-à-dire de la seconde béte, ou de la philosophie magicienne, dont le crédit éclata plus particulièrement sous Julien, comme il a été dit, xux, 11 et suiv. Au reste il n'y a nul inconvénient qu'à l’occasion de ce que saint Jean voit arriver sous Valérien , le Saint-Esprit lui fasse voir encore des choses semblables qui devoient suivre dans les autres règnes.
Si les empereurs romains avoient leurs séducteurs, les Perses, dont les mages ont donné le nom aux magiciens, ne manquoient pas de leur cóté de devins qui les excitoient en méme temps à la guerre contre les Romains et à la persécution des fidéles. Sozomène raconte que les mages ne cessoient d'aigrir le roi de Perse contreles chrétiens, et que ce fut ce qui excita la persécution en Perse du temps de Constantin, Soz., II, 1x-xu. Nous voyons quelque temps apres, et du régne de Théodose le Jeune, que les mages trompoient Isdigerde, roi de Perse, par de faux prodiges, pour l'animer contre les chrétiens, et que son fils Va-