CHAPITRE XIX
falloit sorlir, pour éviter les malheurs qui accompagnent le sae d'une ville; et s'il y a quelque chose de plus à entendre dans cet ordre venu du ciel, nous l'avons suffisamment expliqué sur le verset du chapitre xvur.
Pour sixiéme raison, l'on objecte que cette chute de Rome est une des plaies envoyées à la béte.
Réponse. Qui en doute ? La question est de savoir ce que signifie cette bête : nous avons vu que c'est l'idolátrie dans Rome maitresse du monde; et pour la connoitre tant dans sa première vigueur que depuis qu'elle est ressuscitée , il n'y a qu'à voir ce qui en est ditsur les chapitres xiu et xvir. Que si l'on veut que ce soit ici la victoire de Jésus-Christ sur l'Antechrist, je réponds « qu'il y à plusieurs Antechrists, » selon saint Jean, I Joan., 1, 48 ; et pour ce qui regarde le dernier, savoir jusqu'à quel point on le peut trouver dans la béte à sept tétes, je lelaisse à déterminer par les principes posés, Préf., n. 16, et par les remarques sur le chapitre suivant.
Mais voici deux dernières raisons que nous avions réservées comme les plus apparentes. On dit done que la chute de Rome dans l'Apocalypse est attribuée aux Saints, que ce sont eux qui la saccagent et se vengent des injures qu'ils en ont recues : ce qu'on prouve par le verset 6 du chapitre xvii. Mais qu'on lise bien ce passage, on n'y trouvera pas un mot des Saints. « Rendez-lui, dit-on aux vengeurs, comme elle vous a rendu, et faites-lui le traitement qu'elle vous a fait. » Je reconnois ici des vainqueurs cruels, qui sont ravis de détruire celle qui les avoit détruits : mais jamais on ne verra dans l' Apocalypse qu'on ait donné aux Saints un tel caractère, ni qu'on leur donne contre Rome, leur persécutrice, d'autres armes que celles de la patience. « Je connois, dit-on, ton travail et ta patience , » 11, 2. Et ailleurs : « Tu as gardé la parole de ma patience, » ur, 40. Et enfin jusqu'à deux fois : « C'est ici la patience des Saints, » xi, 10; xiv, 42.
Quand les protestans nous disent ici que les Goths n 'avoient recu des Romains aucun mauvais traitement, c'est que leurs fades allégories leur font oublier les faits historiques les plus constans que nous leur avons rapportés sur le verset 6 du xviu* chapitre,
Ils ajoutent que du moins les Saints se sont réjouis de la perte de Rome; ce qui ne convient pas aux Saints du temps d'Alaric , qui -pleuroient avec tous les autres la perte de leur commune patrie. J'avoue que les chrétiens, qui étoient pour la plupart sujets de l'Empire, n'avoient garde de se réjouir de la victoire des Goths ni d'Alaric. Aussi ne vois-je dans saint Jean aucune marque de leur ‘joie. Il est vrai que les Saints sont invités à se réjouir de la chute de leur persécutrice, mais ce sont les Saints qui sont dans le ciel : -« O Ciel, dit-on !, réjouissez-vous, et vous saints apôtres, et vous saints prophètes! » C'est là manifestement une voix adressée aux .ames saintes qui sont dans la gloire. Aussi entends-je dans la suite une grande joie, un Amen, un Alleluia *, mais dans le ciel, où l'on se réjouit toujours des jugemens de Dieu. Pour les Saints qui sont sur la terre, ils en tremblent, ils les adorent; mais loin de s'en réjouir, ils ont souvent à les déplorer, parce qu'en un - certain sens, et à ne regarder que le dehors, ils peuvent y étre compris avec les impies. C'est ce que firent les Saints, comme on ‘a pu voir dans la ruine de Rome; et saint Jean qui le prévoyoit , ‘ne marquoit point de joie sur la terre.
C'est aussi ce qui fait voir dans ce saint apótre des idées bina différentes de celles des protestans : ear les protestans veulent voir une Rome détruite par les chrétiens, et les chrétiens ravis de sa perte : mais saint Jean a expressément évité cette idée, en ne nous montrant la joie que dans le ciel; ce qui seul pouvoit dé-
* montrer aux protestans la fausseté de leur système. Mais sans rapporter ici toutes les raisons qui en montrent la - vanité, n'est-ce pas assez que les protestans ne trouvent dans la ruine de Rome, que saint Jean explique avec tant de soin, aucune marque d'une église chrétienne qui doive étre ruinée et abattue? Nous n'y voyons au contraire que ce qui peut faire sentir le débris d'une grande ville : ce n'est donc pas d'une église que saint Jean décrivoit la chute, éomme le prétendent les protestans ; mais d'une ville puissante, d'un empire purement temporel, comme aussi nous l'avons fait voir dans la Préface, n. 9. Enfin qu'on jette les yeux sur la chute de la véritable pate * * Apoc., XVIII, 20. — ? Apoc., XIx, 1, 2,8.