‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 559 sur 588 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

lone,.on n’y verra rien qui soit plus marqué dans les prophètes que la destruction de ses temples et le brisement de ses idoles. : « Bel est brisé, Nabo est en pièces : leurs idoles ont été chargées sur des bêtes de somme, qu'elles ont accablées par leur pesanteur, ' et n'ont pu sauver ceux qui les portoient, » 1s4., xLvt, 4, 2. Saint Jean, qui a peint la chute de Rome sur ce divin original, s'il avoit voulu nous y représenter le débris d’une nouvelle idolâtrie, ne nous auroit-il pas fait voir les nouvelles idoles à bas, la sainte Eucharistie d’un côté, quelque saint de l’autre, la croix même de Jésus- Christ la plus exposée de toutes ces idoles prétendues, brisée la première de toutes et paroissant de tous côtés dans le débris ? Ainsi rien ne manqueroit au spectacle, et les protestans comme les paiens auroient eu le plaisir de voir tant de monumens, et presque toutes les marques extérieures de la religion chrétienne mé-prisées par un apôtre.

On pourroit im'objecter ici que je suis pris dans mes propres paroles : car si c’est à l’ancienne Rome et à son idolátrie que saint Jean en vouloit encore dans ce chapitre, pourquoi n'en fait-il pas voir les idoles abattues ? Mais c'est ici que me paroit une des merveilles de sa prédiction, en ce que du temps d'Alarie et de la des-' truction de Rome, les temples et les idoles étoient déjà renversés^ pour la plupart. Car, sans parler des grands coups que les fausses" divinités avoient recus sous Constantin, sous Gratien et sous Théodose le Grand, saint Augustin nous apprend un fait mémorable du règne d'Honorius. Les paiens s'étoient vantés d'un oracle qui prédisoit la ruine du christianisme en l'an 366 depuis la mort de' Jésus-Christ, qui est environ l'an 398 de notre ère. Que les protestans remarquent en passant dans quelle boutique sont forgées les prophéties qui prédisent la ruine de l'Eglise. Mais cette année 366, « qui devoit être fatale au christianisme, » le fut, dit saint Augustin, à l'idolátrie, « puisque les temples y furent renversés et les idoles brisées l’année d’après ‘. » Saint Jérôme nous représente aussi « le Capitole abandonné et tout son or terni, tous les’ temples de Rome couverts d'ordures et de toiles d'araignées; et’ encore depuis peu d'années , un des Gracques, dont le nom seul

1 De Civit., lib. XVIII, cap. LIII, LIV.

faisoit entendre ce que Rome avoit de plus noble, renversant, brisant et brülant l'antre de Mitras et toutes ses idoles avec leurs figures monstrueuses !. » Ainsi saint Jean n'a plus eu besoin en. décrivant la chute de Rome de peindre celle des idoles, puisque le grand coup dont elles devoient être brisées avoit déjà été frappé; et comme il a été dit sur le chapitre xvr, verset 16, la corruption subsistoit plus dans les désirs de la prostituée que dans l'effet.

Récapitulation de ce qui a été dit depuis le chapitre 1v jusqu'au chapitre xx, et notamment des trois Vae.

On peut maintenant entendre toute la suite de la prédiction de saint Jean, depuis le chapitre rv jusqu'à la fin du xix*, et il est bon de se la remettre sous les yeux. ,

L'ouvrage de Dieu est accompli : Jésus-Christ est victorieux; l'Eglise est vengée; les Juifs qui, malgré leur chute, continuoient à la persécuter, ont recu les derniers coups, et on voit que rien n'est capable d'abattre l'Eglise, quoique Satan emploie contre elle toute sa séduction et toute sa violence. Sa séduction paroit principalement dans les hérésies, et sa violence dans la cruauté qu'il inspire à l'Empire persécuteur. Ce mauvais esprit remue tout, et tous ses efforts sont inutiles, chapitres VII, VIII.

Là paroissent ces trois grands Væ?, c'est-à-dire ces trois grands malheurs, qui font voir la liaison de tout cet ouvrage et la suite des attaques de Satan ; car il y est expressément marqué dans tous les trois; dans tous les trois il travaille à perdre entièrement les hommes. Tout aboutit à ôter l'Eglise de dessus la terre, parce que c'est elle seule qui empéche que tout le monde ne l'adore, et que Dieu ne lui abandonne tout le genre humain; mais il est vaincu partout, et l'Agneau triomphe de lui. Par un premier Væ®, ce mauvais esprit soulève les hérésiarques; et il tâche en éteignant la lumière de l'Evangile , d'envelopper tout l'univers dans une éternelle nuit; car c'étoit là, comme disoit le saint vieillard Siméon, « la lumière pour éclairer les nations, » Luc., 11, 32.

1 Epist. Vi, nune. Epist. LxII. — ? Chap. vri, 13. — 3 Chap. 1x, 1, 12.

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