‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 560 sur 588 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Et les enfans de l'Eglise « luisent comme des luminaires dans le monde, » PAil., iz, 15; de sorte qu'obscurcir l'Eglise, c’étoit cacher la lumière de tout l'univers dans les ténèbres. La vérité les dissipe. Par un second Væ, le malin esprit suscite de grandes guerres, oü ses devins promettent la victoire à ceux qui répandront le plus de sang chrétien !. En méme temps il anime les persécuteurs, et on diroit que par leur moyen il aille engloutir l'Eglise ?. L'Empire persécuteur n'agit que par lui : «le dragon donne à cet empire sa grande puissance ?; » mais plus il redouble ses efforts, plus sa défaite est manifeste. L'Eglise triomphe sous Constantin, l'idolàtrie recoit le coup mortel. Cette puissance malfaisante que Satan avoit donnéeaux persécuteurs leur est funeste, puisqu'elle avance leur supplice en augmentant leur crime. Enfin par un troisième Ve ,il ressuscite l’idolâtrie, qui avoit recu une blessure mortelle, et il lui donne de nouveau sa puissance *. On l'adore comme l'auteur de cette résurrection de l’idolâtrie qui paroit miraculeuse. Parles prestiges et les faux miracles de ses devins. et de ses enchanteurs, il aveugle Julien l'Apostat, qui devoit étre l'instrument de sa malice, et il éblouit les peuples. Le monde est replongé dans l'idolátrie avec un aveuglement d'autant plus criminel, qu'il est sans comparaison plus mauvais de la relever de sa chute que de la conserver dans sa puissance. Malgré les empereurs chrétiens qui vinrent après Julien, Satan règne dans le cœur dela prostituée, qui ne cesse d'aimer ses idoles , quoiqu'abattues et brisées; et aprés le comble du crime où il la jette, il lui attire aussi le comble de la peine etle dernier coup de foudre par lequel son empire, qui étoit aussi celui de l'idolàtrie et du démon, étant renversé sur la terre, elle est encore précipitée dans les enfers. Voilà l'histoire des trois Ve. Si le premier est différent des deux qui le suivent, en ce qu'il représente, à l'égard de l'Eglise, une persécution spirituelle, et même à l'égard du siècle une plaie qu'on n'y sent pas, c'est-à-dire la diminution de la lumière dont il devoit étre éclairé, c'est que le Saint-Esprita voulu montrer à saint Jean toutes les sortes de jugemens que Dieu avoit résolu

1 Chap. 1x., 13 et seqq.; xvi, 13, 14, 16. —2 Chap. xir, #, 13, 15. — 5 Chap. xit, 3.— ^ 1bid., &, 41. |

d'exercer sur les infidéles, et ensemble toutes les sortes de victoires que l'Agneau devoit remporter sur le démon et le monde. Les deux autres Væ font voir le crime plus sensiblement puni,et tout enfin se termine au feu éternel.

Le dernier Væ ne paroit clairement marqué qu'à la chute x Rome, comme on a vu ! ; mais il faut rapporter tout ce qui suit après le second. Or le second se termine à l'endroit où les deux témoins montent au ciel ?; où la persécution cesse, où l'Eglise paroit en grande gloire, où enfin le règne des impies est ébranlé, et ensemble Dieu glorifié par le nombre infini des conversions ?. Ce temps concourt manifestement avec celui où le dragon est vaincu, où l’idolâtrie est abattue, où la bête reçoit la plaie mortelle et paroit tout à fait morte *. Là se termine le second Væ ; et par conséquent le troisième commence à l’endroit où la bête est ressuscitée et où l’idolâtrie revient en triomphe sous Julien l'Apostat 5. Ace Ve appartient donc tout ce qui suit jusqu'à la chute de Rome; et si saint Jean ne marque pas le commencement ni la fin de ce Vc aussi clairement que des autres, outre la raison commune de diversifier le style, c'est qu'il doit étre aisé à un lecteur déjà instruit de trouver ce qui regarde le troisième Væ par l'analogie des deux autres qu'il vient de voir. | - Le temps des trois Væ est maintenant aisé à déterminer. Le: premier commence à Sévère, et finit au commencement des malheurs de Valérien. Le second , qui commence là , est poussé jusqu'à la défaite de Maxence et des autres persécuteurs, par où l'idolàtrie est abattue et le règne de l'Eglise établi. Le dernier. comprend tous les attentats depuis l'idolàtrie ressuscitée par Ju lien l'Apostat, avec tout ce qui est arrivé jusqu'à la fin pour les punir.

. V ne faut pas oublier ici qu'une vision répète souvent sous une figure ce qu'on aura déjà vu représenter sous une autre : car le lecteur seroit accablé des merveilles d'une vision, si on lui représentoit tout en méme temps. On soulage donc son attention, et on lui inculque davantage une vérité en la lui proposant sous diverses:

4 Chap. xvirr, 10,16, 19, — 2 Chap. x1, 12,43: mr EE: suive 2 # Chap. xii, 3 et sui. —5 [bid.

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