CHAPITRE XX
Aprés l'an mil de Notre-Seigneur, tout alla manifestement en diminuant, et les scandales se multiplièrent : la discipline se relàchoit visiblement : on en voyoit l'affoiblissement dans celui de la pénitence canonique. Le refroidissement de la charité prédit par Notre-Seigneur, Matth., xxiv, 11, 12, parut dans le schisme des Grecs, qui rompirent ouvertement avec l'Eglise romaine en l'an 1050, sous le pape saint Léon IX et le patriarche Michel Cérularius ; dans les guerres entre les Papes etles empereurs; dans les jalousies des deux puissances, et les entreprises des uns sur les autres; dans les oppositions entre le clergé et les religieux ; dans les schismes fréquens de l'Eglise romaine; et enfin dans le grand schisme arrivé aprés Grégoire XI, qui acheva de ruiner la discipline et d'introduire la licence et la corruption dans le clergé : la foi méme fut attaquée d'une manière plus couverte, et en cela plus pernicieuse que jamais, par les manichéens qui vinrent de Bulgarie. Nous en avons fait l’histoire dans le livre XI des Variations, où l’on peut voir la multitude effroyable, les artifices et la séduction de ces hérétiques, qui réprimés souvent par saint Augustin, par saint Léon, par saint Gélase et les autres Papes, se cantonnèrent dans quelques provinces d'Orient, d’où ils se répandirent en Occident après l’an mil : car on les voit paroître la première fois en 1017, sous le roi Robert et au concile d'Orléans, où ils furent condamnés au feu par ce prince, autant pour leurs maléfices et leurs sacriléges que pour leurs erreurs. En méme temps il s'en trouve une infinité en Italie, en France et en Allemagne. Le caractère particulier de ces hérétiques étoit d'inspirer la haine contre l'Eglise romaine. Cependant les manichéens, sous mille noms différens de Pétrobusiens , d' Henriciens, d' Albigeois, de Patariens, de Poplicains et de tant d'autres, gagnoient insensiblement. Le mariage étoit défendu; « les viandes que Dieu avoit créées étoient déclarées immondes » par les maximes de ces hérétiques; eton y voyoit tous les caractères de cette hérésie des derniers temps, marquée si expressément dans saint Paul, I Tim., Iv, 1. Cette peste de manichéens étoit d'autant plus dangereuse, qu'elle étoit cachée ; ces hérétiques se mêlant parmi les fidèles et y répandant leur poison, non-seulement sous l'apparence du culte
catholique, mais encore sous l'extérieur de la piété et sous le masque de la plus fine hypocrisie, comme on le peut voir amplement dans le lieu déjà allégué des Variations et par les sermons 65 et 66 de saint Bernard sur les Cantiques. Il n'est done pas ici question de chercher des violences exercées par ces nouveaux persécuteurs; c'est une affaire de séduction et d'artifice. Ces nouveaux Gog et Magog, cette nation ennemie du peuple de Dieu couvrit toute la face de la terre. Pour mieux porter le caractère de Gog, ils étoient originaires de la Gogarenne, province d'Arménie où ils s'étoient cantonnés; et ils venoient des Bulgares, nation scythique, dont on sait que Magog a été la source. Partout les églises et le camp des Saints étoient assiégés et environnés par ces hérétiques; et s'il faut de véritables combats, les guerres sanglantes des Albigeois nous en fourniront assez. (Ç’a donc été un prodigieux déchainement de Satan. Rien n'empéche qu'il n'en arrive beaucoup de semblables qui nous préparent au dernier. L'apostasie de Luther tient beaucoup de ce caractére, comme nous l'avons démontré ailleurs. Au reste nous avons aussi remarqué qu'un des caracteres des hérésies est de n'avoir pas un temps complet t, c'est-à-dire de durer peu à comparaison de l'Eglise, qui est éternelle et dont la perpétuelle stabilité est figurée par le nombre parfait de mille ans. Le feu du ciel sera ici, après les anathémes de l'Eglise, la vengeance céleste sur ces hérétiques factieux : mais tout cela au fond n'est qu'une figure, dont le parfait et véritable accomplissement est réservé à la fin des siècles, où le feu du ciel paroitra visiblement, et où le déchainement en effet sera tréseourt, parce que Dieu, qui aura pitié de ses élus, abrégera pour l'amour d'eux le temps d'une tentation si dangereuse, Matth., XXIV, 22.
Réflexions sur l'opinion des millénaires : Passage de saint Justin n false par les protestans.
Papias, très-ancien auteur, mais « d'un très-petit esprit? , » ayant pris trop grossièrement certains discours des apôtres , que leurs disciples lui avoient rapportés, introduisit dans l'Eglise ce
: 1 Apoc., IX, 5, 10. — ? Euseb., LI, xxxix; Hieron., in Pap.