‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 144 sur 392 · LE RATON · texte numérisé non relu

LE RATON

« opération ses yeux ni son nez, qu’il tient éloignés, lui soient d’aucun « usage.

« Si le raton n’est pas fort reconnaissant des caresses qu’il reçoit, il est « singulièrement sensible aux mauvais traitements : un domestique de la « maison l’avait un jour frappé de quelques coups de fouet; vainement cet « homme a-t-il cherché depuis à se réconcilier ; ni les œufs, ni les saute- « relies marines, mets délicieux pour cet animal, n’ont jamais pu le calmer. « A son approche il entre dans une sorte de rage; les yeux étincelants il « s’élance contre lui, pousse des cris de douleur; tout ce qu’on lui présente « alors il le refuse, jusqu’à ce que son ennemi disparaisse. Les accents de « la colère sont, chez lui, singuliers; on se figurerait entendre, tantôt le « sifflement du courlis, tantôt l’aboiement enroué d’un vieux chien.

« Si quelqu’un le frappe, s’il est attaqué par un animal qu’il croie plus « fort que lui, il n’oppose aucune résistance : semblable à un hérisson, il « cache et sa tête et ses pattes, forme de son corps une boule; aucune « plainte ne lui échappe; dans cette position il souffrirait la mort.

« J’ai remarqué qu’il ne laissait jamais ni foin ni paille dans sa niche. « Il préfère coucher sur le bois. Quand on lui donne de la litière il l’é- « carte dans l’instant même. Je ne me suis point aperçu qu’il fiit sen- « sibic au froid : de trois hivers il en a passé deux exposé à t utes les « rigueurs de l’air. Je l’ai vu couvert de neige, n’ayant aucun abri, et se « portant très-bien... Je ne pense pas qu’il recherche beaucoup la chaleur ; « pendant les gelées dernières, je lui faisais donner séparément et de l’eau « tiède et de l’eau presque glacée pour détremper ses aliments; celle-ci a « constamment eu la préférence. Il lui était libre de passer la nuit dans « l’écurie, et souvent il dormait dans un coin de ma cour.

« Le défaut de salive ou son peu d’abondance est, à ce que j’imagine, ce «qui engage cet animal à laisser pénétrer d’eau sa nourriture; il n’hu- « mecle point une viande fraîche et sanglante , jamais il n’a mouillé une « pêche, ni une grappe de raisin ; il plonge au contraire tout ce qui est sec « au fond de sa terrine.

« Les enfants sont un des objets de sa haine; leurs pleurs l’irritent, il « fait tous ses efforts pour s’élancer sur eux. Une petite chienne qu’il aime « beaucoup est sévèrement corrigée par lui quand elle s’avise d’aboyer avec « aigreur. Je ne sais pourquoi plusieurs animaux détestent également les « cris. En 1770, j’avais cinq souris blanches; je m’avisai par hasard d’en « faire crier une, les autres se jetèrent sur elle; je continuai, elles l’étran- « glèrent.

« Ce raton est une femelle qui entre en chaleur au commencement de « l’été; le besoin de trouver un mâle dure plus de six semaines; pendant « ce temps on ne saurait la fixer, tout lui déplaît, à peine se nourrit-elle; « cent fois le jour elle passe entre ses cuisses, puis entre ses pattes de

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« devant, sa queue touffue, qu’elle saisit par le bout avec ses dents, et « qu’elle agite sans cesse pour frotter ses parties naturelles. Durant cette « crise, elle est à tout moment sur le dos, grognant et appelant son mâle, « ce qui me ferait penser qu’elle s’accouple dans cette attitude.

« L’entier accroissement de cet animal ne s’est guère fait en moins de « deux ans et demi. »

DU DATON-CRABIER. *

Cet animal, qui nous a été envoyé de Cayenne par M. de la Borde, sous la dénomination impropre de chien-crabier, n’a d’autre rapport avec le crabier que l’habitude de manger également des crabes ; mais il tient beaucoup du raton par la grandeur ‘, la forme et les proportions de la tête, du corps et de la queue ; et comme nous ignorons le nom qu’il porte dans son pays natal, nous lui donnerons, en attendant que nous en soyons informés, la dénomination de raton-crabier, pour le distinguer et du raton et du crabier.

Cet animal a été envoyé de Cayenne avec le nom et l’indication suivante : chien-crabier adulte ^ femelle prise nourrissant trois petits; mais, comme nous venons de le dire, il n’a nul rapport apparent avec le crabier; il n’en a ni la forme du corps ni la queue écailleuse; sa longueur, depuis le bout du museau jusqu’à l’origine de la queue, est de vingt-trois pouces six lignes, et par conséquent elle est à peu près égale à celle du raton, qui est de vingt-deux pouces six lignes; les autres dimensions sont proportionnellement les mêmes entre ces deux animaux, à l’exception de la queue, qui est plus courte et beaucoup plus mince dans cet animal que celle du raton.

La couleur de ce raton-crabier est d’un fauve mêlé de noir et de gris ; le noir domine sur la tête, le cou et le dos , mais le fauve est sans mélange sur les côtés du cou et du corps; le bout du nez et les naseaux sont noirs; les plus grands poils des moustaches ont quatre pouces de longueur, et ceux du dessus de l’angle des yeux ont deux pouces deux lignes; une bande d’un brun noirâtre environne les yeux et s’étend presque jusqu’aux oreilles; elle passe sur le museau, se prolonge et s’unit au noir du sommet de la tête; le dedans des oreilles est garni d’un poil blanchâtre, et une bande de cette même couleur règne au-dessus des yeux, et il y a une tache blanche an milieu du front; les joues, les mâchoires, le dessous du cou, de la poitrine et du ventre sont d’un blanc jaunâtre; les jambes et les pieds sont d’un brun noirâtre, celles de devant sont couvertes d’un poil court; les doigts

* Ursiis cancrivorus (même genre que le précédent).

1. 11 est en effet du même genre que le raton, et très-différent du crabier. Le crabier est un viiimal à bourse.

DU RATON-CRABIER. 273

sont longs et bien séparés les uns des autres; la queue est environnée de six anneaux noirs, dont les intervalles sont d’un fauve grisâtre; ce qui établit encore une différence entre cet animal et le vrai raton, dont la queue longue, grosse et touffue, est seulement annelée sur la face supérieure. Ces deux espèces de raton diffèrent encore entre elles par la couleur du poil, qui, dans le raton, est sur le corps d’un noir mêlé de gris et de fauve pâle, et, sur les jambes, de couleur blanchâtre; au lieu que dans celui-ci il est d’un fauve mêlé de noir et de gris sur le corps, et d’un brun noirâtre sur les jambes. Ainsi quoique ces deux animaux aient plusieurs rapports entre eux, leurs différences nous paraissent suffisantes pour en faire deux espèces distinctes.

DU COATI. *

Quelques personnes, qui ont séjourné dans l’Amérique méridionale, m’ont informé que les coatis produisent ordinairement trois petits ; qu’ils se font des tanières en terre comme des renards; que leur chair a un mauvais goût de venaison, mais qu’on peut faire de leurs peaux d’assez belles fourrures. Ils m’ont assuré que ces animaux s’apprivoisent fort aisément, qu’ils deviennent même très-caressants, et qu’ils sont sujets à manger leur queue, ainsi que les sapajous, guenons, et la plupart des autres animaux à longue queue des climats chauds. Lorsqu’ils ont pris cette habitude sanguinaire on ne peut pas les en corriger; ils continuent de ronger leur queue et finissent par mourir, quelques soins et quelque nourriture qu’on puisse leur donner; il semble que cette inquiétude est produite par une vive démangeaison ; mais peut-être les préserverait-on du mal qu’ils se font en couvrant l’extrémité de la queue avee une plaque mince de métal, comme l’on couvre quelquefois les perroquets sur le ventre, pour les empêcher de se déplumer.

LE KINKAJOU.

Je suis persuadé que le carcajou d’Amérique est le même animal que le glouton d’Europe', ou du moins qu’il est d’une espèce très-voisine; mais je

* Voyez la nomenclature de la page 660 du II® volume.

Viverra caudivolvula (Gmel.). — Le kinkajou ou potto (Cuv.). — Cet article, intitulé dans Buffon : seconde addition relative au glouton, ne concerne qne le kinkajou. Billion y confond encore le carcajou avec le glouton, mais il commence à y distinguer le carcajou du kinkajou. Dans le premier des deux articles qui suivent , il distingue plus complètement l’un de l’autre ces deux derniers animaux; dans le second, il sépare le carcajou du glouton et le ramène au blaireau.

1. Voyez la note de la page 332 du III® volume. — Voyez de plus, ci-après (p. 279), la uoincnclature du carcajou.

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dois observer que, faute d’être assez informé, je crois être tombé dans une méprise occasionnée par la ressemblance du nom et de quelques habitudes naturelles communes à deux animaux différents. J’ai cru que le kinkajou était le même animal que le carcajou et je n’ai reconnu cette erreur qu’à la vue de deux animaux, dont l’un était à la foire Saint-Germain, en 1773, annoncé sur l’affiche animal inconnu à tous les naturalistes; et il l’était en effet. Un autre tout pareil est encore actuellement vivant à Paris, chez M. Chauveau, qui l’a amené de la Nouvelle-Espagne, et M. Messier, astronome de l’Académie des Sciences, l’a nourri pendant deux ou trois ans. C’est celui que nous croyons être le vrai kinkajou. M. Chauveau pensait que ce pouvait être un acouchi ou un coati ; il dit qu’à la vérité il n’a ni le nez allongé ni la queue annelée du coati, mais qu’il a d’ailleurs le même poil, les mêmes membres, le même nombre de doigts , et surtout des dents canines pareilles, et telles que M. Perrault les a fait dessiner pour le coati, c’est-à-dire anguleuses et cannelées sur les trois faces. M. Chauveau avoue qu’il diffère encore du coati par sa queue prenante, avec laquelle il se suspend et s’accroche à tout ce qu’il rencontre lorsqu’il veut descendre.

« Il ne la redresse même, dit-il , que quand ses pieds sont assurés; il « s’en sert heureusement pour saisir et approcher de lui les choses aux- « quelles il ne peut atteindre ; il se couche et dort dès qu’il voit le jour, et « s’éveille à l’approche de la nuit. Alors il est d’une vivacité extraordinaire. « Il grimpe avec une grande facilité, et furète partout. Il arrache tout ce « qu’il trouve, soit en jouant, soit en cherchant des insectes, sans cela on « pourrait le laisser en liberté; et même avant d’être en France on ne « l’attachait pas du tout, il sortait et allait où il voulait pendant la nuit, et <( le lendemain matin on le retrouvait toujours couché à la même place ; « on vient à bout de l’éveiller en l’excitant pendant le jour, mais il semble « que le soleil ou sa réverbération l’effraie ou le suffoque. Il est assez cares- « sant, sans cependant être docile, il sait seulement distinguer son maître « et le suivre. Il boit de tout, de l’eau, du café, du lait, du vin et même de « l’eau-de-vie, surtout s’il y a du sucre, et il en boit jusqu’à s’enivrer, ce <( qui le rend malade pendant plusieurs jours; il mange aussi de tout iiidis- « tinctement, du pain, de la viande, des légumes, des racines, principule- « ment des fruits; on lui a donné longtemps pour nourriture ordinaire du « pain trempé de lait, des légumes et des fruits. Il aime passionnément les « odeurs, et est très-friand de sucre et de confitures.

« Il se jette sur les volailles, et c’est toujours sous l’aile qu’il les saisit; « il paraît en boire le sang, et il les laisse sans les déchirer; quand il a le « choix il préfère un canard à une poule, et cependant il craint l’eau. 11 a

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