‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 145 sur 392 · Page 332 du III® volume · texte numérisé non relu

Page 332 du III® volume

LE KINKAJOU.

« différents cris; quand il est seul pendant la nuit, on l’entend très-souvent « jeter des sons qui ressemblent assez en petit à l’aboiement d’un chien, et « il commence toujours par éternuer. Quand il joue et qu’on lui fait du « mal, il se plaint par un petit cri pareil à celui d’un jeune pigeon. Quand « il menace, il siffle à peu près comme une oie; quand il est en colère, ce « sont des cris confus et éclatants. Il ne se met guère en colère que quand « il a faim; il tire une langue d’une longueur démesurée lorsqu’il bâille; « c’était une femelle, et l’on a cru remarquer que depuis trois ans qu’elle « est en France elle n’a été qu’une fois en chaleur. Elle était alors presque « toujours furieuse®. »

Voici la description que M. de Sève a faite d’un animal tout semblable, qui était à la foire Saint-Germain en 1773 :

« Par le poil, dit-il, il a plus d’analogie à la loutre qu’aux autres ani- « maux ; mais il n’a point de membranes entre les doigts des pieds ; il a la « queue aussi longue que le corps, au lieu que celle de la loutre n’est que « moitié de la longueur du corps. Il a bien en marchant l’allure de la « fouine par son corps allongé, mais il n’y ressemble pas par la queue, ni « par les formes de la tête, qui ont plus de rapport dans cette partie à celle « de la loutre ; l’œil est plus gros que celui de la fouine, qui a le museau « plus allongé; la tête, de face, tient un peu du petit chien danois; il a une « langue extrêmement longue et menue, qu’il allonge quelquefois dans la « journée; cette langue est douce lorsqu’il lèche, car cet animal paraît être « d’un assez bon naturel ; il était fort doux ce carême dernier, quand j’ai « commencé à le dessiner, mais le public, qui l’agace, l’a rendu méchant; « à présent il mord quelquefois après avoir léché. Il est jeune, et ses dents « ne me paraissent pas formées, comme je le dirai ci-après. Il est d’un tem- « pérainent remuant, aimant à grimper ; souvent il se tient sur son derrière, « se gratte avec ses pieds de devant comme les singes, joue, retourne ses « pattes l’une dans l’autre et fait d’autres singeries. Il mange comme l’écu- « reuil, tenant entre ses paltés les fruits ou herbes qu’on lui donne. On ne « lui a jamais donné de viande ni de poisson. Lorsqu’il s’irrite, il cherche « à s’élancer, et son cri, dans sa colère, tient beaucoup de celui d’un gros « rat. Son poil n’a aucune odeur. Il a la dextérité de se servir de sa queue « pour accrocher les différentes choses qu’il veut attirer à lui. Il se pend « avec cette queue et aime à s’attacher de cette façon à tout ce qu’il ren- « contre. J’ai observé que ses pieds, dont les doigts ont une certaine lon- « gueur, se réunissent volontiers quand il marche ou grimpe; ils ne s’écar- « tent point en s’appuyant, comme font les doigts des autres animaux, et « les pieds ont par conséquent une forme allongée ; il a aussi en marchant « un peu les pieds en dedans. Enfin cet animal [au dire de Saint-Louis,

a. Note communiquée par M. Simon Chauveau à M. de Buffon.

ADDITIONS

« oiseleur, rue de Richelieu, à Paris, qui l’a acheté d’un particulier), vient « de la côte d’Afrique ; on l’appelait kinkajou, et l’espèce en est rare; il se « figure que c’est le nom de l’île ou du pays d’où il vient, ne pouvant avoir, « par les personnes qui le lui ont vendu, les éclaircissements nécessaires; « je dirai seulement que ce kinkajou , qui est femelle, tient en général plus « de la loutre que des autres animaux, par rapport aux poils, qui sont « courts et épais, mêlés de quelques poils plus longs. Les poils de la tête, « comme ceux du corps et de la queue, sont d’une teinte jaune olivâtre, « mêlés de gris et de brun ; par le luisant du poil, qui est changeant à « l’aspect du jour, il forme des tons différents plus gris, plus verdâtres « (qui est le dominant), ou plus brun. Ce poil est de couleur grise blan- « châtre dans la plus grande partie, et d’un fauve verdâtre sale à l’extré- « mité; il est mélangé d’autres poils dont l’extrémité est de couleur brune, « indépendamment de plus grands poils noirs, mêlés plus ou moins dans c( les autres poils, et qui forment, à côté des yeux, des bandes qui s’étendent « vers le front, et une autre au milieu qui s’affaiblit vers le cou. L’œil tient « beaucoup de celui de la loutre , la pupille est fort petite, et l’iris d’un « brun musc ou roussâtre. Le museau est d’un brun noir, comme le tour « des yeux. Le bout du nez est méplat, comme aux petits chiens, et les « narines très-arquées. L’ouverture de la bouche est de quinze lignes; les « dents, qui paraissent jaunes, sont au nombre de trente-deux. Dans la a mâchoire supérieure il y a six incisives, comme dans la mâchoire infé- « rieure, deux canines au-devant de chacune, et quatre mâchelières de « chaque côté aux deux mâchoires; ces dents canines sont très-grosses, la « supérieure croise l’inférieure : aussi, dans la mâchoire inférieure, y a-t-il « un vide entre les incisives et la canine inférieure pour y recevoir la supé- « rieure. Les mâchelières paraissent peu fournies, surtout les dernières, « qui annoncent la jeunesse de ce petit animal. Ainsi il a douze dents iiici- « sives, quatre canines, seize mâchelières, qui lui font trente-deux dents'. « Ses oreilles, plus longues que larges, sont arrondies à leurs extrémités, « et couvertes d’un poil court de la couleur de celui du corps. Les côtés et « le dessous du cou, le dedans des jambes, sont d’un jaune doré, extrême- « ment vif par endroits. Cette même teinte dorée et plus foncée domine « dans plusieurs endroits de la tête et des jambes de derrière. Le ventre est « d’un blanc grisâtre, teint de jaune par endroits; la queue est partout « garnie de poils, elle est grosse à l’origine du tronçon et va en diminuant « imperceptiblement, et finit en pointe à l’extrémité. Il la porte horizontale- « ment en marchant. Le dessous de ses pattes, qui est sans poil, est couleur « de chair vermeille. Les ongles sont blancs, crochus et faisant la gouttière « en dessous. »

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