Voyez la note 1 de la page 539 du III® volume
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(les filets que l’on tend dans la mer, ou bien on les poursuit en canot jusqu’à ce qu’on les ait forcées de lassitude.
Leur peau fait une très-belle fourrure; les Chinois les achètent presque toutes, et ils les paient jusqu’à soixante-dix, quatre-vingts et cent roubles chacune; et c’est par cette raison qu’il en vient très-peu en Russie. La beauté de ces fourrures varie suivant la saison; les meilleures et les plus belles sont celles des saricoviennes tuées aux mois de mars , d’avril et de mai; néanmoins ces fourrures ont l’inconvénient d’être épaisses et pesantes, sans cela elles seraient supérieures aux zibelines, dont les plus belles ne sont pas d’un aussi beau noir. Il ne faut cependant pas croire que le poil de ces saricoviennes soit également noir dans tous les individus, car il y en a dont la couleur est brunâtre, comme celle de la loutre de rivière; d’autres qui sont de couleur argentée sur la tête; plusieurs qui ont la tête, le menton et la gorge variés de longs poils très-blancs et très-doux; enfin, d’autres qui ont la gorge jaunâtre et qui portent plutôt un feutre crépu, brun et court sur le corps qu’un véritable poil propre à la fourrure ; au reste, les poils bruns ou noirs ne le sont que jusqu’à la moitié de leur longueur; tous sont blancs à leur racine, et leur longueur est en tout d’environ un pouce ou un pouce et demi sur le dos, la queue et les côtés du corps; ils sont plus courts sur la tête et sur les membres; mais au-dessous de ce premier long poil il y a, comme dans les ours marins, une espèce de duvet ou de feutre qui est de couleur brune ou noire, comme l’extrémité des grands poils du corps. On distingue aisément les peaux des femelles de celles des mâles, parce qu’elles sont plus petites, plus noires, et qu’elles ont le poil plus long sous le ventre; les petits ont aussi, dans le premier âge, le poil noir ou très-brun et très-long; mais à cinq ou six mois ils perdent ce beau poil, et à un an ils ne sont couverts que de leur feutre, et les longs poils ne les recouvrent que dans l’année suivante; la mue se fait dans les adultes d’une manière différente de celle des autres animaux; quelques poils tombent aux mois de juillet et d’août, et les autres prennent alors une couleur un peu plus brune.
Communément les saricoviennes ont environ deux pieds dix pouces de longueur depuis le bout du museau jusqu’à l’origine de la queue, qui a douze ou treize pouces de long; leur poids est de soixante-dix à quatrevingts livi'es. La saricovienne ressemble à la loutre terrestre par la forme du corps, qui seulement est beaucoup plus épais en tout sens; toutes deux ont les pieds de derrière plus près de l'anus que les autres quadrupèdes; les oreilles sont droites, coniques, et couvertes de poils comme dans l’oursmarin ; elles sont longues de près d’un pouce, sur autant de largeur, et distantes l’une de l’autre d’environ cinq pouces; les yeux et les paupières sont assez semblables à ceux du lièvre, et sont à peu près de la même grandeur; la couleur de l’iris varie dans différents individus, car cette couleur
LA SARICOVIENNE.
est brune dans les uns et noirâtre dans les autres j il y a une membrane au grand angle de chaque œil, comme dans les ours marins, mais qui ne peut guère couvrir l’œil qu’à moitié; les narines sont très-noires, ridées et sans poil, et les lèvres sont d’une épaisseur à peu près égale à celles du phoque commun ; l’ouverture de la gueule est médiocre, n’ayant qii’environ deux pouces trois lignes de longueur depuis le bout du museau jusqu'à l’angle; la mâchoire supérieure s’avance d’un demi-pouce sur la mâchoire inférieure; toutes deux sont garnies de moustaches blanches dirigées en bas, et dont les poils raides ont trois pouces de longueur à côté des coins de la gueule, mais qui ne sont longs que d’un pouce auprès des narines; la mâchoire supérieure est armée de quatorze dents; il y a d’abord quatre incisives très-aiguës et longues de deux lignes; ensuite une canine de chaque côté, de figure conique, un peu recourbée en arrière et d’environ un pouce de longueur; après les canines il y a quatre molaires de chaque côté qui sont larges et épaisses, surtout celles du fond; et ces dernières dents sont très-propres à casser les coquilles et broyer les crustacés.
Dans la mâchoire inférieure le nombre des dents est ordinairement de seize; il y a d’abord, comme dans la mâchoire supérieure, quatre incisives et deux canines; ces dernières n’ont qu’environ huit lignes de longueur, mais il y a cinq dents molaires de chaque côté , dont les deux dernières sont situées dans la gorge; ainsi le nombre total des dents de la saricovienne est de trente ordinairement ; néanmoins, comme il y a des individus qui ont aussi cinq dents molaires de chaque côté à la mâchoire supérieure, il se trouve que ce nombre des dents est quelquefois de trente-deux; la langue, depuis son insertion jusqu’à son extrémité, est longue de trois pouces trois lignes, sur une largeur d’un demi-pouce seulement; elle est garnie de papilies et un peu fourchue à l’extrémité.
Les pieds, tant ceux de devant que. ceux de derrière, sont couverts de poil jusque auprès des ongles, et ne sont point engagés dans la peau, ils sont apparents et extérieurs comme ceux des quadrupèdes terrestres; en sorte que la saricovienne peut marcher et courir, quoique assez lentement; ceux de devant n’ont que onze ou douze pouces de longueur, et sont plus courts que ceux de derrière, qui ont quatorze ou quinze pouces , ce qui fait que cet animal est plus élevé par le train de derrière, et que son dos paraît un peu voûté ; les pieds de devant sont assez semblables, par les ongles, à ceux des chats, et ils diffèrent de ceux de la loutre terrestre en ce qu’ils sont réunis par une membrane qui est couverte de poil ; la plante du pied , qui est brune avec des tubercules par dessous, est arrondie et divisée en cinq doigts : les deux du milieu sont un peu plus longs que les autres, et l’interne est un peu plus court que l’externe; ces ongles crochus des pieds de devant servent à détacher les coquillages des rochers ; les pieds de derrière ont aussi cinq doigts qui sont de même joints par une
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membrane velue, et qui ont la forme de ceux des oiseaux palmipèdes; le tarse, le métatarse et les doigts de ces pieds de derrière sont beaucoup plus longs et plus larges que ceux des pieds de^ devant; les ongles en sont aigus, mais assez courts; le doigt externe est un peu plus long que les autres, qui vont successivement en diminuant, et la peau de la plante de ces pieds de derrière est aussi de couleur brune ou noire, comme dans les pieds de devant.
La queue est tout à fait semblable à celle de la loutre de terre, c’est-àdire plate en dessus et en dessous, seulement elle est un peu plus courte à proportion du corps; elle est recouverte d’une peau épaisse, garnie de poils très-doux et très-serrés.
La verge du mâle est contenue dans un fourreau sous la peau, et l’orifice de ce fourreau est situé à un tiers de la longueur du corps ; cette verge, longue d’environ huit pouces, contient un os qui en a six; les testicules ne sont point renfermés dans une bourse , mais seulement recouverts par la peau commune ; la vulve de la femelle est assez grande, et située à un pouce au-dessous de l’anus.
Nous devons observer que l’animal indiqué par M. Kracheninnikow ®, sous le nom de castor-marin, pourrait bien être le même que la saricovienne, quoiqu’il le dise aussi grand que celui qu’il nomme chat-marin, et qui est fours-marin, car il y a des saricoviennes beaucoup plus grandes que celles dont nous venons de donner les dimensions d’après M. Steller; et on en a vu à la Guiane et au Brésil de beaucoup plus grosses que celles du Kamtschalka; d’ailleurs, il paraît par l’indication même de M, Kracheninnikow, que son castor marin a les mêmes habitudes que la saricovienne, qui porte le nom de bobr ou castor chez les Russes de Sibérie. M. Steller, qui a demeuré si longtemps dans les parages du Kamtschalka, et qui en a décrit tous les animaux , ne fait nulle mention de ce castor marin, gros comme l’ours marin, et il y a toute apparence queM. Kracheninnikow n’en a parlé que sur des relations peut-être exagérées. On peut ajouter à ces preuves les inductions que l’on peut tirer du résultat des observations de différents voyageurs au Kamtschatka, dont la récapitulation se trouve tome XIX, page 365 des Voyages, où il est dit que «les peaux de castors marins sont d’un profit considérable pour la Russie; que les Kamtschatdales peuvent , avec ces peaux , acheter des Cosaques tout ce qui leur est nécessaire, et que les Cosaques troquent ces fourrures pour d’autres elfets, avec les marchands russes, qui gagnent beaucoup dans le commerce qu’ils en font à la Chine, et que le temps de la chasse des castors marins est le plus favorable pour lever les tributs, car les Kamtschatdales donnent un castor pour un renard ou une zibeline, quoiqu’il vaille au
a. Histoire générale des Voyages, t. XIX, p. 260.
LA SARICOVIENNE.
moins cinq fois davantage, et qu’il se vende quatre-vingt-dix roubles, etc. » On voit que tout cela se rapporte à la sarico vienne, et qu’il y a toute apparence que Kracheninnikow s’est trompé lorsqu’il a dit que son castor marin était aussi grand que son chat marin, c’est-à-dire l’ours marin.
Au reste la saricovienne, qui s’appelle bohr ou castor en langue russe, est nommée kaikon en langue karatschatdale, kalaga chez les Koriaques, et rakkon chez les Kouriles.
Je dois ajouter qu’ayant reçu de la Guiane de nouvelles informations au sujet des saricoviennes d’Amérique, il paraît qu’elles varient beaucoup par la grandeur et pour la couleur; l’espèce en est commune sur les côtes basses et à l’embouchure des grandes rivières de l’Amérique méridionale’.
Leur peau est très-épaisse, et leur poil est ordinairement d’un gris plus ou moins foncé, et quelquefois argenté; leur cri est un son rauque et enroué; ces animaux vont en troupes et fréquentent les savanes noyées; ils nagent la tête hors de l’eau, et souvent la gueule ouverte; quelquefois même, au lieu de fuir, ils entourent en grand nombre un canot en jetant des cris, et il est aisé d’en tuer un grand nombre : au reste, l’on dit qu’il est assez difficile de prendre une saricovienne dans l’eau lors même qu’on l’a tuée, qu’elle se laisse aller au fond de l’eau dès qu’elle est blessée, et qu’on perdrait son temps à attendre le moment où elle pourrait reparaître, surtout si c’est dans une eau courante qui puisse l’entraîner.
Les jaguars et couguars leur font la guerre et ne laissent pas d’en ravir et d’en manger beaucoup ; ils se tiennent à l’affût, et lorsqu’une saricosieniie passe, ils s’élancent dessus, la suivent au fond de l’eau, l’y tuent, et l’emportent ensuite à terre pour ta dévorer.
Nous avons dit, d’après le témoignage de M. de la Borde, qu’il y a à Cayenne trois espèces de loutres très-différentes par la grandeur ; les deux plus grandes de ces loutres paraissent être des saricoviennes, qui se ressemblent si fort par la forme, que l’on peut sans difficulté les rapporter à une seule et même espèce, d’autant qu’on doit remarquer comme un fait général que, dans l’espèce de la saricovienne ainsi que dans celle du jaguar et de plusieurs autres animaux des contrées presque désertes, ils sont plus petits dans les lieux voisins des habitations que dans la profondeur des terres, parce qu’on les tue plus jeunes, et qu’on ne leur donne pas le temps de prendre leur entier accroissement.
n Ce qui précède se rapportait à la loutre marine; ce qui suit se rapporte à la saricovienne.
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VARIÉTÉS DANS LES CHIENS
Il y avait ces années dernières, à la foire Saint-Germain, un chien de Sibérie qui nous a paru assez différent de celui dont nous avons parlé pour que nous en ayons retenu une courte description. Il était couvert d’un poil beaucoup plus long , et qui tombait presque à terre. Au premier coup d’œil, il ressemblait à un gros bichon, mais ses oreilles étaient droites et en même temps beaucoup plus grandes. Il était tout blanc, et avait vingt pouces et demi de longueur, depuis le bout du nez jusqu’à l’extrémité du corps; onze pouces neuf lignes de hauteur, mesuré aux jambes de derrière, et onze pouces trois lignes à celles de devant : l’œil d’un brun châtain, le bout du nez noirâtre, ainsi que le tour des narines et le bord de l’ouverture de la gueule; les oreilles, qu’il porte toujours droites, sont très-garnies de poil, d’un blanc jaune en dedans, et fauve sur les bords et aux extrémités. Les longs poils qui lui couvrent la tête lui cachent en partie les yeux, et tombent jusquesur le nez; les doigts et les ongles des pieds sont aussi cachés par les longs poils des jambes, qui sont de la même grandeur que ceux du corps; la queue, qui se recourbe comme celle du chien-loup, est aussi couverte de très-grands poils pendants, longs en général de sept à huit pouces. C’est le chien le plus vêtu et le mieux fourré de tous les chiens.
D’autres chiens amenés à Paris par des Russes, en 1759, et auxquels ils donnaient le nom de chiens de Sibérie, étaient d’une race très-différente du précédent. Ils étaient de grosseur égale, le mâle et la femelle, à peu près de la grandeur des lièvres de moyenne taille, le nez pointu, les oreilles demi-droites, un peu pliées par le milieu ; ils n’étaient point effdés comme les lièvres, mais bien ronds sous le ventre. Leur queue avait environ huit à neuf pouces de long, assez grosse et obtuse à son extrémité; ils étaient de couleur noire et sans poils blancs; la femelle en avait seulement une touffe grise au milieu de la tête, et le mâle une touffe de même couleur au bout de la queue. Ils étaient si caressants qu’ils en étaient incommodes, et d’une gourmandise ou plutôt d’une voracité si grande qu’on ne pouvait jamais les rassasier. Ils étaient en même temps d’une malpropreté insupportable, et perpétuellement en quête pour assouvir leur faim. Leurs jambes n’étaient ni trop grosses ni trop menues, mais leurs pattes étaient larges, plates, et même fort épatées; enfin leurs doigts étaient unis par une petite membrane. Leur voix était très-forte, ils n’avaient nulle inclination à mordre, et caressaient indistinctement tout le monde ; mais leur vivacité