‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 195 sur 392 · COUGUAR NOIR · texte numérisé non relu

COUGUAR NOIR

« Lorsqu’ils sont fort affamés, ils attaquent les vaches et les bœufs en « leur sautant sur le dos ; ils enfoncent les griffes de la patte gauche sur le « cou, et lorsque le bœuf est courbé, ils le déchirent et traînent les lam- « beaux de la chair dans le bois, après lui avoir ouvert la poitrine et le « ventre pour boire tout le sang, dont ils se contentent pour une première « fois. Ils couvrent ensuite avec des branches les restes de leur proie, et ne «s’en écartent jamais guère; mais lorsque la chair commence à se cor- « rompre, ils n’en mangent plus. Quelquefois ils se mettent à l’affût sur « des arbres pour s’élancer sur les animaux qui viennent à passer. Ils « suivent aussi les troupes de cochons sauvages et tombent sur les traî- « neurs; mais s’ils se laissent une fois entourer par ces animaux, ils ne « trouvent de salut que dans la fuite.

« Au reste, les jaguars, ainsi que les couguars, ne sont pas absolument « féroces et n’attaquent pas les hommes, à moins qu’ils ne se sentent bles- « sés; mais ils sont intrépides contre les attaques des chiens, et vont les « prendre près des habitations; lorsque plusieurs chiens les poursuivent « et les forcent à fuir par leur nombre, ils grimpent sur les arbres. Ces « animaux rôdent souvent le long des bords de la mer, et ils mangent les « œufs que les tortues viennent y déposer. Ils mangent aussi des caïmans, « des lézards et du poisson, quelquefois les bourgeons et les feuilles tendres « des palétuviers. Ils sont bons nageurs et traversent des rivières très- « larges. Pour prendre les caïmans, ils se couchent ventre à terre au bord « de la rivière, et battent l’eau pour faire du bruit, afin d’attirer le caïman, « qui ne manque pas de venir aussitôt et de lever la tête, sur laquelle le « jaguar se jette; il le tue et le traîne plus loin pour le manger à loisir.

« Les Indiens prétendent que les jaguars attirent l’agouti en contreci faisant son cri, mais ils ajoutent qu’ils attirent aussi le caïman par un cri « semblable à celui des jeunes chiens, ou en contrefaisant la voix d’un « homme qui tousse, ce qui est plus difficile à croire.

« Ces animaux carnassiers détruisent beaucoup de chiens de chasse qu’ils « surprennent à la poursuite du gibier. Les Indiens prétendent qu’on peut « préserver les chiens de leur attaque en les frottant avec une certaine « herbe dont l’odeur les éloigne.

« Quand ces animaux sont en chaleur, ils ont une espèce de rugissement « effrayant, et qu’on entend de fort loin. Ils ne font ordinairement qu’un « petit, qu’ils déposent toujours dans de gros troncs d’arbres pourris. On « mange à Cayenne la chair de ces animaux, surtout celle des jeunes, qui « est blanche comme celle du lapin »

Le couguar, réduit en captivité, est presque aussi doux que les autres animaux domestiques.

« J’ai vu (dit l’auteur des Becherches sur les Américains) un couguar

O. Extrait des observations de M. de la Borde, envoyées à M. de Buffon en 1774.

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ADDITIONS

« vivant chez Dncos, maître des bêtes étrangères : il avait la tranquillité « d’un chien et beaucoup plus que la corpulence d’un très-grand dogue; il ^ « est haut monté sur ses jambes, ce qui le rend svelte et alerte; ses dents « canines sont coniques et très-grandes. On ne l’avait ni désarmé ni emmure selé, et on le conduisait en laisse 11 se laissait flatter de la main, et

« je vis de petits garçons monter sur son dos et s’y tenir à califourchon. Le « nom de tigre poltron.lui a été bien donné®. »

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