Voyez la note précédente
DE LA GERBOISE OU GERBO.
« siner, et qui a bien voulu nous communiquer ce qu’il a offert de plus « remarquable; c’est en faisant usage de ces observations que nous allons « ajouter quelques particularités à celles que M. de Buffon en a rappor- « tées.
« La description que celui-ci en a faite est très-exacte : on retrouve « dans le gerbo de M. Klockner tout ce qu’il en a dit, à l’exception de cette « grande bande noire transversale en forme de croissant, qui est au bas des « reins près de la queue; c’est une femelle, et peut-être cette bande ne se « voit-elle que sur le mâle; ce qui me porte à le croire, c’est que j’ai mis « dans le cabinet de l’académie deLeyde la peau d’un autre gerbo femelle, « où cette bande ne paraît pas non plus.
« M. Klockner a reçu cette gerboise de Tunis; la caisse dans laquelle elle « lui a été apportée était garnie en dedans de fer-blanc ; elle en avait enlevé « avec ses dents quelques pièces, et en avait rongé le bois en différents « endroits; elle fait la même chose dans la cage où elle est actuellement «gardée; elle n’aime pas à être renfermée, cependant elle n’est point « farouche, car elle souffre qu’on la tire de son nid et qu’on l’y remette « avec la main nue, sans qu’elle morde jamais; au reste, elle ne s’appri- « voise que jusqu’à un certain point, comme Ta remarqué M. de Butîon; « car elle ne paraît mettre aucune différence entre celui qui lui donne à « manger et des étrangers; lorsqu’elle est en repos, elle est assise sur ses « genoux, et ses jambes de derrière étendues sous le ventre atteignent pres- « que ses jambes de devant, en formant une espèce d’arc-de-cercle ; sa queue « alors est posée le long de son corps; dans cette attitude, elle recueille les « grains de blé ou les pois dont elle se nourrit; c’est avec ses pattes de « devant qu’elle les porte à sa bouche, et cela si promptement qu’on a peine « à en suivre de l’œil les mouvements; elle porte chaque grain à sa bouche « et en rejette Técorce pour ne manger que l’intérieur.
« Quand elle se meut, elle ne marche pas en avançant un pied devant « l’autre, mais en sautant comme une sauterelle, et en s’appuyant unique- « ment sur l’extrémité des doigts de ses pieds de derrière; alors elle tient « ses pieds de devant si bien appliqués contre sa poitrine, qu’il semble « quelle n’en a point; la figure qu’en offre la planche ^ la représente dans « l’attitude où elle est quand elle se prépare à sauter, et il est difficile de « concevoir comment elle peut se soutenir; quelquefois même son corps « forme, avec ses jambes, un angle plus aigu encore, mais pour l’ordinaire « elle se tient dans une situation qui approche plus de la perpendiculaire ; « si on Tépouvante elle saute à sept ou huit pieds de distance; lorsqu’elle « veut grimper sur une hauteur elle fait usage de ses quatre pieds, mais « lorsqu’il faut descendre dans un creux, elle traîne après soi ses jambes de
1. Voyez la planche xl du t. VI des Suppléments : édition in-4« de rimprimerie royale.
ADDITIONS
« derrière sans s’en servir, et elle avance en s’aidant uniquement des pieds « de devant.
« Il semble que la lumière incommode cet animal : aussi dort-il pendant « tout le jour, et il faut qu’il soit bien pressé par la faim pour qu’il lui « arrive de manger quand le soleil luit encore; mais dès qu’il commence « à faire obscur il se réveille, et durant toute la nuit il est continuellement « en mouvement, et c’est alors seulement qu’il mange; quand le jour « paraît, il rassemble en tas le sable qui est dispersé dans sa cage, il met « par-dessus le coton qui lui sert de lit et qui est fort dérangé par le mouve- « ment qu’il vient de se donner; et après avoir raccommodé son nid, il s’y « fourre jusqu’à la nuit suivante.
« Pendant le voyage qu’il a fait de Tunis à Amsterdam , et qui a été de « quelques mois, on l’a nourri de gruau ou de biscuit sec sans lui donner à « boire. Dès qu’il fut arrivé, le premier soin de M. Klockner fut de lui pré- « senter un morceau de pain trempé dans l’eau, ne doutant pas qu’il ne fût « fort altéré, mais il ne voulut point y toucher, et il préféra un biscuit dur; « cependant M. Klockner, ne soupçonnant pas qu’il pût se passer d’eau, lui « donna des pois verts et des grains de blé qui en étaient imbibés, mais ce « fut inutilement, il n’en goûta point; il fallut en revenir à ne lui donner « que du manger sec sans eau; et jusqu’à présent, depuis une année et « demie, il s’en est bien trouvé.
c( Quelques auteurs ont rangé cet animal parmi les lapins, auxquels il « ressemble par la couleur et la finesse de son poil, et par la longueur de « ses oreilles; d’autres l’ont pris pour un rat, parce qu’il est à peu près de « la même grandeur; mais il n’est ni lapin ni rat; l’extrême disproportion « qu’il y a entre ses jambes de devant et celles de derrière , et l’excessive « longueur de sa queue, le distinguent des uns et des autres. Il forme un « genre à part et même très-singulier avec l’alagtaga, dont M.Gmelin nous « a donné la description et la figure, mais qui approche si fort de notre « gerbo, qu’on ne peut le regarder, avec M. de Butfon, que comme une « variété de la même espèce.
« Il ne faut pas oublier que le gerbo a autour de la bouche une mous- « tache composée de poils assez raides, parmi lesquels il y en a un de côté « d’une longueur extraordinaire, puisqu’il est long de trois pouces.
« Je me suis servi de la peau bourrée qui est dans le cabinet de l’acadéa mie de Leyde, pour prendre les dimensions que voici :
Pieds.
Longueur du corps entier mesuré en ligne droite, depuis le bout du museau
jusqu’à l’anus »
Longueur des oreilles »
Distance entre l’oreille et l’œil »
Longueur de l’œil d’un angle à l’autre »
Ouverture de Tœil »
Pouces. Lignes,
DE LA GERBOISE Oü GERBO.
Pieds. Pouces. Lignes,
Distance entre l’œil et le bout du museau » 1 »
Circonférence du bout du museau — » 2 6
Circonférence de la tète entre les oreilles et les yeux » 5 »
Circonférence du corps prise derrière les jambes de devant » 5 5
Circonférence prise devant les jambes de derrière » G 1
Longueur des jambes de devant^ depuis l’extrémité des doigts jusqu’à la
poitrine n » 1 0
Longueur des jambes de derrière j depuis l’extrémité des pieds jusqu’à
l’abdomen » 5 6
Longueur de la queue » 8 »
c( Ces dimensions sont celles du gerbo dont j’ai la dépouille, et elles so ni « à peu près celles du gerbo de M. le docteur Kiockner, et de presque « tous ceux qui ont été décrits par les naturalistes ; il y en a cependant qui « sont beaucoup plus grands. Prosper Alpin, en parlant du daman ou agneau « d’Israël, que M. de Butfon range, avec raison, au nombre des gerboises®,
« avait déjà dit que cet animal est plus gros que notre lapin d’Europe, ce « qui a paru douteux au docteur Sbaw et même à M. de Buffon. A présent « nous sommes certains que cet auteur n’a point exagéré; toute l’Europe « sait que MM. Banks et Solander, animés d’un zèle , je dirais presque « héroïque, pour avancer nos connaissances dans l’astronomie et dans « l’histoire naturelle, ont entrepris le tour du monde : à leur retour en « Angleterre, ils ont fait voir deux gerbos qui surpassent en grosseur nos « plus grands lièvres’ ; en courant sur leurs deux pieds de derrière ils met- « tent en défaut les meilleurs chiens. Ce n’est là qu’une des moindres curio- « sites qu’ils ont apportées avec eux; ils en ont fait une ample collection,
« qui leur fournira de quoi remplir un millier de planches. On prépare, par « ordre de l’amirauté d’Angleterre, une relation de leur voyage; on y verra « des particularités très-intéressantes sur un pays des terres australes , que « nous ne connaissions jusqu’à présent que de nom; je veux parler de la « Nouvelle-Zélande, etc. »
DES GERBOISES {suife).
(Second article de M. Allamand.)
«Dans l’histoire que j’ai donnée du gerbo, j’ai remarqué que Prosper « Alpin a eu raison de dire que le daman, qui appartient au genre des gerce boises était plus gros que notre lapin d’Europe. J’ai avancé cela, fondé « sur ce qu’on m’avait écrit d’Angleterre , que M. Banks, revenu de son
a. On verra, ci-après, les raisons que j’ai de changer de sentiment à cet égard. i
b. Le daman du docteur Shaw, appartient en effet au genre des gerboises ; mais nous verrons, comme nous venons d’en avertir, les raisons qui nous persuadent que le docteur Sbaw a mal appliqué à cet animal le nom de daman.