Ce n’étaient pas des gerbos, c’étaient des kanguroos
ADDITIONS
« voyage autour du monde, avait apporté un de ces animaux qui surpassait « en grosseur nos plus grands lièvres ‘ . A présent je suis en état de dire quel- « que chose de plus positif sur cet animal, dont M. Banks a eu la bonté de « me faire voir la dépouille, et dont nous avons la description et la figure « dans la relation du voyage de M. le capitaine Cook“. Il diffère de toutes «les espèces de gerboises décrites jusqu’à présent, non-seulement par sa « grandeur, qui approche de celle d’une brebis, mais encore parle nombre « ou l’arrangement de ses doigts. Parkinson*', qui était parti avec M. Banks, « en qualité de son dessinateur, et dont on a publié les mémoires, nous « apprend qu’il avait cinq doigts aux pieds de devant, armés d’ongles cro- « chus, et quatre à ceux de derrière : comme c’était un jeune qui n’était « pas encore parvenu à toute sa grandeur, il ne pesait que trente-huit livres; « sa tête , son cou et ses épaules, étaient fort petits en comparaison des « autres parties de son corps; ses jambes de devant avaient huit pouces de « longueur, et celles de derrière en avaient vingt-deux; il avançait en faisant « de très-grands sauts et en se tenant debout; il tenait ses jambes de devant « appliquées à sa poitrine, et elles paraissaient ne lui servir qu’à creuser la « terre; sa queue était épaisse à son origine, et son diamètre allait en dimi- « nuant jusqu’à son extrémité; tout son corps était couvert d’un poil gris « de souris foncé, excepté à la tête et aux oreilles qui avaient quelque res- « semblance à celles d’un lièvre.
« Par cette description, on voit que cet animal n’est pas le gerbo, qui a « quatre doigts aux pieds de devant et trois à ceux de derrière, ni le daman « ou agneau d’Israël qui a quatre doigts aux pieds de devant et cinq à ceux « de derrière % avec lequel par conséquent je n’aurais pas dû le confondre; « l’alagtaga est l’espèce des gerboises qui en approche le plus par le nombre « des doigts; il en a cinq aux pieds de devant et trois à ceux de derrière, « avec un éperon qui peut passer pour un pouce ou quatrième doigt, comme « le remarque M. de Butfoii; mais la dilféreiice de grandeur, la distance « des lieux et la diversité du climat où ces deux animaux se trouvent, ne « permettent guère de les regarder comme une seule et même espèce. Celui « que M. Banks nous a fait connaitre est habitant de la Nouvelle-Hollande, « et l’alagtaga est commun en Tartarie et sur le Wolga.
« Nous avons actuellement en Hollande un animal vivant qui pourrait « bien être le même que celui de la Nouvelle-Hollande : on en jugera par la
a. Voyez An account of the Voyages performed by commodore Byron, captain Wallis, captain Caiteret, and captain Cook, vol. tll, p. S77.
h. A journal of a Voyage lo the south sea, by Sydney Parkinson, p. 143.
c. Cela est vrai du prétendu daman du docteur Sliaw, qui est une gerboise, mais faux à l’égard du véritable daman, qui n’a que trois doigts aux pieds de derrière. Voyez, plus loin, son article.
1. Ce gerho, plus grand que nos lièvres , était un Icanguroo : probablement le kanguroo à moustaches. Voyez la note de la page précédente.
DES GERBOISES
«description suivante, dont je suis redevable à M. le docteur Klockner, à « qui j’ai dû aussi celle que j’ai donnée ci-devant du petit gcrbo
« Cet animal a été apporté du cap de Bonne-Espérance par le sieur Ilolst, « à qui il appartient; il a été pris sur une montagne nommée Snenwberg, « située à une très-grande distance du Cap, et fort avant dans les terres; « les paysans hollandais lui donnent le nom de aerdinannetje, de sprin- « gendehaas ou lièvre sautant; il est de la grandeur d’un lièvre ou d’un « lapin; son pelage est de couleur fauve par le haut, mais de couleur de « cendré sur la peau, et entremêlé de quelques poils plus longs, dont la « pointe est noire ; sa tête est fort courte, mais large et plate entre les « oreilles, et elle se termine par un museau obtus qui a un fort petit nez; « sa mâchoire supérieure est fort ample et cache l’inférieure, qui est très- « courte et petite ; il n’est point de quadrupède connu qui ait l’ouverture « de la gueule si en arrière au-dessous de la tête.
« Les oreilles sont d’un tiers plus courtes que celles du lapin; elles sont « fort minces et transparentes au grand jour; leur partie supérieure est « noirâtre, l’inférieure est de couleur de chair, et plus transparente que la « partie supérieure ; il a de grands yeux à fleur de tête d’un brun tirant sur « le noir; ses paupières sont garnies de cils et surmontées de cinq ou six « poils très-longs ; chaque mâchoire est garnie de deux dents incisives très- « fortes : celles de la supérieure ne sont pas si longues que celles de la « mâchoire inférieure; la lèvre d’en haut est garnie d’une moustache com- « posée de longs poils.
« Les pieds de devant sont petits , courts et situés tout près du cou ; ils «ont chacun cinq doigts aussi très-courts, placés sur la même ligne; ils « sont armés d’ongles crochus de deux tiers plus grands que les doigts « mêmes; il y a au-dessous une éminence charnue sur laquelle ces ongles « reposent; les deux jamhes de derrière sont plus grandes que celles de « devant; les pieds ont quatre doigts dont les deux intérieurs sont plus « courts que le troisième, qui est un tiers plus grand que l’extérieur; ils « sont tous garnis d’ongles dont le dos est élevé, et qui sont concaves en « dessous.
« Le corps est étroit en avant et un peu plus gros en arrière ; la queue « est aussi longue que le corps, les deux tiers en sont couverts de longs « poils fauves, et l’autre tiers de poils noirs.
« Comme les autres sortes de gerboises, il ne se sert que de ses pieds de « derrière pour marcher, ou, pour parler juste, pour sauter : aussi ces pieds « sont-ils très-forts, et si on le prend par la queue, il en frappe avec beau- « coup de violence. On n’a pas pu déterminer la longueur de ses plus grands
1. Il s’agit ici, de nouveau, du Uèure sauteur [helamys capensis). — Voyez la note 1 de la page 391.