‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 241 sur 392 · DU LIÈVRE · texte numérisé non relu

DU LIÈVRE

« et gris en été devient blanc en hiver; ils prennent et mangent les souiis « comme les chats; ils sont plus petits que ceux du Danemark »

Je doute fort que ces lièvres mangent des souris, d’autant que ce n’est pas le seul fait merveilleux ou faux que l’on puisse reprocher à Pontoppidan.

« A l’île de France, dit M. le vicomte de Querhoënt, les lièvres ne sont « pas plus grands que les lapins de France; ils ont la chair blanche, et ils « ne font point de terriers ; leur poil est plus lisse que celui des nôtres, et « ils ont une grande tache noire derrière la tète et le cou; ils sont très- « répandus. »

M. Adanson dit aussi que les lièvres du Sénégal ne sont pas tout à fait comme ceux de France, qu’ils sont un peu moins gros, qu’ils tiennent par la couleur du lapin et du lièvre, que leur chair est délicate et d’un goût exquis ^

LE TOLAÏ. *

Cet animal, qui est fort commun dans les terres voisines du lac Baikal en Tartarie, est un peu plus grand qu’un lapin, auquel il ressemble par la forme du corps, par le poil, par les allures, par la qualité, la saveur, la couleur de la chair, et aussi par l’habitude de creuser de même la terre pour se faire une retraite : il n’en diffère que par la queue, qui est considérablement plus longue que celle du lapin; il est aussi conformé de même à l’intérieur'; il me paraît donc assez vraisemblable que, n’en différant que par la seule longueur de la queue, il ne fait pas une espèce réellement différente, mais une simple variété dans celle du lapin : Rubruquis, en parlant des animaux de Tartarie, dit : « Il y a des connils à longue queue, qui ont

« au bout d’icelle des poils noirs et blancs Point de cerfs, peu de liè-

« vres, force gazelles, etc. y> Ce passage semble indiquer que notre lapin à courte queue ne se trouve point en Tartarie <*, ou plutôt qu’il a subi dans ce climat quelques variétés, et notamment celle d’une queue plus allongée, car le tolaï ressemblant au lapin à tous autres égards, on ne peut guère douter que ce ne soit en effet un lapin à queue longue, et je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’en faire une espèce distincte et séparée de celle du lapin .

a. Histoire naturelle de la Norwége, par Pontoppidan. Journal étranger , juin 1756.

h. Voyage au Sénégal , par M. Adanson, page 25.

c. « Cuniculus insigniter candatus coloris leporini Circa internas partes hæc observavi :

« cæcum colo paulo angustius erat sed longius , utpotè octo pollicum longitudinem æquans ; « prope ilei insertionem cærulescens , digiti medii capax , sensimque decrescens, in extremitate « vix calamum scriptorium latitudine capit, colore ibidem albente gaudens. Œsophagus uti (( in lepore ventriculum medium subit. A Mongolis tolai dicitur, idemque nomen Russis etiam « harum regionum usitatum est. » Gmelin. Nov. comment. Act. Petrop., t. V, tab. xi, fig. 2.

d. Relation des voyages en Tartarie , par Rubruquis , page 25.

' Lepus tolaï (Gmcl.). — Le lapin de Sibérie (Guv.).

ADDITIONS

LE TAPETI.*

Le tapeti® me paraît être une espèce très-voisine, et peut-être une variété de celle du lièvre ou du lapin ; on le trouve au Brésil et dans plusieurs autres endroits de l’Amérique ; il ressemble au lapin d’Europe par la figure, au lièvre par la grandeur et par le poil, qui seulement est un peu plus brun; il a les oreilles très-longues et de la même forme ; son poil est roux sur le front et blanchâtre sous la gorge : quelques-uns ont un cercle de poil blanc autour du cou, tous sont blancs sous la gorge , la poitrine et le ventre; ils ont les yeux noirs, et des moustaches comme nos lapins, mais ils n’ont point de queue Le tapeti ressemble encore au lièvre par sa manière de vivre, par sa fécondité et par la qualité de sa chair, qui est très-bonne à manger; il demeure dans les champs ou dans les bois, comme le lièvre, et ne se creuse pas un terrier comme le lapin Tl me paraît que l’animal de la Nouvelle- Espagne, indiqué par Fernandès sous le nom de citli est le même que le tapeti du Brésil, et que ces animaux ne sont qu’une variété de nos lièvres d’Europe, qui ont pu passer, par le nord, d’un continent à l’autre.

Il y aurait bien encore quelques espèces d’animaux à ajouter à ceux qui sont compris dans les notices précédentes S mais ils sont si mal indiqués qu’elles deviendraient trop incertaines, et j’aime mieux me borner à ce que l’on sait avec quelque certitude, que de me livrer à des conjectures et tomber dans l’inconvénient de donner pour existants des êtres fabuleux, et, pour des espèces réelles, des animaux défigurés : avec cette limite, et malgré ce retranchement, que j’ai cru nécessaire, les personnes instruites s’apercevront aisément que notre histoire des animaux est aussi complète qu’on pouvait l’espérer; elle contient un grand nombre d’animaux nouveaux, et il n’y en a aucun de ceux qui étaient anciennement connus, dont il ne soit fait mention dans le cours de cet ouvrage.

Les notices, quoique composées de vingt-un articles ne contiennent

a. Tapily, selon le P. d’Abbeville. 3Iiss. au Maragnon, page 251.

b. Marcgrav., Hist. nat. Brasil., page 223, flg. page 224.

c. Pison, Hist. Brasil., page 102.

d. « Citli Lepores novae Hispaniæ nostratibus similes formâatque alimento, sed auriculis

« longissimis pro corporis magnitudine, latissimisque. » Fernandès, Hist. anim. nov. Hisp., page 2, cap. ni.

* Lepus americanus et brasiliensis (Gmel.). — Le lapin d’Amérique (Cuv.).

1. Il s’agit ici des Notices qui terminent le XV® volume de l’édition in-4» de l’Imprimerie royale. J’ai cru devoir répartir méthodiquement les quelques espèces auxquelles ces Notices se rapportent entre les espèces , beaucoup plus nombreuses , que présentent les Additions. (Voyez la note de la page 243. )

2. Ces vingt et un articles sont ceux de l’ours blanc, de la vache de Tartarie, du tola:i , du zizel , du zemni, du pouc , du pérouasca , du souslik, de la taupe dorée , du rat d'eau blanc, du cochon de Guinée, du sanglier du Cap-Vert, du loup du Mexique, de l’alco, du taira ou galera, du philandre de Surinam, de Vacouchi, du tucan, de la musaraigne du Brésil, de Vapéréa et du tapeti.

LE TAPETl.

réellement que neuf ou dix espèces d’animaux différents, car tous les autres ne sont que des variétés ; l’ours blanc n’est qu’une variété de l’espèce de l’ours, la vache de Tartarie de celle du bison, le cochon de Guinée et le cochon du cap Vert de celle du cochon etc. Ainsi en ajoutant ces dix espèces à cent quatre-vingts ou environ, dont nous avons donné l’histoire, le nombre de tous les animaux quadrupèdes dont l’existence est certaine et bien constatée, n’est tout au plus que de deux cents ^ espèces sur la surface entière de la terre connue.

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