DU CABIAI
Nous n’avons que peu de choses à ajouter aux faits historiques, et rien à la description très-exacte que nous avons donnée de cet animal d’Amérique. M. de la Borde nous a seulement écrit qu’il est fort commun à la Guiane, et encore plus dans les terres qui avoisinent le fleuve de l’Amazone, où le poisson est très-abondant j il dit que ces animaux vont toujours par couple, le mâle et la femelle, et que les plus grands pèsent environ cent livres. Ils fuient les endroits habités, ne quittent pas le bord des rivières, et s’ils aperçoivent quelqu’un, ils se jettent à l’eau, sans plonger, comme les loutres, mais toujours nageant comme les cochons; quelquefois, néanmoins, ils se laissent aller au fond de l’eau, et y restent même assez longtemps. On en prend souvent de jeunes qu’on élève dans les maisons, où ils s’accoutument aisément à manger du pain, du mil et des légumes, quoique dans leur état de nature ils vivent principalement de poisson. Ils ne font qu’un petit; ils ne sont nullement dangereux, ne se jetant jamais ni sur les hommes ni sur les chiens. Leur chair est blanche, tendre et de fort bon goût. Ce dernier fait semble contredire ce que disent les autres relateurs, que la chair du cabiai a plutôt le goût d’un mauvais poisson que celui d’une bonne viande. Cependant il se pourrait que la chair du cabiai , vivant de poisson, eût ce mauvais goût, et que celle du cabiai, vivant de pain et de grain, fût en effet très-bonne.
Au reste, comme nous avons eu à Paris cet animal vivant, et que nous l’avons gardé longtemps, je suis persuadé qu’il pourrait vivre dans notre climat : c’est par erreur que j’ai dit qu’il était mort de froid. J’ai été informé depuis qu’il supportait fort bien le froid de l’hiver, mais que comme on
a. Histoire naturelle de la Norwége, par Pontoppidan. Journal étranger, juin 1736.
b. Voyage au Sénégal, par M. Adanson, page 25.