‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 254 sur 392 · DU TAMANOIR · texte numérisé non relu

DU TAMANOIR

« Le tamanoir se sert de ses grandes griffes pour déchirer les ruches des «poux de bois qui se trouvent partout sur les arbres, sur lesquels il « grimpe facilement; il faut prendre garde d’approcher cet animal de trop « près, car ses griffes font des blessures profondes; il se défend même « avec avantage contre les animaux les plus féroces de ce continent, tels « que les jaguars, couguars, etc. , il les déchire avec ses griffes, dont les « muscles et les tendons sont d’une grande force; il tue beaucoup de « chiens, et c’est par cette raison qu’ils refusent de le chasser.

« On voit souvent des tamanoirs clans les grandes savanes incultes; on «dit qu’ils se nourrissent de fourmis; son estomac a plus de capacité que « celui d’un homme. J’en ai ouvert un qui avait l’estomac plein de poux « de bois qu’il avait nouvellement mangés. La structure et les dimensions « de sa langue semblent prouver qu’il peut aussi se nourrir de fourmis. Il « ne fait qu’un petit dans des trous d’arbre près de terre; lorsque la femelle « nourrit, elle est très-dangereuse, même pour les hommes. Les gens du « commun, à Cayenne, mangent la chair de cet animal; elle est noire, « sans graisse et sans fumet. Sa peau est dure et épaisse, sa langue est « d’une forme presque conique comme son museau. »

M. de la Borde en donne une description anatomique que je n’ai pas cru devoir publier ici, pour lui laisser les prémices de ce travail, qu’il me paraît avoir fait avec soin.

« Le tamanoir, continue M. de la Borde, n’acquiert son accroissement « entier qu’en quatre ans. II ne respire que par les narines; à la première « vertèbre qui joint le cou avec la tête, la trachée-artère est fort ample, « mais elle se rétrécit tout à coup , et forme un conduit qui se continue « jusqu’aux narines, dans cette espèce de cornet qui lui sert de mâchoire « supérieure. Ce cornet a un pied de longueur, et il est au moins aussi long « que le reste de la tête; il n’a aucun conduit de la trachée-artère à la « gueule, et néanmoins l’ouverture des narines est si petite, qu’on avait de « la peine à y introduire un tuyau de plume à écrire. Les yeux sont aussi « très-petits, et il ne voit que de côté. La graisse de cet animal est de la plus « grande blancheur. Lors-qu’il traverse les eaux, il porte sa grande et longue « queue repliée sur le dos et jusque sur la tête. »

MM. Aublet et Olivier m’ont assuré que le tamanoir ne se nourrit que par le moyen de sa langue, laquelle est enduite d’une humeur visqueuse et gluante, avec laquelle il prend des insectes; ils disent aussi que sa chair u'csi point mauvaise à manger.

ADDITIONS

DU TAMANDUA. *

Nous crovons devoir rapporter à l’espèce du tamandua l’animal dont nous donnons ici la description ‘ et duquel la dépouille bien préparée était au Cabinet de M. le duc de Caylus, et se voit actuellement dans le Cabinet du Roi; il est différent du tamanoir, non-seulement par la grandeur, mais aussi par la forme. Sa tête est à proportion bien plus grosse, l’œil est si petit qu’il n’a qu’une ligne de grandeur, encore est-il environné d’un rebord de poils relevés. L’oreille est ronde et bordée de grands poils noirs par-dessus. Le corps entier n’a que treize pouces, depuis le bout du nez jusqu’à l’origine de la queue, et dix pouces faibles de bailleur ; le poil de dessus le dos est long de quinze lignes, celui du ventre, qui est d’un blanc sale, est de la même longueur; la queue n’a que sept pouces et demi de longueur, couverte partout de longs poils fauves, avec des bandes ou des anneaux d’une teinte légèrement noirâtre.

Il n’y a dans toute cette description que deux caractères qui ne s’accordent pas avec celle que Marcgrave nous a donnée du tamandua. Le premier est la queue, qui est partout garnie de poils, au lieu que celui de Marcgrave a la queue nue à son extrémité. Le second, c’est qu’il y a cinq doigts aux pieds de devant d.ms notre tamandua, et que celui de Marcgrave n’en avait que quatre, mais du reste tout convient assez pour qu’on puisse croire que l’animal dont il s’agit ici est au moins une variété de l’espèce du tamandua, s’il n’est pas précisément de la même espèce.

M. de la Borde semble l’indiquer, dans ses observations , sous le nom de petit tamanoir.

« Il a, dit-il, le poil blanchâtre, long d’environ deux pouces; il peut « peser un peu plus de soixante livres; il n’a point de dents, mais il a aussi « des griffes fort longues; il ne mange que le jour comme l’autre, et ne fait « qu’un petit. Il vit aussi de même , et se tient dans les grands bois; sa « chair est bonne à manger, mais on le trouve plus rarement que le grand « tamanoir. »

J’aurais bien désiré que M. de la Borde m’eût envoyé des indications plus précises et plus détaillées, qui auraient fixé nos incertitudes au sujet de cette espèce d’animal.

Voici ce qu’il m’écrit en même temps sur le petit fourmillier, dont nous avons donné la description, volume III, page 127 :

« Il a le poil roux, luisant, un peu doré; se nourrit de fourmis, tire sa

* Voyez la nomenclature de la page 12S du III« volume.

1. Cette description ne doit pas compter. — Elle a été faite sur la dépouille d’un coati. « Le a tamandua de la planche lvi du tome III des Suppléments de Ballon est un coati défiguré par l’empailleur. » (Cuvier.)

DU TAMANDÜA.

« langue, qui estfortlongue et faitecommeunver,etlesfoiirmiss’y attachent. « Cet animal n’est guère plus grand qu’un écureuil; il n’est pas difficile à « prendre, il marche assez lentement, s’attache comme le paresseux sur un « bâton qu’on lui présente, dont il ne cherche pas à se détourner, et on « le porte ainsi attaché où l’on veut. Il n’a aucun cri; on en trouve souvent « d’accrochés à des branches par leurs griffes. Ils ne font qu’un petit dans « des creux d’arbres, sur des feuilles, qu’ils charrient sur le dos. Ils ne man- « gent que la nuit; leurs griffes sont dangereuses, et ils les serrent si fort « qu’on ne peut pas leur faire lâcher prise. Ils ne sont pas rares, mais diffî- « ciles à apercevoir sur les arbres. »

M. Wosmaër a fait une critique assez mal fondée de ce que j’ai dit au sujet des fourmilliers ®.

« Je dois remarquer, dit-il, contre le sentiment de M. de Buffon *, que « l’année passée M. Tulbagh a envoyé un animal sous le nom de porc de « terre, qui est le tmjrmécophage de Linnæus; en sorte que Desmarchais et « Kolbe ont raison de dire que cet animal se trouve en Afrique, aussi bien « qu’en Amérique. A juger de celui-ci qui a été envoyé dans de l’esprit-de- « vin, paraissant être tout nouvellement né, et ayant déjà la grandeur « d’un bon cochon de lait, l’animal parfait doit être d’une taille fort consi- « dérable. Yoici les principales différences autant qu’on peut les recon- « naître à cet animal si jeune.

« Le groin est à son extrémité un peu gros, rond et aussi comme écrasé « en dessus. Leurs oreilles sont fort grandes, longues, minces, pointues et « pendantes. Les pieds de devant ont quatre doigts, le premier et le troi- « sième d’une longueur égale, le second un peu plus long, et le quatrième « ou l’extérieur un peu plus court que le troisième. Les quatre onglets « sont fort longs, peu crochus, pointus, et à peu près d’une égale grandeur ; c( les pieds de derrière ont cinq doigts, dont les trois intermédiaires sont « presque également longs, et les deux extérieurs beaucoup plus courts; les (( onglets en sont moins grands, et les deux extérieurs les plus petits. Sa c( queue, sans être fort longue, est grosse et se termine en pointe. Les deux « myrmécophages de Séba, tome I", planche xxxvii, fig. 2, et planche xl, (( fig. 1, sont certainement les mêmes et ne diffèrent entre eux que par la « couleur; la figure en est fort bonne. C’est une espèce particulière tout à « fait différente du tamanduaguacu de Marcgrave, ou tamanoir de M. de « Buffon. »

On croirait, après la lecture de ce passage, que je me suis trompé au sujet de cet animal, donné par Séba, planche xxxvii, n° 2. Cependant j’ai dit précisément, volume III, page 129, ce que dit ici M. Wosmaër. Voici comme

a. Description d’un grand écureuil volant. 1. Volume III, page 132.

ADDITIONS

je me suis exprimé : L’animal que Séba désigne par le nom de tamandua, myrmécopliage d’Amérique, tome I", p. QO, et dont il donne la figure, planche xxxyii, n“ 2, ne peut se rapporter à aucun des trois dont il est ici question. Or les trois animaux d’Amérique dont j’ai parlé, sont le tamanoir, le tamandua et le petit fourmillier; donc tout ce que dit ici M. Wosmaër ne fait rien contre ce que j’ai avancé, puisque ce que j’ai avancé se réduit à ce que le tamanoir, le tamandua et le fourmillier ne se trouvent qu’en Amérique, et non dans l’ancien continent. Cela est si positif que M. Wosmaër ne peut rien y opposer. Si le myrmécopliage de Séba, planche XXXVII, fig. 2, se trouve en Afrique , cela prouve seulement que Séba s’est trompé en l’appelant myrmécopliage A' Amérique ; mais cela ne prouve rien contre ce que j’ai avancé, et je persiste, avec toute raison, à soutenir que le tamanoir, le tamandua et le fourmillier, ne se trouvent qu’en Amérique et point en Afrique ' .

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