PACHYDERMES
DE l’éléphant. *
Je donne ici la description d’un éléphant qui était à la foire Saint-Germain en 1773 : c’était une femelle qui avait six pieds sept pouces trois lignes de longueur, cinq pieds sept pouces de hauteur, et qui n’était âgée que de trois ans neuf mois. Ses dents n’étaient pas encore toutes venues, et ses défenses n’avaient que six pouces six lignes de longueur. La tête était trèsgrosse, l’œil fort petit, l’iris d’un brun foncé. La masse de son corps, informe et ramassée, paraissait varier à chaque mouvement , en sorte que cet animal semble être plus difforme dans le premier âge que quand il est adulte ; la peau était fort brune, avec des rides et des plis assez fréquents ; les deux mamelles, avec des mamelons apparents, sont placées dans l’intervalle des deux jambes de devant.
Il nous a paru, en comparant le mâle et la femelle que nous avons tous deux vus, le premier en 1771, et l’autre en 1773, qu’en général la femelle a les formes plus grosses et plus charnues que le mâle, au point qu’il ne serait pas possible de s’y tromper : seulement elle a les oreilles plus petites^,
1. Cela est très- vrai; mais l’animal, dont parle ici Wosmaër, n’est ni le tamandua, ni le fourmillier, ni le tamanoir : c’est le cochon de terre, Voryctérope du Cap. (Voyez la nomenclature de la page 428. )
* Voyez la nomenclature et le nota de la page 173 du III® volume.
2. Les oreilles plus petites : très-probablement la femelle était de l’espèce d’Asie, et le mâle de l’espèce d’Afrique. (Voyez la note de la page 187 du 111® volume. )
DE L’ÈLÈPHANT.
à proportion, que le mâle; mais le corps paraissait plus renflé, la tête plus grosse et les membres plus arrondis.
Dans l’espèce de l’éléphant, comme dans toutes les autres espèces de la nature, la femelle est plus douce que le mâle : eelle-ci était même caressante pour les gens qu’elle ne eonnaissait pas, au lieu que l’éléphant mâle est souvent redoutable. Celui que nous avons vu en 1771 était plus fier, plus indifférent et beaueoup moins traitable que cette femelle. C’est d’après ce mâle que M. de Sève a dessiné la trompe et l’extrémité de la verge. Dans l’état de repos cette partie ne paraît point du tout à l’extérieur; le ventre semble être absolument uni, et ce n’est que dans le moment où l’animal veut uriner que l’extrémité sort du fourreau. Cet éléphant mâle, quoique presque aussi jeune que la femelle, était, comme je viens de le dire, bien plus difficile à gouverner; il cherchait même à saisir avec sa trompe les gens qui l’approchaient de près, et il a souvent arraché les poches et les basques de l’habit des curieux. Ses maîtres mêmes étaient obligés de prendre avec lui des précautions, au lieu que la femelle semblait obéir avec complaisance. Le seul moment où on l’a vue marquer de l’humeur a été celui de son emballage dans son caisson de voyage : lorsqu’on voulut la faire entrer dans ce caisson elle refusa d’avancer, et ce ne fut qu’à force de contrainte et de coups de poinçon dont on la piquait par derrière qu’on la força d’entrer dans cette espèce de cage qui servait alors à la transporter de ville en ville. Irritée des mauvais traitements qu’elle venait d’essuyer, et ne pouvant se retourner dans cette prison étroite, elle prit le seul moyen qu’elle avait de se venger, ce fut de remplir sa trompe et de jeter le volume d’un seau d’eau au visage et sur le corps de celui qui l’avait le plus harcelée.
Au reste, on a représenté la trompe vue par-dessous, pour en faire mieux connaître la structure extérieure et la flexibilité.
J’ai dit dans l’histoire naturelle de l’éléphant, volume III, pages 203 et suivantes, qu’on pouvait présumer que ces animaux ne s’accouplaient pas à la manière des autres quadrupèdes*, parce que la position relative des parties génitales dans les individus des deux sexes paraît exiger que la femelle se renverse sur le dos pour recevoir le mâle. Cette conjecture, qui me paraissait plausible, ne se trouve pas vraie, car je crois qu’on doit ajouter foi à ce que je vais rapporter d’après un témoin oculaire.
M. Marcel Blés, seigneur de Moërgestel, écrit de Bois-le-Duc dans les termes suivants :
« Ayant trouvé dans le bel ouvrage de M. le comte de Buffon qu’il s’est «trompé touchant l’accouplement des éléphants, je puis dire qu’il y a « plusieurs endroits en Asie et en Afrique où ces animaux se tiennent tou-