‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 266 sur 392 · LA MARMOTTE DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

LA MARMOTTE DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE

« ouvrage, copiée de celle qui se trouve dans les Spicilegia zoologica de « M. Pallas, est absolument manquée. Le genre de vie de ces petits ani- « maux n’est pas aussi triste que le prétend M. AVosmaër; tout au contraire, c( il est d’un naturel gai et dispos; cela dépend de la manière dont on le « tient. Pendant les premières semaines que je l’avais, je le tins toujours « attaché avec une ficelle à sa petite loge, et il passa la plus grande partie « des jours et des nuits à dormir blotti dans sa loge; et que pouvait-il « faire de mieux pour supporter l’ennui de l’esclavage? mais depuis qu’on « lui permet de courir en liberté par les chambres, il se montre tout autre ; « il est non-seulement très-apprivoisé, mais même susceptible d’altache- « ment. Il se plaît à être sur les genoux de sa maîtresse; il la distingue des « autres, au point que, quand il est enfermé dans une chambre et qu’il « l'entend venir, il reconnaît sa démarche, il s’approche de la porte, « se met aux écoutes, et si elle s’en retourne sans entrer chez lui, il s’en « retourne tristement et à pas lents. Quand on l’appelle, il répond par un « petit cri point désagréable, et vient promptement chez la personne qui le « demande. Il saute très-légèrement et avec beaucoup de précision; il est « frileux et cherche de préférence à se coucher tout au haut du poêle sur « lequel il saute en deux sauts ; il ne grimpe pas, mais il saute aussi légère- « ment que les chats sans jamais rien renverser. Il aime à être tout à côté « du feu, et comme le poêle de la chambre est ce que nous nommons un « windofen qu’on chauffe par une espèce de cheminée pratiquée dans le « poêle, et qu’on ferme d’une porte de fer, il est déjà arrivé qu’il s’est « glissé dans le poêle pendant que le bois y brûlait; et comme on avait « fermé la porte sur lui, ne sachant pas qu’il y était, il souffrit une chaleur « bien violente pendant quelques minutes, jusqu’à ce qu’il mit le nez à la « petite porte de fer qui est pratiquée dans la grande porte, et qu’on avait « laissée ouverte pour y faire entrer l’air, sur quoi on le fit sortir prompte- « ment ; quoiqu’il se fût brûlé le poil des deux côtés, cet accident ne l’a pas « rendu plus prévoyant, et il recherche encore toujours à être bien près du « feu. Ce petit animal est extrêmement propre, au point qu’on l’a accou- « tumé à se servir d’un pot pour y faire ses ordures et y lâcher son eau; on « remarqua que pour se vider il lui fallait un lieu commode et une attitude « particulière, car alors il se dresse sur ses pattes de derrière , en les ap- « payant contre un mur ou quelque chose de stable, qui ne recule pas sous « lui, et il pose les pieds de devant sur un bâton ou quelque chose d’élevé, « en léchant sa bouche avec sa langue pendant tout le temps que l’opéra- « tion dure. On dirait qu’il se décharge avec peine, et pour profiter de l’in- « clination qu’il a pour la propreté, on lui a préparé un lieu commode, une « espèce de chaise percée dont il se sert toujours.

«Il se nourrit d’herbes, de fruits, de patates qu’il aime beaucoup crues « et cuites, et même il mange du bœuf fumé, mais il ne mange que de cette

(( viande et jamais de la crue, ni d’autres viandes : apparemment que pen- « dant son transport par mer, on lui a fait connaître cette nourriture qui « doit cependant être souvent variée, car il se lasse bientôt, et perd l’ap- « pétit lorsqu’on lui donne la même pendant plusieurs jours. Alors il passe « une journée entière sans manger, mais le lendemain il répare le temps « perdu ; il mange la mousse et l’écorce du chêne, et sait se glisser adroi- « tement jusqu’au fond de la caisse à bois, pour l’enlever des bûches qui en <( sont encore couvertes. Il ne boit pas ordinairement, et ce n’est que lors- « qu’il a mangé du bœuf salé qu’on l’a vu boire fréquemment. Il se frotte « dans le sable comme les oiseaux pulvérateurs pour se défaire de la ver- « mine qui l’incommode, et ce n’est pas en se vautrant comme les chiens et « les renards, mais d’une manière tout étrangère à tout autre quadrupède, « et exactement comme le faisan ou la perdrix. Il est toujours très-dispos « pendant tout le cours de l’année, et il me paraît être trop éveillé pour « imaginer qu’il puisse passer une partie de l’hiver dans un état de torpeur « comme la marmotte ou le loir. Je ne vois pas non plus qu’il puisse se « creuser un terrier comme les marmottes ou les blaireaux, n’ayant ni des « ongles crochus aux doigts, ni ceux-ci assez forts pour un travail aussi c( rude. Il ne peut que se glisser dans les crevasses des rochers, pour y éta- « blir sa demeure, et pour échapper aux oiseaux de proie, qu’il craint « beaucoup; au moins chaque coi'neille que le notre voit voler, lorsqu’il est « assis sur la fenêtre, place favorite pour lui, l’alarme; il se précipite d’abord « et court se cacher dans sa loge d’où il ne sort que longtemps après, lors- « qu’il imagine le danger passé. Il ne mord pas violemment ; et quoiqu’il « on fasse des tentatives lorsqu’on l’irrite, il ne peut guère se défendre à « coups de dents, pas même contre le petit épagneul de sa maîtresse, qui , « jaloux des faveurs qu’on lui prodigue, prend quelquefois querelle avec « lui. Il ne trouve probablement en état de liberté son salut que dans la « fuite et dans la célérité de ses sauts, talents très-utiles pour ce petit animal, « (jui, selon le rapport des voyageurs, habite les rochers du sud de l’Afri- « (|ue. Quoiqu’il engraisse beaucoup lorsqu’on le tient enfermé ou à l'attache, il ne prend guère plus d’embonpoint qu’un autre animal bien « nourri, dès qu’on lui donne pleine liberté de courir et de se donner de « l’cxcrcice. »

DE l’hippopotame. *

Nous donnons ici la description d’un jeune hippopotame mâle dont la dépouille bien entière a été envoyée h S. A. S. Ms'' le prince de Condé, et se voit dans son magnifique Cabinet d’histoire naturelle à Chantilly. Ce

* Voyez la nomenclature de la page 306 du 111“ volume.

DE L’HIPPOPOTAME

très-jeune hippopotame venait de naître, car il n’a que deux pieds onze pouces trois lignes de l’extrémité du nez jusqu’au bout du corps; la tête dix pouces de longueur sur cinq pouces dix lignes dans sa plus grande largeur; cette tête, vue de face, ressemble à celle d’un bœuf sans cornes. Les oreilles, petites et arrondies par le bout, n’ont que deux pouces deux lignes; les jambes sont grosses et courtes, le pied lient beaucoup de celui de l’éléphant; la queue n’est longue que de trois pouces onze lignes, et elle est couverte, comme tout le reste du corps, d’un cuir dur et ridé. Sa forme est ronde, mais large à son origine, et plus aplatie vers son extrémité, qui est arrondie au bout en forme de petite palette, en sorte que l’animal peut s’en aider à nager.

Par une note que m’a communiquée M. le chevalier Bruce, il assure que dans son voyage en Abyssinie il a vu un nombre d’hippopotames dans le lac de Tzana, situé dans la Haute-Abyssinie, à peu de distance des vraies sources du Nil, et que ce lac Tzana, qui a au moins seize lieues de longueur sur dix ou douze de largeur, est peut-être l’endroit du monde où il y a le plus d’hippopotames. Il ajoute qu’il en a vu qui avaient au moins vingt pieds de longueur, avec les jambes fort courtes et fort massives.

Nous avons reçu de la part de M. L. Boyer, de Calais, officier de marine, une petite relation qui ne peut appartenir qu’à l’hippopotame.

a Je crois, dit-il , devoir vous faire part de l’histoire d’une fameuse bête « que nous venons de détruire à Louangue. Cet animal , qu’aucun marin « ne connaît, était plus grand et plus gros qu’un cheval de carrosse. Il « habitait la rade de Louangue depuis deux ans. Sa tête est monstrueuse et « sans cornes, ses oreilles sont petites, et il a le mouflon du lion. Sa peau « n’a point de poil, mais elle est épaisse de quatre pouces. 11 a les jambes « et les pieds semblables à ceux du bœuf, mais plus courts. C'est un am- « phibie qui nage très-bien, et toujours entre deux eaux; il ne mange que « de l’herbe; son plaisir était d’enfoncer toutes les petites chaloupes ou « canots, et après qu’il avait mis à la nage le monde qu’elles contenaient, « il s’en retournait sans faire de mal aux hommes ; mais comme il ne lais- « sait pas que d’être incommode et même nuisible, on prit le parti de le « détruire. Mais on ne put en venir à bout avec les armes à feu; il a le « coup d’œil si fin, qu’à la seule lumière de l’amorce il était bientôt plongé. « On le blessa sur le nez d’un coup de hache, parce qu’il approchait le « monde de fort près et qu’il était assez familier ; alors il devint si furieux, « qu’il renversa toutes les chaloupes et canots sans exception. On ne réus- « sit pas mieux avec un piège de grosses cordes, parce qu’il s’en aperçut, « et que dès lors il se tenait au loin. On crut pouvoir le joindre à terre, « mais il n’y vient que la nuit, s’en retourne avant le jour, et passe tantôt « dans un endroit, tantôt dans un autre; cependant comme on avait remar- « qué qu’il ne s’était pas éloigné d’un passage pendant plusieurs jours de

ADDITIONS

« suite, nous fûmes cinq nous y embusquer la nuit armés de fusils chargés « de lingots, et munis de sabres; l’animal ayant paru, nous tirâmes tous « ensemble sur lui ; il fut blessé dangereusement, mais il ne resta pas sur « le coup, car il fut encore se jeter dans un étang voisin où nous le perte dimes de vue, et ce ne fut que le surlendemain que les nègres vinrent « dire qu’ils l’avaient trouvé mort sur le bord de l’étang. Je pris deux dents « de cet animal, longues d’un pied et grosses comme le poing; il en avait « six de cette taille , et trois au milieu du palais beaucoup plus petites ; « ces dents sont d’un très-bel ivoire »

DE l’hippopotame [suilc] .

{ Par M. le professeur Allamand. )

« Il ne manque à la description que M. de Butfoii a donnée de l’hippo- « potame adulte, d’après Zerenghi, qu’une figure qui représente au vrai « cet animal. M. de Buffon, toujours original, n’a pas voulu copier celles « que différents auteurs en ont publiées; elles sont toutes trop imparfaites « pour qu’il ait daigné en faire usage; et quant à l’animal même, il ne lui « était guère possible de se le procurer : il est fort rare dans les lieux « mêmes dont il est originaire , et trop gros pour être transporté sans de c( grandes difficultés. On en voit à Leyde, dans le Cabinet des curiosités « naturelles de l’Université, une peau bourrée qui y a été envoyée du cap « de Bonne-Espérance. Quoiqu’elle y soit depuis près d’un siècle, elle a « été si bien préparée qu’elle offre encore à présent la figure exacte de cet « animal ; elle est soutenue par des cercles de fer et par des pièces de bois « assez solides pour que le dessèchement n’y ait produit que des altéra- « tions peu considérables. Comme c’est vraisemblablement la seule curio- « sité de ce genre qui soit en Europe, je crois que tous ceux qui aiment « l’histoire naturelle me sauront bon gré de la leur avoir fait connaître par « la gravure, et d’en avoir enrichi le magnifique ouvrage de M. de Buffon. « Ainsi la planche que nous ajoutons ici représente l’hippopotame mieux « qu’il n’a été représenté jusqu’à présent, ou plutôt c’est la seule figure « que l’on en ait; car dans toutes les autres qui ont été publiées, cet ani- « mal n’est pas reconnaissable, si l’on en excepte, celle qui se trouve dans « un livre hollandais où il est question du Léviathan, dont il est parlé dans « l’Écriture-Sainte, et qui a été faite sur le même modèle que l’on a copié « ici ; mais les proportions y ont été mal observées.

« 11 serait inutile de joindre ici une description de ce monstrueux animal : « il n’y a rien à ajouter à celle que MM. de Bulfon et Daubenton en ont « donnée. »

a. Lettre de M. L. Boyer, de Calais, datée à Louangue, côte d’Angole, le 20 août 1767.

de L’HIPPOPOTAME.

Comme la figure du jeune hippopotame que j’ai fait dessiner dans le Cabinet de S. A. S. M»'’ le prince de Condé , diffère de celle que M. Allamand a fait graver d’après la peau bourrée du cabinet de Leyde, et qu’elle ressemble plus à une nouvelle figure donnée par M. le docteur Klockner, d’après une autre peau d’hippopotame du cabinet de le prince d’Orange, je crois devoir joindre ici une note avec quelques observations du même auteur, que j’ai fait traduire du hollandais.

DE l’hippopota.me [suïte).

(Par M. le docteur Klockner , d’Amsterdam.)

« Je m’étonne que M. de Buffon ne cite pas un passage remarquable de « Diodore de Sicile, touchant l’hippopotame ou cheval de rivière, d’autant « plus que cet auteur ancien y observe que la voix de cet animal ressemble « au hennissement du cheval, ce qui peut-être lui a fait donner le nom « di’ hippopotame ou cheval de fleuve. M. de Buffon appuie son sentiment, « sur cette singularité, des témoignages des auteurs anciens et des voya- « geurs modernes ; et Biodore de Sicile doit certainement tenir le premier « rang parmi les anciens, puisque non-seulement il a voyagé lui-même en « Égypte, mais qu’il passe encore avec justice pour un des meilleurs his- « toriens de l’antiquité. Quoi qu’il en soit, je placerai ici ce passage, où il « est dit : « Le Nil nourrit plusieurs espèces d’animaux , dont deux entre « autres méritent de fixer notre attention , qui sont le crocodile et l’hippo-

« potame Celui-ci est long de cinq coudées; il a les pieds fourchus

« comme les bêtes à cornes, et de chaque côté trois dents saillantes, plus « grandes que les défenses d’un sanglier. La masse entière du corps res- « semble beaucoup à celle de l’éléphant. Sa peau est très- dure et très- « ferme, et peut-être plus que celle d’aucun autre animal. Il est amphibie, « se tenant pendant le jour au fond de l’eau , où il se meut et agit comme « sur la terre même, où il vient la nuit pour paître l’herbe des carnpa- « gnes. Si cet animal était plus fécond, il causerait de grands dommages à « la culture des Égyptiens. La chasse de l’hippopotame exige un nombre « de personnes qui cherchent à le percer avec des dagues de fer. On l’as- « saillit avec plusieurs barques jointes ensemble, et on le frappe avec des « harpons de fer, dont quelques-uns ont des angles ou des accrocs; on « attache à quelques-uns de ces dards une corde, et on laisse ensuite l’ani- « mal se débattre jusqu’à ce qu’il ait perdu ses forces avec son sang. La « chair en est fort dure et de difficile digestion “. »

Voilà peut-être la meilleure description que l’on trouve de cet animal chez les anciens, car Diodore ne s’est trompé que sur le nombre des doigts.

a. Diodore de Sicile , liv. i, page 42, édit. Wisselingii.

ADDITIONS

DE l’hippopotame [suite).

(Par J. G. Klockner, docteur eu médecine, à Amsterdam.)

« J'ai reçu fort sèche, de La Haye, la peau de cet hippopotame, avec la « tète qui s’y trouvait enveloppée. Cette peau avait été premièrement salée, « puis séchée, et ensuite on avait pris la peau d’un jeune hippopotame (qui « de même est placée dans le cabinet de S. A. S.) trempée de saumure, et « on l’avait mise encore mouillée dans celle-ci; après quoi, le tout avait été « emballé dans de la grosse toile et expédié du cap de Bonne-Espérance « pour la Hollande. La petite peau et la tête occasionnaient par conséquent « une odeur infecte de graisse gâtée ou rance, ce qui avait attiré les insectes « qui ont beaucoup endommagé la grande peau qui se trouvait la première « et la plus exposée.

« Lorsque j’eus trempé la tête, elle se gonfla beaucoup. Le bâillement « ou l’ouverture de la gueule était de plus de seize pouces, mesure d’Ams- « terclam Les lèvres inférieure et supérieure étaient assez larges pour c( couvrir et envelopper toutes les dents de l’animal, ce qui naturellement se (( fait avec d’autant plus de facilité que les longues dents ou dents canines « inférieures, qui sont courbes, glissent par-dessus les supérieures en forme « de ciseaux, et passent le long de la courbure des dents canines supé- « rieures, dans un étui formé par la peau de la lèvre et par les gencives. « Entre les dents de devant, ou dents incisives, et entre les dents cylindri- « driques et molaires, de même qu’entre la langue et les dents incisives, il « y a une peau lisse et dure, et le palais est plein de hoches ou entaillures. La « langue avait été coupée... On avait de même coupé beaucoup de chair a des deux côtés de la tête ou des mâchoires, et la graisse qui s’y trouvait « était presque toute gâtée. Cependant le tout était encore mêlé de muscles « très-forts ; et ce qui se trouvait de plus, sur le devant dans les lèvres infé- « rieure et supérieure, était d’une chair rouge et blanche, de la couleur « d’une langue de bœuf.

« Immédiatement derrière les dents canines et inférieures, on voyait dans c( la lèvre inférieure, dans l’endroit où commence la mâchoire, une grosseur « qui, en fermant la gueule, remplissait l’ouverture qui se fait derrière les « dents canines. Cette ouverture, quoique remplie, s’est rétrécie de moitié « en se séchant, de même que les lèvres.

«Sous les oreilles , autour du conduit auditif, qui est singulièrement « petit, il y avait beaucoup de graisse, de même que dans les orbites des « yeux.

a. Le pied d’Amsterdam ne fait que dix pouces cinq lignes trois points du pied de roi de France.

DE L’HIPPOPOTAME

4fi.î

« Les oreilles sont placées comme sur une éminence, et de manière qu’il « s’y forme tout autour des plis en cercles. L’élévation de l’oreille droite « s’est beaucoup rétrécie en séchant, mais on l’aperçoit encore distincte- « ment à l’oreille gauche.

« On sait que les oreilles de l’hippopotame sont très-petites; mais celles de « notre sujet présentent encore une singularité que je dois observer, savoir, « que les bords supérieurs ou cercles des deux oreilles avaient été rongés « également, selon mon estimation, de la moitié ou de trois quarts de « pouce; ce qui vraisemblablement est l’ouvrage des insectes de terre ou « d’eau, mais qu’ils doivent avoir fait du vivant de l’animal, puisque les « bords rongés se trouvaient déjà recouverts d’un nouvel épiderme. L’inté- « rieur des oreilles était bien garni d’un poil fin et serré, mais il n’y en avait « que très-peu au dehors.

« Les yeux doivent avoir été fort petits, puisque l’ouverture était extraor- « dinairement petite en raison de la grandeur de l’animal. Cette petitesse K des yeux de l’hippopotame se trouve confirmée par plusieurs rapports. « Les yeux que j’ai placés dans mon sujet sont peut-être un peu plus grands « que les naturels; mais lorsque j’en avais mis de plus petits, ils paraissaient « ne pas convenir à l’animal, et je fus par conséquent obligé de lui en don- « ner de plus grands.

« Les narines vont extérieurement en baissant de biais, avec une petite « ouverture; ensuite elles se joignent par une ligne courbe dans l’intérieur, « et puis remontent derechef. Lorsque la peau était sèche, on n’apercevait « qu’à peine ces conduits ou tuyaux ; je les ai un peu élargis avant de les « faire sécher.

« Les dents sont si dures, qu’on en tire facilement du feu avec un « acier. J’en ai vu tirer avec une lime d’un morceau de la dent d’un autre « hippopotame.

« Je dois remarquer ici que je n’ai trouvé que trente-deux dents dans la « tête de l’hippopotame, ce qui ne s’accorde pas avec la description de « Zerenghi, ni avec celle de M. Daubenton. Le premier dit en avoir trouvé « quarante-quatre dans ses hippopotames, et le second trente-six dans la « tête qui se trouve dans le Cabinet du Roi. Cette différence m’a rendu atten- « tif; mais je puis assurer qu’on n’apercevait aucune marque que quelques « dents en fussent tombées, sinon une des dents incisives, qui paraît avoir « été cassée avec force. J’y ai trouvé quatre dents canines qui sont placées « perpendiculairement, huit dents incisives, quatre dans la mâchoire supé- « rieure, dont la position est perpendiculaire, et quatre dans la mâchoire « inférieure qui sont posées horizontalement. De plus, j’ai trouvé deux « dents molaires dans chaque mâchoire inférieure et trois dents placées « devant les dents molaires, qui ont la forme d’une quille. Dans les mâ- « choires supérieures j’ai trouvé dans chacune trois dents molaires, et

« (leux de ces dents de figure cylindrique. Il y a entre ces dents de figure « cylindrique un espace d’un demi-pouce. »

Je dois observer que communément les hippopotames ont trente-six dents*, comme nous l’avons dit, savoir : quatre incisives en haut, et quatre incisives en basj deux canines en haut, et deux canines en bas; et douze mâchelières en haut, et douze mâchelières en bas. Je l’ai vérifié sur trois têtes qui sont anciennement au Cabinet, et en dernier lieu sur une quatrième tête qui m’a été envoyée, en décembre 1775, par M. de Sartine, ministre et secrétaire d’État au département de la marine. La dernière des mâchelières, au fond de la gueule, est beaucoup plus grosse, plus large, et plus aplatie sur la tranche que les cinq autres mâchelières; mais je serais porté à croire que le nombre de ces dents mâchelières varie suivant l’âge, et qu’au lieu de vingt-quatre il peut s’en trouver vingt-huit et même trentedeux, ce qui ferait quarante-quatre en tout, comme le dit Zerenghi.

« Les lèvres supérieure et inférieure se trouvent garnies à des distances « assez considérables, de petites touffes de poil, qui, comme des pinceaux, « sortent d’un tuyau ou racine. J’en ai compté environ vingt. Pour faire « une observation plus exacte, j’ai placé une tranche de la racine sous le « microscope, et j’ai vu sortir sept racines d’un tuyau. Ces sept racines se « partagent ou se fendent ensuite, et forment chacune plusieurs poils, qui « forment des espèces de pinceaux.

« Aux côtés de la gueule, où se fait le bâillement, vers le bas, on voit (( des poils fins qui sont plus serrés que les autres.

« De plus, on aperçoit par-ci par-là, sur le corps, quelques poils rares, « mais il ne s’en trouve presque point aux jambes, aux flancs ni sous le « ventre.

«L’extrémité et les parties tranchantes inférieure et supérieure de la « queue étaient garnies de poils ou pinceaux comme au nez, mais un peu « plus longs.

« Je n’ai pu découvrir le sexe de cet animal. 11 y avait près du fonde- « dement une découpure triangulaire, de la grandeur de cinq à six pouces, « où je pense que les parties génitales étaient placées; mais comme on « n’en avait laissé aucune marque, il ne m’a pas été possible d’en détermi- « ner le sexe.

« La peau du ventre, près des pieds de derrière, avait un pouce neuf « lignes d’épaisseur; les insectes y avaient aussi fait un trou, ce qui dori- « liait toute facilité de mesurer cette épaisseur. La substance de cette peau « était blanche, cartilagineuse et coriacée, et dans cet endroit elle était « bien séparée delà graisse et de la chair. Plus haut, vers le dos, on avait « coupé et enlevé beaucoup de peau, sans doute pour la rendre plus

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