‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 268 sur 392 · I IV · texte numérisé non relu

I IV

ADDITIONS

« légère qu’il était possible , je me suis vu contraint de me servir de tout ce « qui pouvait aider à la soutenir, et je crois qu’elle pèse quatre mille livres, y compris la planche sur laquelle je l’ai placée.

« Avant que je finisse ces observations, j’ajouterai ici quelques particula- <( rités relatives à l’histoire naturelle de l’hippopotame, qui ne se trouvent <( pas dans la description précédente.

« On a vu que l’hippopotame doit peut-être son nom à la ressemblance «qu’il y a entre sa voix et le hennissement du cheval. Cependant nous « avons des relations certaines qui assurent que son cri ressemble plus à « celui de l’éléphant, ou aux sons roulants et bégayants d’une personne née « sourde. Quoi qu’il en soit, l’hippopotame forme encore une autre espèce « de son ronflant lorsqu’il dort, ce qui le fait découvrir de loin. Pour pré- « venir le danger qu’il court par là , il se couche pour l’ordinaire sur des « terrains marécageux, dans les roseaux, dont on ne peut approcher que « difficilement.

« Je n’ai trouvé nulle part la particularité que je tiens du parent de « Marais, touchant la grande agilité de cet animal. On assure, au contraire « constamment, qu’on l’attaque plus volontiers sur terre que dans l’eau, ce « qui serait contradictoire s’il était aussi léger à la course. Selon quelques « autres historiens, on lui coupe le passage à la rivière par des arbres et « des fossés, jiarce que l’on sait qu’il préfère de regagner l’eau plutôt que « de combattre ou fuir à terre. Il se trouve, à cet égard, plus avantageuse- « ment dans l’eau , où il n’a aucun animal à craindre. Le grand requin « et le crocodile évitent l’hippopotame et n’osent pas s’engager au combat « avec lui.

« La peau de l’iiippopotame est extrêmement dure sur le dos, la croupe « et la partie extérieure des cuisses et des fesses j de sorte que les balles de « fusil coulent par-dessus, et que les flèches en rebondissent. Mais elle est « moins dure et moins épaisse sous le ventre et aux parties intérieures des « cuisses, où l’on cherche à le tirer, ou à lui enfoncer le dard. Il a la vie « fort dure et ne se rend pas facilement j c’est pourquoi l’on cherche à lui « casser, par adresse, les pattes, en le tirant avec de gros mousquets char- « gés de lingots; quand on y réussit, on est, pour ainsi dire, maître de « l’animal. Les nègres, qui attaquent les requins et les crocodiles avec de « longs couteaux et des javelots, craignent l’iiippopotame, qu’ils n’ose- « raient peut-être jamais combattre, s’ils ne couraient pas plus vite que lui. « Ils croient néanmoins que cet animal est plus ennemi des blancs que des « nègres.

« La femelle de l’hippopotame fait son petit à terre; elle l’y allaite et « nourrit, et ensuite elle lui apprend de bonne heure à se réfugier dans l’eau « au moindre bruit.

« Les nègres d’Angola, de Congo , d’Elmina, et en général de toute la

DE L’HIPPOPOTAME

« côte occidentale d’Afrique, regardent l’hippopotame comme une de ces « divinités subalternes, qu’ils nomment fétiches. Ils ne font cependant au- « cune difficulté d’en manger la chair, lorsqu’ils peuvent se rendre maîtres « d’un de ces animaux.

« Je ne sais si j’ose citer ici le passage du père Labat, où il dit que cet « animal, qui est très-sanguin, sait se tirer lui-même du sang d’une ma- « nière particulière. Pour cet effet, cet animal cherche, dit-il, la pointe « tranchante d’un rocher, et s’y frotte jusqu’à ce qu’il se soit fait une « ouverture assez considérable pour en laisser couler le sang. II se donne « alors beaucoup de mouvement pour le faire sortir en plus grande quanti tité; et lorsqu’il juge qu’il en a perdu assez, il se roule dans la fange, « afin de fermer la blessure qu’il s’est faite. On ne trouve rien d’impos- « sible dans ce rapport : mais comment le père Labat a-t-il découvert cette « singularité?

« Outre les usages sus-mentionnés de la peau et des dents , on assure « que les peintres indiens se servent du sang de cet animal pour leurs « couleurs. »

DE l’hippopotame [suitc)

Comme les feuilles précédentes étaient déjà imprimées , j’ai reçu de la part de M. Schneider des observations récentes sur cet animal, qui ont été rédigées par M. le professeur Allamand, et publiées à Amsterdam au commencement de cette année 1781. Yoici l’extrait de ces observations :

« Ce que M. de Bulîon a dit de l’hippopotame était tout ce qu’on en « pouvait dire de plus exact dans le temps qu’il écrivait cet article. Il me « parut alors qu’il n’y manquait qu’une planche qui représentât mieux cet « animal qu’il n’est représenté dans les figures que divers auteurs en ont « données. Je pris la liberté d’en ajouter une à la description de M. de « Buffon , faite d’après une peau bourrée qui est dans le Cabinet de l’uni- « versité de Leyde depuis plus d’un siècle.

« Deux années après, j’en donnai une meilleure : une peau récemment « envoyée au cabinet de S. A. S. M^'' le prince d’Orange me servit de «modèle. Elle avait été très-bien préparée par M. le docteur Klockner; «je l’accompagnai de quelques remarques intéressantes qui m’avaient été « communiquées par M. le capitaine Gordon.

« Je croyais que cela suffisait pour faire bien connaître cet animal, lors- « que le même M. Gordon m’envoya, au commencement de cette année « 1780, deux dessins qui représentaient un hippopotame mâle et une « femelle, faits d’après les animaux mêmes au moment qu’on venait de « les tuer. Je fus frappé en les comparant avec les figures que j’en avais « données, et je vis clairement que la peau d’un si gros animal, quoique

ADDITIONS

« préparée et dressée avec tout le soin possible, était bien éloignée de « représenter au juste son original ; aussi n’iiésitai-je pas à faire graver ces « deux dessins ^

« M. Gordon a encore eu la bonté d’y joindre des descriptions et de « nouvelles observations très-curieuses qu’il a eu fréquemment occasion de « faire. Son zèle infatigable pour les nouvelles découvertes et pour l’avan- « cernent de l’histoire naturelle l’a engagé à pénétrer beaucoup plus avant « dans l’intérieur de l’Afrique qu’il ne l’avait fait encore; et si les hippo- « potames sont devenus rares aux environs du cap de Bonne-Espérance, il « les a trouvés très-nombreux dans les lieux où il a été. On n’en doutera « pas quand on saura que pour sa part il en a tué neuf, et que dans une « chasse à laquelle il a assisté avec M. de Plettenberg, gouverneur du Gap, « on en a tué vingt-un en quelques heures de temps, et que même ce ne « fut qu’à son intercession qu’on n’en fit pas un plus grand carnage. Cette « chasse se fit sur la rivière qu’il a nommée Plettenberg, à peu près à sept « degrés de longitude à l’est du Cap , et à trente degrés de latitude méridio- « nale. Le nombre de ces animaux doit donc être fort grand dans tout l’in- « térieur de l’Afrique, où ils sont peu inquiétés par les habitants. C’est là « où il les faut voir pour les bien connaître, et jamais personne n’en a eu « une plus belle occasion que M. Gordon : aussi en a-t-il profité en les « observant avec les yeux d’un véritable naturaliste. En donnant l’extrait « de ce qu’il m’en a écrit, je suppose que le lecteur se souvient du contenu « des articles de cet ouvrage où il est parlé de ces animaux.

« Lorsque les hippopotames sortent de l’eau, ils ont le dessus du corps « d’un brun bleuâtre qui s’éclaircit en descendant sur les côtés , et se ter- « mine par une légère teinte de couleur de chair ; le dessous du ventre est « blanchâtre, mais ces différentes couleurs deviennent plus foncées parie tout lorsque leur peau se sèche; dans l’intérieur et sur les bords de leurs « oreilles, il y a des poils assez doux et d’un brun roussâtre; il y en a aussi « de la même couleur aux paupières, et par-ci par-là quelques-uns sur le « corps, particulièrement sur le cou et les côtés, mais qui sont plus courts c( et fort rudes.

« Les mâles surpassent toujours les femelles en grandeur, mais non pas « d’un tiers comme l’a dit Zerenghi, si l’on en excepte les dents incisives et « canines, qui, dans la femelle, peuvent en effet être d’un tiers plus petites « que dans le mâle. M. Gordon a tué une femelle dont la longueur du corps « était de onze pieds, et le plus grand hippopotame mâle qu’il ait tué était « long de onze pieds huit pouces neuf lignes. Ces dimensions diffèrent « beaucoup de celles qu’a données Zerenghi ; car, à en juger par les dimen- « sions de la femelle qu’il a décrite, le mâle, d’un tiers plus grand, devait

1. Voyez les planches iv et v du t. VI des Suppléments .-édition in-4“ de rimprinierie royale.

DE L’HIPPOPOTAME

« être long de seize pieds neuf pouces; elles diffèrent plus encore de celles « des hippopotames du lac de Tzana, dont quelques-uns, suivant M. Bruce,

« ont plus de vingt pieds en longueur. Des animaux de celle dernière gran- « deur seraient énormes; mais on se trompe facilement sur la taille d’un « animal quand on en juge uniquement en le voyant de loin, et sans pouvoir «le mesurer

« Le nombre des dents varie dans les hippopotames suivant leur âge, ’ « comme M. de Buffon l’a soupçonné : tous ont quatre dents incisives et « deux canines dans chaque mâchoire, mais ils diffèrent dans le nombre « des molaires : celui dont j’ai donné la figure avait trente-six dents en tout;

« M. Gordon en a vu un qui avait vingt-deux dents dans la mâchoire supé- « rieure, et vingt dans l’inférieure. Il m’a envoyé une tête qui en a dix- « huit dans la mâchoire d’en bas, et dix-neuf dans celle d’en haut; mais « ces dents surnuméraires ne sont ordinairement que de petites pointes « qui précèdent les véritables molaires et qui sont peu fermes^.

« La largeur de la partie de la mâchoire supérieure qui forme le museau « est de seize pouces et un quart, et son contour, mesuré d’un angle de « la gueule jusqu’à l’autre, est de trois pieds trois pouces; la lèvre supé- « rieure avance d’un pouce par-dessus l’inférieure, et cache toutes lesdents;

« à côté des incisives antérieures d’en haut il y a deux éminences char- « nues qui sont reçues dans deux cavités de la mâchoire inférieure quand « la gueule se ferme.

« L’hippopotame a les yeux petits : leur plus long diamètre est de onze « lignes, et leur largeur de neuf et demie; la prunelle est d’un bleu obscur,

« et le blanc de l’œil paraît peu.

« La queue varie en longueur dans ces animaux ; celui qui est représenté « ici en avait une de la longueur d’un pied trois pouces six lignes ; son « contour à son origine était d’un pied sept pouces; là, elle a une forme « un peu triangulaire, et un des côtés plats est en dessous : ainsi, ayant un « mouvement perpendiculaire , elle bouche exactement l’ouverture de « l’anus ; vers son milieu, ses côtés s’aplatissent, et son articulation lui per- « mettant un mouvement horizontal , elle peut servir à diriger l’animal « quand il nage; au premier coup d’œil elle paraît couverte d’écailles,

« mais qui ne sont que des rides de la peau ; les bords extérieurs de cette « queue semblent être des coutures arrondies.

« Le pénis, tiré hors de son fourreau, est long de deux pieds un pouce (( six lignes, et ressemble assez à celui du taureau; sa circonférence près « du corps est de neuf pouces; et, à un pouce de son extrémité, elle est de «trois pouces neuf lignes; quand il est tout à fait retiré, sa pointe est « recouverte par des anneaux charnus et ridés qui terminent le fourreau ;

Page 1