‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 284 sur 392 · Voyez la note 3 de la page 292 du III® volume · texte numérisé non relu

Voyez la note 3 de la page 292 du III® volume

« plus petits, et que les tuniques en paraissent plus minces ; enfin , le troi- « sième estomac est le moins grand et le plus mince, on n’y observe dans « l’intérieur que de simples rides, et je l’ai presque toujours trouvé plein « de matière tout à fait digérée. Les intestins ne sont pas bien gros, mais « très-longs; l’animal rend les matières en boules, à peu près comme celles « du cheval. »

Je suis obligé de contredire ici ce qu’avance M. Bajon , et d’assurer en même temps que cet animal n’est point ruminant, et n’a pas trois estomacs *, comme il le dit. Voici mes preuves. On nous avait amené d’Amérique un tapir ou maïpouri vivant; il avait bien supporté la mer et était arrivé à vingt lieues de Paris, lorsque tout à coup il tomba malade et mourut; on ne perdit pas de temps à nous l’envoyer, et je priai M. Mertrud, habile chirurgien-démonstrateur en anatomie aux écoles du Jardin du Roi, d’en faire l’ouverture et d’examiner les parties intérieures, chose très-familière à M. Mertrud, puisque c’est lui qui a bien voulu disséquer, sous les yeux de M. Daubenton, de l’Académie des Sciences, la plupart des animaux dont nous avons donné les descriptions. M. Mertrud joint d’ailleurs à toutes les connaissances de l’art de l’anatomie une grande exactitude dans ses opérations. De plus cette dissection a, pour ainsi dire, été faite en ma présence, et M. Daubenton le jeune en a suivi toutes les opérations et en a rédigé les résultats; enfin M. de Sève, notre dessinateur, qui voit très-bien, y était aussi. Je ne rapporte ces circonstances que pour faire voir à M. Bajon que nous ne pouvons nous dispenser de le contredire sur un premier point trèsessentiel, c’est qu’au lieu de trois estomacs nous n’en avons trouvé qu’un seul dans cet animal ; la capacité en était à la vérité fort ample et en forme d’une poche étranglée en deux endroits, mais ce n’était qu’un seul viscère, un estomac simple et unique qui n’avait qu’une seule issue dans le duodénum, et non pas trois estomacs distincts et séparés, comme le dit M. Bajon : cependant il n’est pas étonnant qu’il soit tombé dans cette méprise, puisque l’un des plus célèbres anatomistes de l’Europe, le docteur Tyson, de la Société royale de Londres, s’est trompé en disséquant \q pécari ou tajacu d’Amérique, duquel, au reste, il a donné une très-bonne description dans les Transactions philosophiques , n“ 153. Tyson assure, comme.M. Bajon le dit du tapir, que le pécari a trois estomacs, tandis qu’il n’en a réellement qu’un seul, mais partagé à peu près comme celui du tapir par deux éiranglements qui semblent au premier coup d’œil en indiquer trois

11 nous paraît donc certain que le tapir ou maïpouri n’a pas trois esto-

1. Buffon a raison. Le tapir ne rumine point, et n’a qu’un seul estomac.

2. Le tapir et le pécari (voyez la note 2 de la page 109 du III« volume] n’ont qu’un seul estomac, mais divisé par deux étranglements , comme le dit Buffon. — 11 y a loin de la a la structure si compliquée, et si particulièrement compliquéi!, de l’estomac des animaux ruminanls. (Voyez la note de la page A37 du II« volume. )

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macs, et qu’il n’est point animal ruminant, car nous pouvons encore ajouter à la preuve que nous venons d’en donner que jamais cet animal, qui est arrivé vivant jusque auprès de Paris, n’a ruminé. Ses conducteurs ne le nourrissaient que de pain, de grain, etc. ; mais cette méprise de M. Bajon n’empêche pas que son mémoire ne contienne de très-bonnes observations : l’on en va juger par la suite de cet extrait, dans lequel j’ai cru devoir interposer quelques faits qui m’ont été communiqués par des témoins oculaires.

« Le tapir ou maïpouri mâle, dit M. Bajon, est constamment plus grand a et plus fort que la femelle ; les poils de la crinière sont plus longs et plus « épais. Le cri de l’un et de l’autre est précisément celui d’un gros sifflet; « le cri du mâle est plus aigu, plus fort et plus perçant que celui de la « femelle. Les parties de la génération du mâle semblent avoir un rapport « très-grand avec celles du cheval ou de l’âne; elles sont situées de la « même façon ; et on observe sur le fourreau, comme dans le cheval, à peu « de distance des testicules , deux petits mamelons très-peu apparents qui « indiquent l’endroit des mamelles. Les testicules sont très-gros et pèsent «jusqu’à douze ou quatorze onces chacun... La verge est grosse et n’a « qu’un corps caverneux. Dans son état ordinaire elle est renfermée dans « une poche considérable formée par le fourreau ; mais lorsqu’elle est en « érection elle sort tout entière comme celle du cheval. »

Une des femelles que M. Bajon a disséquées avait six pieds de longueur, et paraissait n’avoir pas encore porté; ses mamelles, au nombre de deux, n’étaient pas bien grosses; elles ressemblent en tout à celles de l’ânesse ou de la jument; la vulve était à un bon pouce de l’anus.

Les femelles entrent ordinairement en chaleur aux mois de novembre et de décembre; chaque mâle suit une femelle, et c’est là le seul temps où l’on trouve deux de ces animaux ensemble. Lorsque deux mâles se rencontrent auprès de la même femelle, ils se battent et se blessent cruellement. Quand la femelle est pleine, le mâle la quitte et la laisse aller seule ; le temps de la gestation est de dix à onze mois , car on en voit de jeunes dès le mois de septembre. Pour mettre bas, la femelle choisit toujours un endroit élevé et un terrain sec.

Cet animal, bien loin d’être amphibie, comme quelques naturalistes l’ont dit, vit continuellement sur la terre, et fait constamment son gîte sur les collines et dans les endroits les plus secs. Il est vrai qu’il fréquente les lieux marécageux, mais c’est pour y chercher sa subsistance et parce qu’il y trouve plus de feuilles et d’herbes que sur les terrains élevés. Comme il se salit beaucoup dans les endroits marécageux et qu’il aime la propreté, il va tous les matins et tous les soirs traverser quelque rivière ou se laver dans quelque lac. Malgré sa grosse masse, il nage parfaitement bien et plonge aussi fort adroitement, mais il n’a pas la faculté de rester sous l’eau plus de

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temps que tout autre animal terrestre; aussi le voit-on à tout instant tirer sa trompe hors de l’eau pour respirer. Quand il est poursuivi par les chiens, il court aussitôt vers quelque rivière qu’il traverse promptement pour tâcher de se soustraire à leur poursuite.

Il ne mange point de poisson ; sa nourriture ordinaire sont des rejetons et des pousses tendres, et surtout des fruits tombés des arbres; c’est plutôt la nuit que le jour qu’il cherche sa nourriture ; cependant il se promène le jour, surtout pendant la pluie; il a la vue et l’ouïe très-fines; au moindre mouvement qu’il entend il s’enfuit et fait un bruit considérable dans le bois. Cet animal très-solitaire est fort doux et même assez timide; il n’y a pas d’exemples qu’il ait cherché à se défendre des hommes; il n’en est pas de même avec les chiens, il s’en défend très-bien, surtout quand il est blessé; il les tue même assez souvent, soit en les mordant, soit en les foulant aux pieds; lorsqu’il est élevé en domesticité, il semble être susceptible d’attachement. M. Bajon en a nourri un qu’on lui apporta jeune et qui n’était encore pas plus gros qu’un mouton ; il parvint à l’élever tort grand, et cet animal prit pour lui une espèce d’amitié; il le distinguait à merveille au milieu de plusieurs personnes; il le suivait comme un chien suit son maître, et paraissait se plaire beaucoup aux caresses qu’il lui faisait; il lui lécîiait les mains; enfin, il allait seul se promener dans les bois, et quelquefois fort loin, et il ne manquait jamais de revenir tous les soirs d’assez bonne heure. On en a vu un autre, également apprivoisé, se promener dans les rues de Cayenne, aller à la campagne en toute liberté et revenir chaque soir; néanmoins lorsqu’on voulut l’embarquer pour l’amener en Europe, dès qu’il fut à bord du navire on ne put le tenir; il cassa des cordes trèsfortes avec lesquelles on l’avait attaché, il se précipita dans l’eau, gagna le rivage à la nage et entra dans un fort de palétuviers, à une distance assez considérable de la ville; on le crut perdu, mais le même soir il se rendit à son gîte ordinaire. Comme on avait résolu de l’embarquer, on prit de plus grandes précautions qui ne réussirent que pendant un temps; car environ moitié chemin de l’Amérique en France , la mer étant devenue fort orageuse, l’animal se mit de mauvaise humeur, brisa de nouveau ses liens, enfonça sa cabane et se précipita dans la mer d’où on ne put le retirer.

L’hiver, pendant lequel il pleut presque tous les jours à Cayenne, est la saison la plus favorable pour chasser ces animaux avec succès.

« Un chasseur indien qui était à mon service, dit M. Bajon, allait se « poster au milieu des bois, il donnait cinq à six coups d’un sifflet fait « exprès et qui imitait très-bien leur cri; s’il s’en trouvait quelqu’un aux « environs il répondait tout de suite, et alors le chasseur s’acheminait douce- « ment vers l’endroit de la réponse, ayant soin de la faire répéter de temps « en temps et jusqu’à ce qu’il se trouvât à portée de tirer. L’animal , pen- «dant la sécheresse de l’été, reste au contraire tout le jour couché; cet

LE TAPIR

ft Indien allait alors sur les petites liauteurs et tâchait d’en découvrir « quelqu’un et de le tuer au gîte : mais cette manière était bien plus stérile « que la première. On se sert de lingots ou de très-grosses balles pour les « tirer, parce que leur peau est si dure que le gros plomb ne fait que « l’égratigner; et avec les balles et même les lingots il est rare qu’on les « tue du premier coup : on ne saurait croire combien ils ont la vie dure. « Leur chair n’est pas absolument mauvaise à manger; celle des vieux est « coriace et a un goût que bien des gens trouvent désagréable; mais celle « des jeunes est meilleure et a quelque rapport avec celle du veau. »

Je n’ai pas cru devoir tirer par extrait du mémoire de M. Bajon les faits anatomiques; je n’ai cité que celui des prétendus trois estomacs qui néanmoins n’en font qu’un ; j’espère que M. Bajon le reconnaîtra lui-même, s’il se donne la peine d’examiner de nouveau cette partie intérieure de l’animal.

Une autre remarque qui me paraît nécessaire, et que nous croyons devoir faire, quoique nous ne soyons pas aussi certains du fait que de celui du seul estomac, c’est au sujet des cornes de la matrice. M. Bajon assure que dans toutes les femelles qu’il a disséquées, l’extrémité des trompes qui répond aux ovaires est exactement fermée, et que leur cavité n’a absolument aucune communication avec ces parties.

« J’ai, dit-il, soufflé de l’air dans ces trompes et je l’ai pressé avec force, « il ne s’en est point échappé, il n’en est point entré du côté des ovaires; « cette extrémité des trompes, qu’on appelle le pavillon ou le morceau « frangé, paraît être terminée en rond, et on observe à l’extérieur de son « extrémité plusieurs culs-de-sac, que l’on dirait d’abord être autant de « communications avec son intérieur; mais ils sont fermés par des replis « membraneux produits par la membrane qui leur est fournie par les liga- (( ments larges, au moyen de laquelle membrane les trompes se trouvent « attachées aux ovaires. L’entière oblitération de l’extrémité des trompes « qui répond aux ovaires est un phénomène qui portera sans doute quel- « que atteinte au système ordinaire de la génération. La nouveauté, l’im- « portance et la singularité de ce phénomène, ajoute M. Bajon, a fait que « je me suis mis en garde contre mes propres observations. J’ai donc « cherché à m’assurer du fait par de nouvelles recherches, pour qu’il ne me « restât point de doute; de sorte que la dissection de dix à douze femelles, Cf. que j’ai faite dans l’espace de trois à quatre mois, m’a mis à même de (( pouvoir attester la réalité du fait, tant dans les jeunes femelles que dans « celles qui avaient porté, car j’en ai disséqué qui avaient du lait dans les « mamelles, et d’autres qui étaient pleines. »

Quelque positive que soit cette assertion, et quelque nombreuses que puissent être à cet égard les observations de M. Bajon, elles ont besoin d’être répétées, et nous paraissent si opposées à tout ce que l’on sait d’ailleurs, que nous ne pouvons y ajouter foi.

ADDITIONS

Voici maintenant les notes que j’ai recueillies pendant la dissection que M. Mertrud a faite de cet animal à Paris.

L’estomac était situé de manière qu’il paraissait également étendu à droite comme à gauche; la poche s’en terminait en pointe, moins allongée que dans le cochon, et il y avait un angle bien marqué entre l’œsophage et le pylore, qui faisait une espèce d’étranglement, et la partie gauche était beaucoup plus ample que la droite; le colon avait beaucoup d’ampleur, il était plus étroit à son origine et à son extrémité que dans son milieu ; la grande circonférence de l’estomac était de trois pieds un pouce; la petite circonférence de deux pieds six lignes.

Dans le temps que l’on a fait cette dissection , nous n’avions pas encore reçu le mémoire de M. Bajon. Nous eussions sans doute examiné de beaucoup plus près l’estomac et surtout les cornes de la matrice de cet animal; mais, quoique cet examen ultérieur n’ait pas été fait, nous sommes néanmoins convaincus qu’il n’a qu’un estomac, et en même temps très-persuadés qu’il y a communication entre les ovaires et l’extrémité des trompes de la matrice *.

Au reste, le tapir, qui est le plus gros quadrupède de l’Amérique méridionale, ne se trouve que dans cette partie du rnonde^. L’espèce ne s’est pas étendue au delà de l’isthme de Panama; et c’est probablement parce qu’il n’a pu franchir les montagnes de cet isthme; car la température du Mexique et des autres provinces adjacentes aurait convenu à la nature de cet animal, puisque Samuel Wallis “ et quelques autres voyageurs disent en avoir trouvé, ainsi que des lamas, jusque dans les terres du détroit de Magellan.

DU TAPIR [suite).

( Par M. le professeur Allamand. )

« Quoique les tapirs soient assez communs dans les parties de l’Amé- :< riqne méridionale où les Européens ont des établissements, et qu’on en « voie quelquefois dans les basses-cours des particuliers, où on les nourrit « avec les autres animaux domestiques, il est cependant fort rare qu’on en « transporte en Europe. Je ne crois pas même que jusqu’à présent on y en « ait vu plus d’un, qui a été montré à Amsterdam en 1704 sous le nom de « cheval marin, et dont un peintre de ce temps-là a fait des dessins qui se «conservent dans les colleclions de quelques curieux, mais qui repré- « sentent cet animal si imparfaitement, qu’on ne saurait l’y reconnaître.

a. Premier Voyage de Cook, t. II, page 34.

1. Caffoii a encore raison ; il y a communication entre les trompes et les ovaires.

a. Voyez la nomenclature et le nota de la page 291 du IIR volume.

LE TAPIR

« M. de Buffon n’a jamais vu le tapir non plus que les autres natura- « listes qui en ont parlé : dans l’histoire qu’il en a donnée, il a été obligé de « copier la description qui en a été faite par Marcgrave et par Barrère, et « de citer ce qu’en ont dit les voyageurs; la figure qu’il y a ajoutée lui a « été communiquée par M, de la Condamine, et c’est la seule qui en donne « une idée passable ; c’est même la seule qui en ait été faite, car il faut « compter pour rien celle que Marcgrave en a publiée et qui a été copiée « par Pison ; elle est trop mauvaise pour qu’elle mérite aucune alten- « tion.

« Depuis quelques semaines nous avons ici, en Hollande, deux de ces « animaux, dont l’un est promené de ville en ville pour être montré dans « les foires, et l’autre est dans la ménagerie du prince d’Orange, qui est « peut-être la plus intéressante de l’Europe pour un naturaliste, vu le grand « nombre d’animaux rares qu’on y envoie tous les ans, tant des Indes « orientales, que d’Afrique et d’Amérique. Le tapir qui est dans cette mé- « nagerie est un mâle, l’autre est une femelle. Le premier est représenté « dans la planche ix ^ Si l’on compare cette figure avec celle que M. de « Buffon a donnée d’après le dessin qui lui a été fourni par M. de la Conda- « mine, on y trouvera des différences assez sensibles ^ La planche x repré- « sente la femelle dans une altitude que cet animal prend souvent.

« Marcgrave a donné une très-bonne description du tapir, etM. de Buffon, « ne l’ayant jamais vu , ne pouvait rien faire de mieux que de la rapporter « toute comme il l’a fait. Cependant comme quelques particularités lui sont « échappées, j’ajouterai ici les observations que j’ai faites sur l’animal « même. Celui qui est dans la ménagerie du prince d’Orange doit être fort « jeune, si au moins cet animal parvient à la grandeur d’une petite vache*, « comme le disent quelques voyageurs : il égale à peine la hauteur d’un « cochon, avec lequel même il est aisé de le confondre si on le voit de loin. « Il a le corps fort gros à proportion de la taille; il est arqué vers la partie « postérieure du dos, et terminé par une large croupe assez semblable à « celle d’un jeune poulain bien nourri. La couleur de sa peau et de son « pelage est d’un brun foncé qui est le même par tout le corps. Il faut « promener sa main sur son dos pour s’apercevoir qu’il y a des poils qui c( ne sont pas plus grands que du duvet ; il en a très-peu aux flancs, et ceux « qui couvrent la partie inférieure de son corps sont assez rares et courts.

a. Ceci était vrai pour le temps où M. Allamand a écrit , mais depuis le tapir m’a été bien connu, et je l’a fait dessiner d’après nature.

b. Tome XV, édition de Hollande.

c. M. Allamand a raison pour cette ancienne figure , mais celle que j’ai donnée ^ ayant été faite d’après nature, comme la sienne, on peut les regarder comme également bonnes.

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