DU LAMA
Nous donnons ici la description d’un lama qui est encore actuellement vivant (août 1777) à l’École vétérinaire au château d’Alfort. Cet animal, amené des Indes espagnoles en Angleterre, nous fut envoyé au mois de novembre 1773 ; il était jeune alors, et sa mère qui était avec lui est morte presque en arrivant : on en peut voir la peau bourrée et le corps injecté sans la peau dans le beau cabinet anatomique de M. Bourgelat.
Quoique ce lama fut encore jeune et que le transport et la domesticité eussent sans doute influé sur son accroissement et l’eussent en partie retardé, il avait néanmoins près de cinq pieds de hauteur, en le mesurant en ligne droite depuis le sommet de la tête aux pieds de devant, et dans son état de liberté il devient considérablement plus grand et plus épais de corps. Cet animal est, dans le nouveau continent, le représentant du chameau dans l’ancien -, il semble en être un beau diminutif, car sa figure est élégante, et sans avoir aucune des difformités du chameau, il lui tient néanmoins par plusieurs rapports et lui ressemble à plusieurs égards : comme le chameau, il est propre à porter des fardeaux ; il a le poil laineux, les jambes assez minces, les pieds courts et conformés à peu près comme les jambes et les pieds du chameau, mais il en diffère en ce qu’il n’a point de bosse, qu’il a la queue courte, les oreilles longues, et qu’en général il est beaucoup mieux fait et d’une forme plus agréable par les proportions du corps; son cou long, bien couvert de laine, et sa tête qu’il tient toujours haute, lui donnent un air de noblesse et de légèreté que la nature a refusé au chameau ; ses oreilles, longues de sept pouces, sur deux pouces dans leur plus grande largeur, se terminent en pointe et se tiennent toujours droites en avant ; elles sont garnies d’un poil ras et noirâtre ; la tête est longue, légère et d’une forme élégante; les yeux sont grands, noirs et ornés dans les angles internes de grands poils noirs; le nez est plat et les narines sont écartées; la lèvre supérieure est fendue et tellement séparée au-devant des mâchoires, qu’elle laisse paraître les deux dents incisives du milieu, qui sont longues et plates, et au nombre de quatre à la mâchoire inférieure ; ces dents incisives manquent à la mâchoire supérieure, comme dans les autres animaux rumi-
ADDITIONS
nanls; il y a seulement cinq mâchelières en haut comme en bas de chaque côté, ce qui fait en tout vingt dents mâchelières et quatre incisives' ; la tête, le dessus du corps, de la croupe, de la queue et des jambes sont couverts d’un poil laineux couleur de musc un peu vineux, plus clair sur les joues, sous le cou et sur la poitrine, et plus foncé sur les cuisses et les jambes, où cette couleur devient brune et presque noire; le sommet de la tête est aussi noirâtre, et c’est de là que part le noir qui se voit sur le front, le tour des yeux, le nez, les narines, la lèvre supérieure et la moitié des joues; la laine qui est sur le cou est d’un brun foncé et forme comme une crinière qui prend du sommet de la tête et va se perdre sur le garrot; cette même couleur brune s’étend, mais en diminuant de teinte sur le dos, et y forme une bande d’un brun faible ; les cuisses sont couvertes d’une grande laine sur les parties postérieures, et cette longue laine est en assez gros flocons ; les jambes ne sont garnies que d’un poil ras d’un brun noirâtre ; les genoux de devant sont remarquables par leur grosseur, au lieu que dans les jambes de derrière il se trouve vers le milieu un espace sous la peau qui est enfoncé d’environ deux pouces; les pieds sont séparés en deux doigts; la corne du sabot de chaque doigt est longue de plus d’un pouce et demi, et cette corne est noire, lisse, plate sur sa face interne et arrondie sur sa face externe ; les cornes du sabot des pieds de derrière sont singulières en ce qu’elles forment un crochet à leurs extrémités; te tronçon de la queue a plus d’un pied de longueur, il est couvert d’une laine assez courte; cette queue ressemble à une houppe, l’animal la porte droite, soit en marchant, soit en courant , et même lorsqu’il est en repos et couché.
Pieds, Pouces. Lignes.
Longueur du Lima 5 4 4
Hauteur du train de devant 3 s »
Hauteur du train de derrière 3 6 »
Hauteur du ventre au-dessus de tei re 1 9 2
Longueur de la tète du bout des lèvres à l’occiput » il »
Cet animal est fort doux, il n’a ni colère, ni méchanceté, il est même caressant; il se laisse monter par celui qui le nourrit, et ne refuserait pas le même service à d’autres; il marche au pas, trotte et prend même une espèce de galop. Lorsqu’il est en liberté, il bondit et se roule sur l’herbe. Ce lama que je décris était un mâle. On a observé qu’il paraît souvent être excité par le besoin d’amour ; il urine en arrière, et la verge est petite pour la grosseur de son corps; il avait passé plus de dix-huit mois sans boire au mois de mai dernier, et il me paraît que la boisson ne lui est pas nécessaire, attendu la grande abondance de salive dont l’intérieur de sa bouche est continuellement humecté.
L Voyez la note de la page 435 du lll® volume.