‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 299 sur 392 · DU LAMA · texte numérisé non relu

DU LAMA

On lit, dans le voyage du commodore Byron®, qu’on trouve des guanaques, c’est-à-dire des lamas, à l’île des Pingouins et dans l’intérieur des terres, jusqu’au cap des Vierges, qui forme au nord l’entrée du détroit de Magellan : ainsi ces animaux ne craignent nullement le froid; dans leur état de nature et de liberté, ils marchent ordinairement par troupes de soixante ou quatre-vingts, et ne se laissent point approcher*'; cependant ils sont très-aisés à apprivoiser, car les gens de l’équipage du vaisseau de Byron, s’étant saisis d’un jeune lama, dont on admirait la jolie figure, ils l’apprivoisèrent au point qu’il venait leur lécher les mains. Le commodore Byron et le capitaine Wallis comparent cet animal au daim pour la grandeur, la forme et la couleur; mais Wallis est tombé dans l’erreur en disant qu’il a une bosse sur le dos.

DE LA VIGOGNE

Nous donnons ici la description d’une vigogne mâle , qui a été dessinée vivante à l’École vétérinaire en 1774, et dont la dépouille empaillée se voit dans le Cabinet de M. Bourgelat ; cet animal est plus petit que le lama, et voici ses dimensions :

Pieds. Pouces. Lignes.,

Longueur du corps mesuré en ligne droite, depuis le Lout du nez jusqu’à

l’origine de la queue 4 4. 6

Hauteur du train de devant 2 4 9

Hauteur du train de derrière 2 C 2

Hauteur du ventre au-dessus de terre 1 8 »

Longueur de la tète « 6 6

Longueur des oreilles » 4 3

Largeur des oreilles » 1 5

Grandeur de l'œil » 1 4

Distance entre Tœil et le bout du inuscau » 3 9

Longueur de la queue avec sa laine » 8 9

La vigogne a beaucoup de rapport et même de ressemblance avec le lama, mais elle est d’une forme plus légère; ses jambes sont plus longues à proportion du corps, plus menues et mieux faites que celles du lama; sa tête, qu’elle porte droite et haute sur un cou long et délié, lui donne un air de légèreté, même dans l’état de repos ; elle est aussi plus courte à proportion que la tête du lama, elle est large au front et étroite à l’ouverture de la bouche, ce qui rend la physionomie de cet animal fine et vive, et cette vivacité de physionomie est encore fort augmentée par ses beaux yeux noirs,

a. Voyez le t. I du Premier Voyage de Cook, p. 18 et 33,

b. Ibidem , page 25.

* Camelus vicunna (Linn.). — Voyez la note 2 de la page 432 du III® volume.

ADDITIONS

dont l’orbite est fort grande ayant seize lignes de longueur; l’os supérieur de l’orbite est fort relevé et la paupière inférieure est blanche ; le nez est aplati et les naseaux, qui sont écartés l’im de l’autre, sont, comme les lèvres, d’une couleur brune mêlée de gris; la lèvre supérieure est fendue comme celle du lama, et cette séparation est assez grande pour laisser voir dans la mâchoire inférieure deux dents incisives longues et plates.

La vigogne porte aussi les oreilles droites, longues et se terminant en pointe; elles sont nues en dedans et couvertes en dehors d’un poil court; la plus grande partie du corps de l’animal est d’un brun rougeâtre tirant sur le vineux, et le reste est de couleur Isabelle; le dessous de la mâchoire est d’un blanc jaune; la poitrine, le dessous du ventre, le dedans des cuisses et le dessous de la queue sont blancs; la laine qui pend sous la poitrine a trois pouces de longueur, et celle qui couvre le corps n’a guère qu’un pouce; l’extrémité de la queue est garnie de longue laine. Cet animal a le pied fourchu, séparé en deux doigts qui s’écartent lorsqu’il marche; les sabots sont noirs, minces, plots par-dessous et convexes par-dessus; ils ont un pouce de longueur sur neuf lignes de hauteur, et cinq lignes de largeur ou d’empâtement.

Cette vigogne a vécu quatorze mois à l’Ecole vétérinaire, et avait passé peut-être autant de temps en Angleterre; cependant elle n’était pas, à beaucoup près, aussi privée que le lama; elle nous a aussi paru d’un naturel moins sensible, car elle ne donnait nulle marque d’attachement à la personne qui la soignait; elle cherchait même à mordre lorsqu’on voulait la contraindre, et elle soufflait ou crachait continuellement au visage de ceux qui l’approchaient; on lui donnait du son sec et quelquefois détrempé dans l’eau ; elle n’a jamais bu d’eau pure ni d’aucune autre liqueur, et il parait que la vigogne a, comme le lama, une si grande abondance de salive qu’ils n’ont nul besoin de boire ; enfin elle jette, comme le lama, son urine en arrière, et par toutes ces ressemblances de nature on peut regarder ces deux animaux comme des espèces du même genre, mais non pas assez voisines pour se mêler ensemble.

Lorsque j’ai écrit, en 1766, l’histoire du lama et de la vigogne*, je croyais qu’il n’y avait dans ce genre que ces deux espèces, et je pensais que l’alpaco ou alpaca était le même animal que la vigogne sous un nom différent; l’examen que j’ai fait de ces deux animaux, et dont je viens de rendre compte, m’avait encore confirmé dans cette idée; mais j’ai été récemment informé que l’alpaca ou paco forme une troisième espèce qu’on peut regarder comme intermédiaire entre le lama et la vigogne C’est à M. le marquis de Nesle que je dois ces connaissances nouvelles; ce seigneur, aussi zélé pour l’avancement des sciences que pour le bien public,

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