Voyez la note 2 de la page 432 du III® volume
DE LA VIGOGNE
a même formé le projet de faire venir des Indes espagnoles un certain nombre de ces animaux, lamas, alpacas et vigognes, pour tâcher de les naturaliser et multiplier en France*, et il serait très à désirer que le gouvernement voulût seconder ses vues, la laine de ces animaux étant, comme l’on sait, d’un prix inestimable. Les avantages et les difficultés de ce projet sont présentés dans le mémoire suivant, qui a été donné à M. le marquis de Nesle par M. l’abbé Béliardy, dont le mérite est bien connu, et qui s’est trouvé à portée, par son long séjour en Espagne, d’être bien informé.
« Le nom de lama, dit-il, est un mol générique que les Indiens du Pérou « donnent indifféremment à toutes sortes de bêtes à laine. Avant la con- « quête des Espagnols il n’y avait point de brebis en Amérique; ces coii- « quérants les y ont introduites, et les Indiens du Pérou les ont appelées « lamas, parce qu’apparemmeiit dans leur langue c’est le mot pour dési- « gner tout animal laineux; cependant dans les provinces de Cusco, Potosi « et Tucuman, on distingue trois espèces de lamas, dont les variétés leur « ont fait assigner des noms différents.
« Le lama, dans son état de nature et de liberté, est un animal qui a la « forme d’un petit chameau; il est de la hauteur d’un gros âne, mais beau- « coup plus long; il a le pied fourchu comme les bœufs; son cou a trente « à quarante pouces de long; sa tête, qu’il porte toujours haute, ressemble « assez à celle d’un poulain; une longue laine lui couvre tout le corps; « celle du cou et du ventre est beaucoup plus courte.
« Cet animal est originairement sauvage; on en trouve encore en petites <( troupes sur des montagnes élevées et froides; les naturels du pays l’ord « réduit à l’état de domesticité, et on a remarqué qu’il vit également dai^s « les climats chauds comme dans les plus froids; il produit aussi dans cet « état ; la femelle ne fait qu’un petit à chaque portée, et on n’a pu me dire « de combien de temps est la gestation.
« Depuis que les Espagnols ont introduit dans le royaume du Pérou les « chevaux et les mulets, l’usage des lamas est fort diminué; cependant on «ne laisse pas de s’en servir encore, surtout pour les ouvrages de la « campagne; on le charge comme nous chargeons nos ânes; il porte de « soixante-quinze à cent livres sur son dos; il ne trotte ni ne galope, mais « son pas ordinaire est si doux que les femmes s’en servent de préférence à « toute autre monture; on les envoie paître dans les campagnes en toute « liberté sans qu’ils cherchent à s’enfuir. Outre le service domestique « qu’on en tire, on a l’avantage de profiter de leur laine ; on les tond une « fois l’an, ordinairement à la fin de juin; on emploie dans ces contrées « leur laine aux mêmes usages que nous employons le crin, quoique celle « laine soit aussi douce que notre soie et plus belle que celle de nos brebis.