Voyez la note 1 de la page
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« étaient un peu plus longs; il n’y en avait point sur le ventre, où la peau « paraissait à nu ; mais quelques semaines après je fus fort surpris de voir « cette même partie velue comme le reste du corps : j’ignore si elle avait été « couverte auparavant de poils qui étaient tombés, ou s’ils y paraissaient a pour la première fois. L’orang-outang que Tulpius a décrit, et qui était « aussi une femelle , avait de même le ventre dénué de poils; sa face était « plate , cependant un peu relevée vers le bas , mais beaucoup moins que « dans le magot et les autres espèces de singes; elle était nue et basanée, « avec une tache autour de chaque œil , et une plus grande autour de la « bouche, d’une couleur qui approchait un peu de la couleur de chair; elle « avait les dents telles que M. de Buffon les a décrites parmi les caractères « distinctifs des orangs-outangs; la partie inférieure de son nez était fort «large et très-peu éminente; ses narines étaient fort distantes de sa « bouche, à cause de la hauteur considérable de sa lèvre supérieure; ses « yeux étaient environnés de paupières garnies de cils , et au-dessus il y « avait quelques poils, mais qui ne pouvaient pas passer pour des sourcils; « ses oreilles étaient semblables à celles de l’homme; ses gras de jambes « étaient fort peu visibles, on pourrait même dire qu’elle n’en avait « point; ses fesses étaient velues, et on ne remarquait pas qu’il y eût des « callosités.
« Quand elle était debout, sa longueur, depuis la plante des pieds jusqu’au « haut de la tête, n’était que de deux pieds et demi. Ses bras étaient fort «longs; mesurés depuis l’aisselle jusqu’au bout des doigts, ils avaient « vingt-trois pouces; cependant, quand l’animal se dressait sur ses pieds, « ils ne touchaient pas à terre comme ceux des deux gibbons décrits par « M. de Buffon. Ses mains et ses pieds n’étaient point velus, leur couleur «était noirâtre, et ils étaient aussi fort longs proportionnellement à son « corps : depuis le poignet jusqu’au bout du plus long doigt, la longueur de « sa main était de sept pouces, et celle de son pied de huit; le gros orteil « n’avait point d’ongle, pendant que le pouce et tous les autres doigts en « avaient. L’on voit par celte description que, à la grandeur près, cette « femelle était de la même espèce que l’animal que j’ai décrit ci-devant: « elle était originaire de Bornéo; on l’avait envoyée de Batavia au cap de « Bonne-Espérance, où elle a passé une année; de là elle est venue à la « ménagerie de M. le prince d’Orange, où elle n’a pas vécu si longtemps; « elle est morte en janvier 1777.
« Elle n’avait point l’air méchant, elle donnait volontiers la main à ceux « qui lui présentaient la leur; elle mangeait sans gloutonnerie du pain, des « carottes, des fruits, et même de la viande rôtie; elle ne paraissait pas « aimer la viande crue; elle prenait la tasse qui contenait sa boisson d’une « seule main, la portail à sa bouche, et elle la vidait fort tranquillement. « Tous ses mouvements étaient assez lents, et elle témoignait peu de viva-
U cité ; elle paraissait plutôt mélancolique : elle jouait avec une couverture « qui lui servait de lit, et souvent elle s’occupait à la déchirer. Son attitude « ordinaire était d’être assise avec ses cuisses et ses genoux élevés : quand « elle marchait, elle était presque dans la même posture, ses fesses étaient « peu éloignées de la terre; je ne l’ai point vue se tenir parfaitement « debout sur ses pieds , excepté quând elle voulait prendre quelque chose « d’élevé, et même encore alors les jambes étaient toujours un peu pliées, « et elle était vacillante. Ce qui me confirme dans ce que j’en ai dit ci- « devant , c’est que les animaux de cette espèce ne sont pas faits pour marte cher debout comme l’homme , mais comme les autres quadrupèdes, « quoique celte dernière allure doive être aussi assez fatigante pour eux, à « cause de la conformation de leurs mains : ils me paraissent principalement « faits pour grimper sur les arbres; aussi notre femelle grimpait-elle volon- « tiers contre les barres de la fenêtre de sa chambre, aussi haut que le lui « permettait sa chaîne.
« M. Yosmaër, qui l’a observée pendant tout le temps qu’elle a vécu « dans la ménagerie de M. le prince d’Orange, en a publié une fort bonne « description , d’où j’ai tiré les dimensions que j’en ai données , parce « qu’elles étaient plus justes que celles que j’avais prises sur l’animal « vivant et en mouvement; il a été fort attentif à examiner de près ses « actions, et ce qu’il en rapporte est très-intéressant. On aime à voir ou à « lire le détail des actions d’un animal qui imite si bien les nôtres; nous « sommes tentés de lui accorder un degré d’intelligence supérieur à celui « de toutes les autres brutes, quoique tout ce que nous admirons dans tout « ce qu’il fait soit une suite de la forme de son corps , et particulièrement « de ses mains, dont il se sert avec autant de facilité que nous. Si le chien « avait de pareilles mains, et qu’il pût se tenir debout sur ses pieds, il nous « paraîtrait bien plus intelligent qu’un singe. Pendant que cette femelle a « été dans ce pays, M. Yosmaër n’a pas remarqué qu’elle ait eu des écou- « lements périodiques : il en a donné , en deux planches, trois figures qui « la représentent très-bien dans trois différentes attitudes.
« Dans le même temps que cet animal était ici, il y avait à Paris une « femelle gibbon , comme je l’ai appris par la lettre de M. Daubenton, qui « me manda que son allure était à peu près la même que celle que je viens c( de décrire ; elle courait étant presque debout sur ses pieds , mais les « jambes et les cuisses étaient un peu pliées , et quelquefois la main tou- « chait la terre pour soutenir le corps chancelant ; elle était vacillante : « lorsque étant debout elle s’arrêtait, elle ne portait que sur le talon et « relevait la plante du pied; elle ne restait que peu de temps dans cette « attitude qui paraissait forcée.
« M. Gordon, que je dois presque toujours citer, m’a envoyé le dessin « d’un orang-outang dont le roi d’Asham, pays situé à l’est du Bengale,
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« avait fait présent, avec plusieurs autres curiosités, à M. Ilarwooclj prési- « dent du conseil provincial de Dinagipal. Le frère de M. Harvvood l’ap- « porta au Cap, elle donna à M. Gordon, chez qui malheureusement il ne « vécut qu’un jour. Sur le vaisseau il üvait été attaqué du scorbut, et en « arrivant au cap de Bonne-Espérance, il était si faible qu’il mourut au « bout de vingt-quatre heures; ainsi M. Gordon n’a eu que le temps de le « faire dessiner, et ne pouvant point me donner ses propres observations, « il m’a communiqué ce que lui en avait dit M. Harwood. Yoici ce qu’il en « avait appris.
« Cet orang-outang, nommé voulock dans le pays dont il est originaire, « était une femelle qui avait régulièrement ses écoulements périodiques, « mais qui cessèrent dès qu’elle fut attaquée du scorbut; elle était d’un « caractère fort doux; il n’y avait que les singes qui lui déplaisaient, elle « ne pouvait pas les souffrir. Elle se tenait toujours droite en marchant; « elle pouvait même courir très-vite; quand elle marchait sur une table ou « parmi de la porcelaine elle était fort attentive à ne rien casser; lorsqu’elle « grimpait quelque part elle ne faisait usage que de ses mains; elle avait « les genoux comme un homme. Elle pouvait faire un cri si aigu que, « quand on était près d’elle, il fallait se tenir les oreilles bouchées pour « n’en être pas étourdi; elle prononçait souvent et plusieurs fois de suite « les syllabes yaa-hou, en insistant avec force sur la dernière. Quand elle « entendait quelque bruit approchant de celui-là, elle commençait d’abord « aussi à crier; si elle était contente, on lui entendait faire un grognement « doux qui partait de la gorge. Lorsqu’elle était malade, elle se plaignait « comme un enfant et cherchait à être secourue. Elle se nourrissait de « végétaux et de lait; jamais elle n’avait voulu toucher à un animal mort, « ni manger de la viande; elle refusait même de manger sur une assiette « où il y en avait eu. Quand elle voulait boire, elle plongeait ses doigts « dans l’eau et les léchait ; elle se couvrait volontiers avec des morceaux « de toile, mais elle ne voulait point souffrir d’habits. Dès qu’elle entendait « prononcer son nom, qui était Jenny, elle venait : elle était ordinairement « assez mélancolique et pensive. Quand elle voulait faire ses nécessités, « lorsqu’elle était sur le vaisseau, elle se tenait à une corde par les mains « et les faisait dans la mer.
« La longueur de son corps était de deux pieds cinq pouces et demi; sa « circonférence près de la poitrine était d’un pied deux pouces, et celle de « la partie de son corps la moins grosse était de dix pouces et demi. Quand « elle était en santé elle était mieux en chair, et elle avait des gras de « jambes. Le dessin que M. Gordon a eu la bonté de m’en envoyer a été « fait lorsqu’elle était malade, ou peut-être lorsqu’elle était morte et d’une « très-grande maigreur; ainsi il ne peut servir qu’à donner une idée de la « longueur et de la figure de sa face, qui me paraît être très-semblable à
« celle (le la femelle que nous avons eue ici. Je vois aussi, par l’échelle « qui est ajoutée à ce dessin, que les dimensions des différentes parties « sont à peu près les mêmes j mais il y avait cette différence entre ces deux « orangs-outangs, c’est que celui de Bornéo n’avait point d’ongle au gros « orteil ou au pouce des pieds, au lieu que celui d’Asham en avait, comme « M. Gordon me l’a mandé bien expressément; aussi a-t-il eu soin que cet « ongle fût représenté dans le dessin. Cette différence indiquerait-elle une « diversité dans l’espèce, entre des animaux qui semblent d’ailleurs avoir « tant de rapports entre eux, par des caractères plus essentiels? »
Toutes ces observations de M. Allamand sont curieuses; je ne doute pas plus que lui que le nom orang-outang ne soit une dénomination générique qui comprend plusieurs espèces, telles que le pongo et le jocko, et peut-être le singe dont il parle, comme en ayant vu la tête et le pied, et peut-être encore celui qui pourrait faire la nuance entre le pongo et le mandrill. M. Vosmaër a reçu, il y a quelques années, un individu de la petite espèce de ce genre, qui n’est probablement qu’un jocko : il en a fait un récit qui contient quelques faits que nous donnons par extrait dans cet article.
(( Le 29 juin 1776, dit-il, l’on m’informa de l’heureuse arrivée de cet « orang-outang;... c’était une femelle : nous avons apporté la plus grande « attention à nous assurer si elle était sujette à l’écoulement périodique « sans rien pouvoir découvrir à cet égard. En mangeant elle ne faisait « point de poches latérales au gosier, comme toutes les autres espèces de (( singes; elle était d’un si bon naturel qu’on ne lui vit jamais montrer la « moindre marque de méchanceté ou de fâcherie; on pouvait sans crainte « lui mettre la main dans la bouche : son air avait quelque chose de
« triste Elle aimait la compagnie sans distinction de sexe, donnant
« seulement la préférence aux gens qui la soignaient journellement et « qui lui faisaient du bien, qu’elle paraissait affectionner davantage; « souvent lorsqu’ils se retiraient elle se jetait à terre étant à la chaîne, «comme au désespoir, poussant des cris lamentables, et déchirant par « lambeaux tout le linge qu’elle pouvait attraper dès qu’elle se voyait « seule. Son garde ayant quelquefois la coutume de s’asseoir auprès d’elle « à terre, elle prenait d’autres fois du foin de sa litière, l’arrangeait à son « côté, et semblait par toutes ses démonstrations l’inviter à s’asseoir « auprès d’elle
« La marche ordinaire de cet animal était à quatre pieds comme les « autres singes; mais il pouvait bien aussi marcher debout sur les pieds « (le derrière, et muni d’un bon bâton il s’y tenait appuyé souvent fort « longtemps; cependant il ne posait jamais les pieds à plat, à la façon de « l’homme, mais recourbés en dehors, de sorte qu’il se soutenait sur les « cotés extérieurs des pieds de derrière, les doigts retirés en dedans, ce