‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 315 sur 392 · RENNE DE SUÈDE · texte numérisé non relu

RENNE DE SUÈDE

FEMELLE

FEMELLE

Longueur du corps en ligne droite,

Pieds.

Pouces.

Lignes.

Pieds.

Pouces.

L'gnes.

Pieds.

Pouces.

Lignes.

depuis le museau jusqu’à l’anus

Hauteur du train de devant

to

Hauteur du train de derrière

Circonférence du corps mesuré devant

les cuisses

Circonférence du corps au milieu

Circonférence du corps derrière les

épaules

Longueur de la lète jusqu’à l’origine

du bois

Circonférence du museau prise derrière

les naseaux

tl

Longueur du cou

1 Circonférence derrière la tète

Circonférence devant les épaules

BiG ADDITIONS.

« Ce qui est très-remarquable, et dont cependant aucun naturaliste ne « fait mention, c’est que les faons des rennes ont d’abord en naissant des « bossettes, et qu’âgés de quinze jours ils ont déjà de petites dagues longues « d’un pouce, de manière qu’ils touchent au bois peu de temps après leur « mère. Les faons des rennes de Russie avaient le bois long d’un pied, et « chaque perche avait trois andouillers, au lieu que ceux de Suède ne por- « taient que des dagues moins longues qui se séparaient au bout en deux « andouillers. La figure du daim de Groenland que donne M. Edwards me « paraît être celle d’un faon de trois mois, à la couleur près, qui est toute « ditférente. Il est singulier que les femelles, qui étaient pleines en arrivant « et qui, depuis trois ans qu’elles sont à Scbwetz, ont mis bas chaque année « un faon, n’ont produit que des femelles; ainsi je ne saurais dire si les « faons mâles portent des bois plus longs et plus chargés d’andoiiillers que « les femelles; mais on peut le supposer en jugeant de la grande différence « qu’il y a entre le bois du mâle et celui de la femelle. Les faons naissent « aux mois de juin et de juillet , et ne portent pas de livrée; ils sont bruns, (( plus foncés sur le dos et plus roux aux pieds, au cou et au ventre; cepen- « dant cette couleur se noircit tous les jours, et au bout de six semaines ils « ont le dos, les épaules, les côtés, le dessus du cou, le front et le nez d’un « gris noir; le reste est jaunâtre et les pieds fauves. J’ai dit que les faons « touchent au bois d’abord après leur mère; cela arrive au mois d’octobre, « et c’est aussi alors que le rut commence.

« Les rennes mâles poursuivent longtemps les femelles avant d’en pouvoir « jouir. Les femelles russes entraient en rut quinze jours plus tôt que les « femelles de Suède; il y eut même une femelle des faons russes qui, quoi- « que âgée à peine de cinq mois, souffrit au commencement de novembre « les approches du mâle et mit bas l’année suivante un faon aussi grand que (( les autres'. Cela prouve que le développement des parties de la génération « du renne est plus prompt que dans aucun autre animal de cette grandeur; « peut-être aussi la plus grande chaleur de notre climat et la nourriture « abondante dont ils jouissent ont hâté l’accroissement de ces rennes. Cepen- « dant le bois que portent les rennes femelles à l’âge de cinq mois n’indi- « querait-il pas une surabondance de molécules organiques qui peut occa- « sionner un développement plus prompt des parties de la génération? Il se « peut même que les faons mâles soient en état d’engendrer au même âge.

^ « Le comportement du renne mâle que j’observais pendant le rut ressem- « blait plus à celui du daim qu’à celui du cerf. En s’approchant de la fe- « melle, il la caressait de sa langue, haussait la tête et rayait comme le « daim , mais d’une voix moins forte , quoique plus rauque. 11 gonflait « en même temps ses grosses lèvres, et en en faisant échapper l’air, il les « faisait trembloter contre les gencives ; alors il baissait les jarrets des pieds « de derrière, et je crus qu’il couvrirait ainsi la femelle, qui semblait aussi

DU RENNE

« l’attendre; mais au lieu de cela, il fit Jaillir beaucoup de semence sans « bouger, après quoi il était pendant quelques minutes comme perclus des « pieds de derrière et marchait avec peine. Jamais je ne l’ai vu couvrir de « jour, mais c’était toujours la nuit; il s’y prêtait lentement et point en « fuyant, comme les cerfs et les daims, qui, ainsi que je l’ai souvent ob- « servé dans mes bois et dans mon parc, sautent sur les biches tout en cou- « rant, en les arrêtant et les serrant quelquefois si rudement des pieds de « devant, qu’ils leur enfoncent les ergots à travers la peau et mettent leurs « côtés en sang. Le rut commence à la mi-octobre et finit à la fin du mois « de novembre. Les rennes mâles ont pendant ce temps une odeur de bouc « extrêmement forte.

« On a fait des tentatives infructueuses pour faire couvrir des biches ou « des daims par le renne. Le premier renne qui vint à Schwetz fut pendant « plusieurs années sans femelles, et comme il parut ressentir les impres- « sions du rut, on l’enferma avec deux biches et deux daines dans un parc, « mais il n’en approchait pas. On lui présenta des vaches l’année suivante, « qu’il refusa constamment, quoiqu’il attaquât des femmes, et que plus il « avançait en âge, plus il devenait furieux pendant le rut. Il donne nonce seulement des coups violents du haut de son bois, mais il frappe plus dance gereusement des pieds de devant. Je me souviens qu’un jour le renne ce étant sorti de la ville de Schwetz, et se promenant par les champs, il fut ce attaqué par un gros chien de boucher ; mais lui, sans s’épouvanter, se cc cabra et donna des pieds de devant un coup si violent au chien , qu’il cc l’assomma sur la place. Il n’avait pas de bois dans ce temps-là. Le bois cc tombe aux mâles vers Noël et au commencement de l’année, selon qu’ils <■( sont plus ou moins vieux, et ils l’ont refait au mois d’août; les femelles, cc au contraire, muent au mois de mai , et elles touchent au bois au mois cc d’octobre ; elles ont donc leur bois tout refait au bout de cinq mois, au cc lieu que les mâles y emploient huit mois : aussi les mâles, passé cinq ans, cc ont des bois d’une longueur prodigieuse ; les surandouillers ont des emcc paumures larges, ainsi que le haut des perches, mais il est moins gros et cc plus cassant que celui du cerf ou du daim. C’est peut-être aussi pour le cc garantir d’autant plus lorsqu’il est encore tendre, que la nature l’a recoucc vert d’une peau beaucoup plus grosse que celle du refait du cerf ; car le cc refait du renne est beaucoup plus gros que celui du cerf, et cependant , cc lorsqu’il a touché au bois, les perches en sont bien plus minces. Le renne cc ne peut guère blesser des andouillers comme le cerf, mais il frappe des cc empaumures du haut en bas, ce que Gaston Phœbus a déjà très-bien cc observé dans la description qu’il donne du rangier, page 97 de la Vénerie cc de du Fouilloux... Tous ceux qui ont donné l’histoire du renne prétendent cc que le lait qu’on tire des femelles ne donne pas de beurre : cela dépend, cc je crois, ou de la nourriture, ou de la manière de traiter le lait. Je fis

5iS ADDITIONS.

« traire à Schwetz les rennes, et je trouvai le lait excellent, ayant un goût « de noix ; j’en pris avec moi dans une bouteille pour en donner à goûter « chez moi, et fus très-surpris de voir, à mon arrivée, que le cahotement « de ma voiture, pendant trois heures de chemin qu’il faut faire pour venir « de Sehwetz à mon ehàteau, avait changé ce lait en beurre; il était blanc « comme celui de brebis, et d’un goût admirable. Je crois donc, fondé sur « cette expérience , pouvoir assurer que le lait de renne donne de très-bon « beurre s’il est battu d’abord après avoir été tiré , car ce n’est que de la « erème toute pure. En Suède, on prétend que le lait de renne a un goût « ranee et désagréable; ici j’ai éprouvé le contraire : mais, en Suède, la « pâture est très-inférieure à celle d’Allemagne ; ici, les rennes paissent « sur des prairies de trèfle, et on les nourrit d’orge, car l’avoine, ils l’ont « constamment refusée ; ce n’est que rarement qu’on leur donne du lichen « rangiferinus, qui croît ici en petite quantité dans nos bois, et ils le mante gent avidement. J’ai remarqué que le eraquement que les rennes font « entendre en marchant n’est formé que par les pinees des sabots , qui se « choquent, et par les ergots , qui frappent contre les sabots*. On peut s’en « convaincre aisément en mettant un linge entre les pinces des sabots, et « en enveloppant les ergots de même; alors tout craquement cesse. Je crus, « comme tout le monde, que ce craquement se formait entre le boulet et « le genou, quoique cela ne me parût guère possible; mais un cerf appri- « voisé que j’ai dans mon parc me fit entendre un craquement pareil, « quoique plus sourd, lorsqu’il me suivait sur la pelouse ou sur le gravier, « et je vis très-distinetement , en l’observant de près, que c’était les pinces « des sabots qui en elaquant l’une eontre l’autre formaient ce craquement. « En réitérant cette observation sur les rennes, je me suis convaineu qu’il « en est tout de même avec eux. Je remarque aussi que, sans mareher, ils « font entendre le même craquement lorsqu’on leur cause quelque surprise « ou quelque crainte en les touchant subitement; mais cela provient de ce « qu’en se tenant debout, ils ont toujours les sabots éloignés et distincte- « ment séparés ; et que dès qu’ils s’elfraient ou qu’ils lèvent le pied pour « marcher, ilsjoignentsubitement les pinees du sabot et craquent. Au reste , « c’est un événement très-remarquable pour un naturaliste, que ces rennes « se conservent et se multiplient dans un pays où la température du climat « est bien plus douce que dans leur patrie , dans un pays où les neiges ne « sont pas fréquentes et les hivers bien moins rudes, tandis qu’on a déjà « tenté inutilement, depuis le xvE sièele, de les naturaliser en Allemagne, « quoique alors le elimat fût bien plus rude et les hivers plus rigoureux. « Le roi Frédéric P" de Prusse en reçut de la Suède qui moururent quel- « ques mois après leur arrivée, et cependant dans ce temps-là il y avait

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