‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 316 sur 392 · Voyez la note de la page 331 du lll® volume · texte numérisé non relu

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DU RENNE, 549

« dans la Poméranie et dans la Marche, ainsi qu’aux environs de Derlin, « beaucoup plus de marais et bien plus de bois, et il y faisait par celle « raison beaucoup plus froid qu’à présent. Il y a présentement cinq ans « que ces rennes subsistent et se multiplient à Scbwetz; et étant voisin de « cette petite ville, et S, A. R. me permettant de venir souvent chez elle, « j’ai eu de fréquentes occasions de les voir et de les observer, et tout ce « que j’ai eu l'honneur de vous dire au sujet de ces rennes est le fruit de « ces observations fréquemment réitérées, »

DU RENNE [suite).

Extrait d’une lettre de M. le chevalier de Buffon à M, le comte de Buffon,

Lille, 30 mai 178S,

« Il vient d’arriver ici trois rennes, dont un mâle âgé de six ans, une fe- « melle âgée de trois ans, et une petite femelle âgée d’un an. L’homme qui « les conduit et qui les montre pour de l’argent assure qu’il les a achetés « dans une peuplade de Lapons, nommée en suédois Deger Forlh Capel, « dans la province de Wertu-bollo , à quatre-vingt-dix milles (deux cent « soixante-dix lieues de France) de Stockholm et huit milles (vingt-quatre « lieues) d’Uma 5 il les a débarqués à Lubeck au mois de novembre de l’année « dernière. Ces trois jolis animaux sont très-familiers; le jeune surtout joue « comme un chien avec ceux qui le caressent; ils sont gras, fort gais et se « portent très-bien,

« J’ai comparé, le livre à la main, ces rennes à la description que vous « en faites; elle est parfaite sur tous les points. Le mâle a un bois couvert « de duvet, comme le refait du cerf; ce bois est très-chaud au toucher; « chaque branche a dix-sept pouces de longueur depuis la naissance jusqu’à « l’extrémité, où l’on commence à reconnaître deux andouillers qui se force ment à tête ronde, et non pointue comme ceux du cerf. Ces deux brancc ches se séparent de manière que leur courbure est en avant; elles sont c( uniformes et de la plus belle venue; les deux andouillers qui sont près « de la tête croissent en avant en se rapprochant du nez de l’animal , «deviennent plats et larges avec six petits andouillers, le tout imitant « la forme d’une main qui aurait six doigts écartés, le reste du boisprodui- « sant beaucoup de rameaux qui croissent presque tous en avant, autant c( que j’ai pu en juger par un dessin très-mal fait que le maître de ces « rennes m’a présenté du dernier bois d’un renne qu’il a vendu en Alle- (( magne. Ce bois avait quatre pieds de hauteur et pesait vingt-sept livres. « L’extrémité de chaque branche se termine par de larges palettes qui « portent de petits andouillers, comme celles qui sont près de la tête. La « régularité du jeune bois que j’ai vu et sa belle venue annoncent qu’il « sera superbe.

SoO

ADDITIONS

« Ils mangent du foin, dont ils choisissent les brins qui portent la graine; « la chicorée sauvage, les fruits et le pain de seigle sont la nourriture qu’ils « préfèrent à toute autre. Quand ils veulent boire, ils mettent un pied dans <( le seau et cherchent à troubler l’eau en la battant ; ils ont tous trois le « même usage et laissent presque toujours leur pied dans le seau en buvant.

« La femelle a deux proéminences qui annoncent la naissance du refait; « le petit en a de même; j’ai vu le bois de la femelle de l’année dernière, il « n’est pas plus grand qu’un bois de chevreuil ; il est tortueux, noueux, et « chaque branche est d’une forme très-irrégulière.

« J’y ai reconnu tous les caractères que vous désignez, le craquement des « pieds lorsqu’ils marchent et surtout après le repos, le poil long et blan- « châtre sous le cou, leur forme qui tient de celle du bœuf et du cerf, la « tête semblable à celle du bœuf, ainsi que les yeux, la queue très-courte « et semblable à celle du cerf, le derrière de la croupe blanchâtre comme « sur le cerf : ce renne n’a dans ses mouvements ni la pesanteur du bœuf, (( ni la légèreté du cerf, mais il a la vivacité de ce dernier, tempérée par sa a forme, qui n’est pas aussi svelte. Je les ai vus ruminant; ils se mettent à « genoux pour se coucher, ils ont horreur des chiens, ils les fuient avec :< frayeur ou cherchent à les frapper avec les pieds de devant; leur poil est « d’un brun fauve; ce fauve se dégrade jusqu’au blanchâtre sous le ventre, « aux deux côtés du cou et derrière la croupe.

« On remarque au-dessous de l’angle intérieur de chaque œil une ouverte ture longitudinale où il serait aisé de faire entrer un gros tuyau de plume; « c’est sans doute le larmier de ces animaux.

« Les deux éperons qu’ils ont à chaque jambe en arrière sont gros et X assez longs pour que la corne pointue dont ils sont armés pose à terre « lorsque l’animal marche; les éperons s’écartent dans cette position, et « l’animal marque toujours quatre pointes en marchant, dont les deux de « derrière entrent de quatre à cinq lignes dans le sable. Cette conformation « doit leur être fort utile pour se cramponner dans la neige.

« Le mâle a cinq pieds six pouces de longueur depuis le bout du museau « jusqu’à la naissance de la queue, et trois pieds quatre pouces de hauteur « depuis la sole jusqu’au garrot.

« La femelle, quatre pieds six pouces de longueur et trois pieds de « hauteur.

« Le petit, quatre pieds un pouce de longueur et deux pieds sept pouces « de hauteur; il croît à vue d’œil.

« Ils ont huit petites dents incisives du plus bel émail et rangées à mer- (< veille à l’extrémité antérieure de la mâchoire inférieure, cinq -molaires *

1 . Cinç molaires. C’est qu’ils n’avaient pas encore leur dentition complète. Le renne adulte a six molaires partout.

DU RENNE

« de chaque côté au fond de la bouche ; il y a un espace de quatre doigts « entre les molaires et les incisives de chaque côté, dans lequel espace il « n’y a point de dents. La mâchoire supérieure a de même et seulement « cinq molaires de chaque côté au fond de la bouche, mais elle n’a aucune « incisive.

« Le temps du rut est le même que celui du cerf; la femelle a été cou- « verte au mois de novembre de l’année dernière, à quatre lieues d’Upsal.

« En voilà bien long et peut-être beaucoup trop sur des animaux que « vous connaissez mieux que moi sans les avoir vus; mais comme il n’en a « point paru jusqu’ici de vivants en France, j’ai pensé que mes observa- « tions pourraient vous être agréables, etc. »

DE l’élan. *

Nous avons fait représenter* un élan mâle que l’on a vu vivant à la foire Saint-Germain en 1784 ; il n’avait pas encore trois ans. Les dagues de son bois n’avaient que deux pouces, les dernières étaient tombées dans le commencement de janvier de la même année; et comme il m’a paru nécessaire de donner une idée de ce même bois lorsque l’animal est adulte, j’ai fait dessiner sa tête, surmontée des bois figurés dans la planche vm du volume XIP. Ce jeune animal avait été pris à cinquante lieues au delà de Moscou ; et au rapport de son conducteur sa mère était une ou deux fois plus grande qu’il ne l’était à cet âge de trois ans. Il était déjà plus grand qu’un cerf, et beaucoup plus haut monté sur ses jambes ; mais il n’a point la forme élégante du cerf, ni la position noble et élevée de sa tête. Il semble que ce qui oblige l’élan à porter la tête basse , c’est qu’indépendamment de la pesanteur de son large bois, il a le cou fort court. Dans le cerf, le train de derrière est plus haut que celui de devant; dans l’élan, au contraire, le train de devant est le plus élevé, et ce qui paraît encore augmenter la hauteur du devant de son corps, c’est une grosse partie charnue qu’il a sur le dos , au-dessus des épaules , et qui est couverte de poils noirs.

Les jambes sont longues et d’une forme légère , les boulets larges, surtout ceux de derrière ; les pieds sont très-forts, et les sabots, qui sont noirs, se touchent par leur extrémité, qui est menue et arrondie. Les deux ergots des pieds de devant ont deux pouces neuf lignes de longueur ; ils sont longs, droits et plats, et ne se touchent point, mais leur extrémité touche

* Voyez la nomenclature de la page 319 du III® volume.

1. Planche lxxx du VII<> volume des Suppléments de l’édition in-4® de l’Imprimerie royale.

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