‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 318 sur 392 · DE L’ÉLAN · texte numérisé non relu

DE L’ÉLAN

d’Amérique qui pèsent jusqu’à trois et quatre cents livres Tous ces récits peuvent être exagérés, ou n’être fondés que sur les rapports infidèles des sauvages, qui prétendent qu’il existe à sept ou huit cents milles, au sudouest du fort d’York, une espèce d’élan beaucoup plus grande que l’espèce ordinaire, et qu’ils appellent ivaskesser ; mais ce qui cependant pourrait faire présumer que ces récits ne sont pas absolument faux, c’est qu’on a trouvé en Irlande une grande quantité d’énormes bois fossiles ^ que l’on a attribués aux grands élans de l’Amérique septentrionale dont Josselyn a parlé*, parce qu’aucun autre animal connu ne peut être supposé avoir porté des bois aussi grands et aussi pesants. Ces bois diffèrent de ceux des élans d’Europe, ou des élans ordinaires d’Amérique, en ce que les perches sont en proportion plus longues; elles sont garnies d’andouillers plus larges et plus gros, surtout dans les parties supérieures. Un de ces bois fossiles, composé de deux perches, avait cinq pieds cinq pouces de longueur depuis son insertion dans le crâne, jusqu’à la pointe ; les andouillers avaient onze pouces de longueur, l’empaumure dix-huit pouces de largeur, et la distance entre les deux extrémités était de sept pieds neuf pouces; mais cet énorme bois était cependant très-petit en comparaison des autres, qui ont été trouvés également en Irlande. M. Wright a donné la figure d’un de ces bois, qui avait huit pieds de long, et dont les deux extrémités étaient distantes de quatorze pieds. Ces très -grands bois fossiles ont peut-être appartenu à une espèce qui ne subsiste plus depuis longtemps ni dans l’ancien ni dans le Nouveau-Monde^; mais s’il existe encore des individus semblables à ceux qui portaient ces énormes bois, l’on peut croire que ce sont les élans que les Indiens ont nommés loaskesser ; et dès lors les récits de M. Dudley, de Josselyn et de la Hontan seraient entièrement confirmés.

DU CERF

On sait que dans plusieurs animaux, tels que les chats, les chouettes, etc., la pupille de l’œil se rétrécrit au grand jour et se dilate dans l’obscurité; mais on ne l’avait pas remarqué sur les yeux du cerf. J’ai reçu de M. Bec-

a. Voy. N. America, i, 57.

b. Josselyn’s Voy. New Engl. , 88.

1. Buffon avait rapporté d’abord ces énormes bois fossiles au renne; il les attribue ici à l'élan. Us n’appartiennent nia l’élan ni au renne : ce sont les bois du cerf gigantesque. (Voyez la note de la page 535. )

2. C’est précisément là ce qui est. On voit, par la manière naturelle et simple dont Buffon amène ici l’idée des espèces perdues , combien cette grande idée avait déjà pris d’empire dans les esprits au moment où il cessa d’écrire. Ces deux articles sur l’élan sont tirés du VID volume de ses Suppléments , publié un an après sa mort.

* Voyez la nomenclature de la page 509 du II® voltune.

ADDITIONS

caria, savant physicien et célèbre professeur à Pise, la lettre suivante, datée de Turin le 28 octobre 1767, dont voici la traduction par extrait :

c( Je présentais du pain, dit M. Beccaria, à un cerf enfermé dans un c( endroit obscur pour l’attirer vers la fenêtre, et pour admirer à loisir la « forme rectangulaire et transversale de ses pupilles, qui, dans la lumière « vive, n’avaient au plus qu’une demi-ligne de largeur, sur environ quinze « lignes de longueur. Dans un jour plus faible elles s’élargissaient de plus « d’une ligne et demie, mais en conservant leur figure rectangulaire; et « dans le passage des ténèbres elles s’élargissaient d’environ quatre lignes , « toujours transversalement ‘ , c’est-à-dire horizontalement, en conservant la « même forme rectangulaire. L’on peut aisément s’assurer de ces faits en « mettant la main sur l’œil d’un cerf; au moment qu’on découvrira cet œil, tt on verra la pupille s’élargir de plus de quatre lignes. »

Celle observation fait penser, avec raison, à M. Beccaria, que les autres animaux du genre des cerfs ont la même faculté de dilater et de contracter leurs pupilles; mais ce qu’il y a de plus remarquable ici c’est que la pupille des chats, des chouettes, et de plusieurs autres animaux, se dilate et se contracte verticalement , au lieu que la pupille du cerf se contracte et se dilate horizontalement.

Je dois encore ajouter à l’histoire du cerf un fait qui m’a été communiqué par M. le marquis d’Amezaga, qui joint à beaucoup de connaissances une grande expérience de la chasse.

« Les cerfs, dit-il, mettent leur tête bas au mois de mars, plus tôt ou plus « tard, selon leur âge. A la lin de juin les gros cerfs ont leur tête allongée « et elle commence à leur démanger. C’est aussi dans ce même temps qu’ils « commencent à toucher au bois pour se défaire de la peau veloutée qui entoure le merrain et les andouillers. Au commencement d’août leur tête « commence à prendre la consistance qu’elle doit avoir pour le reste de ce l’année. Le 17 octobre l’équipage de S. A. S. M°'’ le prince de Coudé « attaqua un cerf de dix cors jeunenient; c’est dans cette saison que les « cerfs tiennent leur rut, et par conséquent ils sont alors bien moins vigou- « reux, et ce fut avec grand étonnement que nous vîmes ce cerf aller grand « train et nous conduire à près de six lieues de son lancé.

« Ce cerf pris, nous trouvâmes sa tête blanche et sanguinolente, comme « elle aurait dû l’être dans le temps que les cerfs ordinaires touchent au « bois; cette tête était couverte de lambeaux de la peau veloutée qui se « détache de la ramure. Il avait andouillers sur andouillers et chevillures, « avec deux perches sans empaumures. Tous les chasseurs qui arrivèrent « à la mort de ce cerf furent fort étonnés de ce phénomène; mais ils le « furent bien davantage lorsqu’on voulut lui lever les daintiers; on n’en

1. « La pupille des cerfs est allongée horizontalement.... » (Fréd. Cuvier.)

DU CERF

5bo

« trouva point dans le scrotum, mais après avoir ouvert le corps, on trouva « en dedans deux petits daintiers gros comme des noisettes , et nous vîmes « clairement qu’il n’avait point donné au rut comme les autres, et nous « estimâmes que même il n’y avait jamais donné. On sait que pendant les « mois de juin, juillet et août, les cerfs sont prodigieusement chargés de « suif, et qu’au 15 septembre ils pissent ce suif, en sorte qu’il ne leur reste « que de la chair ; celui dont je parle avait conservé tout son suif, par la « raison qu’il n’était point en état de ruter. Ce cerf avait un autre défaut « que nous observâmes en lui levant les pieds; il lui manquait dans le pied « droit l’os du dedans du pied, et cet os qui se trouvait dans le pied gauche « était long d’un demi-pouce, pointu et gros comme un cure-dent.

« Il est notoire qu’un cerf que l’on coupe quand il n’a pas sa tête, elle ne « repousse plus ; on sait aussi que lorsque l’on coupe un cerf qui a sa tête « dans sa perfection il la conserve toujours. Or il paraît ici que les très- « petites parties de la génération de l’animal dont je viens de parler ont « suffi pour lui faire changer de tête, mais que la nature a toujours été « tardive dans ses opérations pour la conformation naturelle de cet animal, « car nous n’avons trouvé aucune trace d’accidents qui puisse faire croire (c que ce même ordre de la nature ait pu être dérangé; en sorte qu’on peut « dire, avec grande raison, que ce retardement ne vient que du peu de « facultés des parties de la génération dans cet animal, lesquelles étaient « néanmoins suffisantes pour produire la chute et la renaissance de la tête, « puisque les meules nous indiquaient qu’il avait eu sa tête de daguet, sa « seconde tête, sa troisième, la quatrième et dix cors jeunement au temps « où nous l’avons pris. »

Celte observation de M. le marquis d’Amezaga semble prouver encore mieux que toutes les observations qu’on avait faites précédemment, que la chute et le renouvellement de la tête des cerfs dépendent en totalité de la présence des daintiers ou testicules, et en partie de leur état plus ou moins complet; car ici les testicules étant, pour ainsi dire, imparfaits et beaucoup trop petits, la tête était par celte raison plus longtemps à se former, et tombait aussi beaucoup plus tard que dans les autres cerfs.

Nous avons donné une indication assez détaillée au sujet d’une race particulière de cerf, connu sous le nom de cerf noir ou cerf des Ardennes' ; mais nous ignorions que cette race eût des variétés. Feu M. Collinson m’a écrit que le roi d’Angleterre, Jacques I", avait fait venir plusieurs cerfs noirs ou du moins très-bruns de différents pays, mais surtout du Holstein, de Danemark et de Norwége, et il m’observe en même temps que ces cerfs sont différents de celui que j’ai décrit dans mon ouvrage.

« Ils ont, dit-il, des empaumures larges et aplaties à leurs bois comme

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