Voyez volume II , p
DU CERF
« lion sans avoir recours à la castration. Ce cas est arrivé, Monsieur, et je « puis vous dire que votre supposition a été pleinement vérifiée. Un cerf fut « tué de nuit au clair de la lune, dans un jardin, au mois de janvier. Le « chasseur qui lui avait porté le coup le prit pour une vieille biche, et fut « très-surpris, en l’approchant, de le reconnaître pour un vieux cerf, mais « qui n’avait pas de bois : il examina d’abord les daintiers, qui étaient en « bon état; mais en approchant de la tête, il vit que la mâchoire inférieure « avait été emportée en partie par un coup de fusil longtemps auparavant. « La blessure en était guérie, mais la difficulté qu’avait eue le cerf de prendre « sa nourriture l’avait privé de toute surabondance, et avait absolument « retranché la production du bois. Ce cerf était d’une si grande maigreur « qu’il n’avait que la peau et les os, et, son bois une fois tombé, il ne lui « avait plus été possible d’en reproduire un autre; les couronnes étaient « absolument sans refaits, et simplement recouvertes d’une peau veloutée,. « comme elles le sont les premiers jours que le cerf a mis bas. Ce fait, peut- « être unique, est très-rare; il est arrivé dans le voisinage de mes terres, « que j’habite, et pourrait être attesté juridiquement, si on le demandait. » Dans une lettre postérieure, M. le comte de Mellin me fait part de quelques expériences qu’il a faites en retranchant le bois des cerfs, ce qui les prive, comme la castration, de la puissance d’engendrer.
a Tl est clairement démontré que les daintiers et une surabondance de « nourriture sont la cause de l’accroissement du bois du cerf et de tous « les animaux qui portent du bois, et qu’ainsi le bois est Y effet, et les dain- « tiers et la surabondance la cause. Mais qui eût imaginé que dans le cerf « il y eût une réaction de l’effet à la cause, et que si l’on coupait le bois du « cerf d’abord après qu’il est refait, c’est-à-dire avant le rut, on détruirait « en lui, pour celte année, les moyens de se reproduire? et cependant il « n’y a rien de plus vrai. J’en ai été convaincu cette année par une obser- « vation très- remarquable. J’avais enfermé en 1782, dans un parc de « daims que j’ai à côté de mon château, un cerf et une biche, tous les « deux du même âge, et qui tous deux étaient parfaitement apprivoisés. « L’étendue du parc est assez considérable, et malgré les daims qui y sont, « l’abondance de nourriture y est si grande que le cerf, immédiatement « après la chute des dagues, refit un bois ( en 1782 ) de dix cors, portant (( cinq andouillers sur chaque perche. Cependant ce cerf devint dangereux « pour ceux qui se promenaient dans mon parc, et cela m’engagea à lui « faire scieries perches tout au-dessous du premier andouiller, d’abord « après qu’il eut touché au bois. En automne, ce cerf entra en rut, raya « fortement, couvrit la biche et se comporta comme un vieux cerf; mais la « biche ne conçut point. L’année suivante, en 1783, le cerf porta un bois « plus fort que le précédent , je le fis scier de même : ce cerf entra encore «en rut, mais ses accouplements ne furent pas prolifiques. La biche.
ADDITIONS
« qui n’avait jamais porté, n’était entrée dans le parc que lorsque le cerf « avait perdu ses premières dagues, le seul bois que je ne lui avais pas «fait couper. La troisième année, 1784, le cerf était plus grand et plus «fort que le plus vieux cerf de mes forêts, et portait un bois de six « andouillers sur chaque perche, que je fis encore scier; et quoiqu’il « entrât en rut, il ne produisit rien encore. Cela m’engagea à lui laisser « son bois l’année suivante, 1785, parce que l’état de vigueur dans lequel « lui et la biche se trouvèrent me fit douter que peut-être leur stérilité « pouvait provenir de ce que je lui avais fait toujours couper le bois, et « l’etTet m’assura que j’avais eu raison; car l’automne passé, je m’aperçus « que ta biche ne souffrit que peu de temps les approches du cerf. Elle « conçut, et j’en ai eu cette année, en 1786, un faon qui vit encore, et « qui est gros et vigoureux ; mais pour la biche, je l’ai perdue cette année « pendant le rut, le cerf lui ayant fait une blessure d’un coup d’andouiller, « dont elle est morte quelques semaines après. »
DU DAIM* UT DE l’aXIS.
M. le duc de Richemont avait dans son parc, en 1765, une grande quantité de cette espèce de daims, qu’on appelle vulgairement cerfs du Gange, et que j’ai nommés axis. M. Collinson m’a écrit qu’on lui avait assuré qu’ils engendraient avec les autres daims ’.
« Ils vivent volontiers avec eux, dit-il, et ne forment pas des troupes « séparées. Il y a plus de soixante ans que l’on a cette espèce en Angleterre; « elle y existe avant celle des daims noirs et des daims blancs, et même « avec celle du cerf, qui sont plus nouvelles dans l’île de la Grande-Bre- « tagne, et que je crois avoir été envoyées de France, car il n’y avait aupa- « ravant en Angleterre que le daim commun foUow-deer, et le chevreuil en « Écosse ; mais, indépendamment de cette première espèce de daims, il y « a maintenant le daim axis, le daim noir, le daim fauve et le daim blanc; « le mélange de toutes ces couleurs fait que dans les parcs il se trouve de « très-belles variétés". »
Il y avait, en 1764, à la ménagerie de Yersailles, deux daims chinois, Fun mâle et l’autre femelle; ils n’avaient que deux pieds trois ou quatre pouces de hauteur; le corps et la queue étaient d’un brun minime, le ventre et les jambes fauve clair, les jambes courtes, le bois large, étendu et garni d'andouillers : cette espèce, plus petite que celle des daims ordinaires et
a. Lettres de M. Collinson à M. de Buffon. Londres, 3 décembre 1764 et 21 novembre 1765.
* Voyez la nomenclature de la page 528 du H'" volume.
** N oyez la nomenclature de la page 285 du IH» volume.