‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 321 sur 392 · DU DAIM ET DE L’AXIS · texte numérisé non relu

DU DAIM ET DE L’AXIS

même que celle de l’axis , n’est peut-être néanmoins qu’une variété de celui-ci, quoiqu’il en diffère en ce qu’il n’a pas de taches blanches; mais on a observé qu’au lieu de ces taches blanches il avait en plusieurs endroits quelques grands poils fauves qui tranchaient visiblement sur le brun du corps; au reste, la femelle était de la même couleur que le mâle, et je présume que la race pourrait non-seulement se perpétuer en France, mais peut-être même se mêler avec celle de l’axis, d’autant que ces animaux sont également originaires de l’orient de l’Asie.

LE CEnF-COCIION. *

Nous avons vu à l’École vétérinaire une petite espèce de cerf qu’on nous a dit Avenir du cap de Bonne-Espérance, dont la robe était semée de taches blanchescomme celles de l’axis; on lui donnait le nom de cerf-cochon, parce qu’il n’a pas la même légèreté de corps et qu’il a les jambes plus grosses que les autres animaux de ce genre. Il n’avait que trois pieds quatre pouces et demi de long, depuis le bout du museau jusqu’à l’extrémité du corps, les jambes courtes, les pieds et les sabots fort petits; le pelage fauve semé de taches blanches, l’œil noir et bien ouvert, avec de grands poils noirs à la paupière supérieure, les naseaux noirs, une bande noirâtre des naseaux aux coins de la bouche; la tête couleur de ventre de biche mêlée de grisâtre, brune sur le chanfrein et à côté des yeux; les oreilles fort larges, garnies de poils blancs en dedans et d’un poil ras, gris mêlé de fauve en dehors. Le bois de ce cerf avait onze pouces sept lignes de long sur dix lignes de grosseur ; le dessus du dos était plus brun que le reste du corps ; la queue fauve dessus et blanche dessous, et les jambes étaient d’un brun noirâtre.

Il paraît que cet animal approche plus de l’espèce du cerf que de celle du daim. On en peut juger par la seule inspection do son bois.

LE CHEVREUIL DES INDES

Nous donnons ici la description d’un animal des Indes qui nous paraît être d’une espèce très-voisine de celle de nos chevreuils d’Europe, mais qui néanmoins en diffère par un caractère assez essentiel pour qu’on ne puisse pas le considérer comme ne formant qu’une simple variété dans l’espèce du chevreuil ; ce caractère consiste dans la structure des os supérieurs de la tête, sur lesquels sont appuyées les meules qui portent le bois de ce chevreuil. C’est encore au savant professeur M. Allamand que je dois la con-

* Cervits poixinus (Gmel.).

** Cervus Muntjac (Gmel. ).

ADDITIONS

naissance de cet animal, et je ne puis mieux faire que de rapporter ici la description qu’il en a publiée dans le nouveau supplément à mon ouvrage sur les animaux quadrupèdes.

« Nous avons vu, dans les articles précédents, que l’Afrique renferme «grand nombre d’animaux qui n’ont jamais été décrits; cela n’est pas « étonnant; l’intérieur de cette vaste partie du monde nous est presque en- « core entièrement inconnue. On a plus de raison d’être surpris que l’Asie, « habitée en général par des peuples plus policés et très-fréquentée par les « Européens, en fournisse souvent, dont aucun voyageur n’a parlé. Nous « en avons un exemple dans le joli animal dont je parle ici.

« Il a été envoyé de Bengale, en 1778, à feu M. Van Der Stel, commis- « saire de la ville d’Amsterdam ; il est arrivé chez lui en très-bon état et il « y a vécu pendant quelque temps ; ignorant le nom sous lequel il est « connu dans le pays dont il est originaire, je lui ai donné celui de chevreuil « parce qu’il lui ressemble par son bois et par toute sa figure, quoiqu’il soit « beaucoup plus petit. Celui de chevrotain aurait mieux répondu à sa taille, « mais ceux d’entre les chevrotains qui portent des cornes ’ les ont creuses « et non pas solides comme le sont celles de l’animal dont nous parlons, « qui par conséquent en diffère par un caractère essentiel; il a plus de traits « de ressemblance avec le cerf; mais il en est trop différent par la grandeur « pour qu’on puisse lui en donner le nom : à peine a-t-il deux pieds sept « pouces de longueur, et sa plus grande hauteur n’est que d’un pied et demi.

« Le poil court dont son corps est couvert est blanc depuis sa racine « jusqu’à la moitié de sa longueur; l’extrémité en est brune, ce qui fait un « pelage gris, où cependant le brun domine, principalement sur le dos et « moins sous le ventre ; l’intérieur des cuisses et le dessous du cou sont « blanchâtres; les sabots sont noirs et surmontés d’une petite tache blanche; « les ergots sont à peine visibles.

« Sa tète, comme celle de la plupart des animaux mâles à pieds fourchus, « est chargée de deux cornes qui offrent des singularités bien remarquables; « elles ont une origine commune à la distance de deux pouces du bout du « museau ; là elles commencent à s’écarter l’une de l’autre en faisant un « angle d’environ quarante degrés sous la peau qu’elles soulèvent d’une « manière très-sensible; ensuite elles montent en ligne droite le long des « bords de la tête, toujours recouvertes de la peau, mais de façon que l’œil « peut les suivre avec autant de facilité que l’attouchement les fait décou- « vrir, car elles forment sur les os, auxquels elles sont appliquées, une « ai'èle d’un travers de doigt d’élévation; parvenues au haut de la tête, « elles prennent une autre direction : elles s’élèvent perpendiculairement « au-dessus de l’os frontal, jusqu’à la hauteur de trois pouces, sans que la

I. Nvl chevrotain ae porte des cornes. Le prétendu chevrotain à cornes est une antilope: c’est le gucvei. (Voyez la note 3 de la page 385 du 111® volume.)

LE CHEVREUIL DES INDES

« peau, qui les environne là de tous côtés, les ait quittées; à ce degré d’élé- « vaüon elles sont surmontées parce qu’on nomme les meules et leurs pier- « riires dans les cerfs; elles couronnent la peau qui reste en dessous; du « milieu de ces meules les cornes continuent à monter, mais inégalement; « la corne gauche s’élève jusqu’à la hauteur de trois pouces, et elle est « reconrhée à son extrémité qui se termine en pointe; elle pousse presque « immédiatement au-dessus de la meule, un andouiller, dirigé en avant, « de la longueur d’un demi-pouce; la corne droite n’a que deux pouces et « demi de longueur, et il en sort un andouiller plus petit encore que celui « de la gauche et dirigé en arrière. La figure qui a été faite d’après l’animal « vivant représente bien tout ce que je viens de dire; ces cornes sont sans « écorces, lisses et d’un blanc tirant un peu sur le jaune; elles sont sans « péri lires, et par conséquent sans gouttières.

« Cet animal n’a pas vécu fort longtemps dans ce pays, et rien n’a indice que son âge ; ainsi j’ignore s’il aurait mis bas sa tête, comme les che- « vreuils, ou si celle qu’il avait était naissante, et serait devenue plus grande « et plus chargée d’andouillers.

« Si l’on regarde comme une portion du bois cette partie qui a son ori- « gine près du museau, qui s’étend sous la peau de la face, et qui en reste « couverte jusqu’à la meule, on ne peut pas douter que ce bois ne soit perce manent; et dans ce cas cet animal offrira, de même que la girafe, une cc anomalie très-remarquable dans la classe des animaux qui ont du bois ou cc des cornes solides.

cc Mais on sait que le bois des cerfs, des daims et des chevreuils pose sur cc deux éminences de l’os frontal. Dans notre chevreuil indien, ces émicc nences sont des tubérosités beaucoup plus élevées, dont les prolongecc ments s’étendent entre les yeux jusqu’au museau, en s’appliquant fortecc ment aux os du nez, si même ils ne font pas corps avec eux; car quelque ce effort que j’aie fait pour insinuer à travers la peau une pointe entre deux, cc il m’a été impossible d’y réussir. Comme la dépouille de cet animal ne « m’appartient pas, je regrette de n’avoir pas la permission d’enlever la peau cc qui couvre ces os, pour savoir au juste ce qui en est; quoi qu’il en soit, cc il peut mettre bas sa tête avec autant de facilité que le cerf, puisque posée cc sur le haut de ces éminences, les meules ne sont pas plus fortement adhécc rentes à ce point d’appui que dans les autres animaux qui perdent leur cc bois chaque année; ainsi je suis très-porté à croire qu’il le perd aussi : cc mais ce qu’il y a ici de certain, c’est que cette singulière conformation |CC en forme une espèce particulière dans la classe des ruminants, et non 'ce pas une simple variété, tel qu’est le cuguacu-apara du Brésil, qui est à cc peu près de la même grandeur.

cc Au milieu du front, entre les deux prolongements des tubérosités dont cc je viens de parler, il y a une peau molle, plissée et élastique, dans les

ADDITIONS

« plis de laquelle on remarque une substance glanduleuse d’où il suinte « une matière qui a de l’odeur.

« Il a huit dents incisives dans la mâchoire inférieure, et six dents molaires « à chaque côté des deux mâchoires; il a de plus deux crochets dans la « mâchoire supérieure, comme le cerf, qui ne se trouvent point dans le che- « vreuil d’Europe ; ces crochets se projettent tant soit peu en dehors, et ils « font une légère impression sur la lèvre inférieure

« II a de beaux yeux bien fendus ; au-dessous sont deux larmiers très- « remarquables par leur grandeur et leur profondeur, comme ceux du « cerf; ces larmiers, qui manquent au chevreuil avec les deux dents en « crochets, m’ont fait dire ci-dessus qu’il avait plus de traits de ressem- « blance avec le cerf qu’avec ce dernier animal.

c( Il a la langue fort longue ; il s’en servait non-seulement à nettoyer « ses larmiers, mais encore ses yeux, et quelquefois même il la poussait « au delà.

« Ses oreilles ont trois pouces en longueur; elles sont placées à un demi- « pouce de distance de la partie inférieure des éminences qui soutiennent « le bois ; sa queue est fort courte, mais assez large : elle est blanche en « dessous.

« La figure de cet animal avait la même grâce et la même élégance que « celle de notre chevreuil ordinaire, il paraissait même être plus leste et « plus éveillé; il n’aimait pas à être touché de ceux qu’il ne connaissait « point, il prenait cependant ce qu’ils lui présentaient; il mangeait du pain, « des carottes et toutes sortes d’herbes ; il était dans un parc, où il entra « en chaleur dans les mois de mars et d’avril; il y avait avec lui une « femelle d’axis qu’il tourmentait beucoup pour la couvrir, mais il était « trop petit pour y réussir. Il mourut pendant l’hiver 1779.

« Yoici ses dimensions ;

Pieds. Pouces. Lignes.

Longueur du corps, depuis le bout du museau jusqu’à l’origine de la queue. 2 7 «

Hauteur du train de devant 1 4 »

Hauteur du train de derrière 1 6 »

Longueur de la tète , depuis le bout du museau jusqu’aux oreilles » 7 »

Distance entre le bout du museau et l’extrémité des prolongements des éminences de l’os frontal qui soutiennent le bois » 2 »

Longueur de ces prolongements jusqu’à l’endroit où ils s’élèvent au-dessus

de la tête » 5 »

Longueur des éminences de l’os frontal qui sont recouvertes de la peau, et

terminées par les meules t » 3 »

Longueur de la corne gauche , depuis la meule jusqu’à son extrémité en

ligne droite » 3 »

Longueur de son andoailler » » 6

1. « Pennant dit positivement que le muntjac a des canines semblables à celles du musc, « il ajoute que ce cerf se trouve à Java et à Ceylan; qu’il vit en famille, et qu’on y estime sa « chair. Les Malais le nomment kidang , et les Javanais muntiak. » (Fréd. Cuvier).

LE CHEVREUIL DES INDES

Pieds. Pouces. Lignes.

Longueur de la corne droite, depuis sa meule jusqu’à son extrémité » 2 6

Longueur de son andouiller » » 4

Distance entre les cornes, mesurée sur l’os frontal » 2 1

Circonférence des cornes au-dessous de la meule » 2 »

Longueur des oreilles » 3 »

Longueur des yemc d’un angle à l’autr.' » 1 »

Largeur des oreilles » 2 »

Ouverture des yeu.x » » 9

Circonférence du museau derrière les naseaux » 4 »

Circonférence de la tête entre les cornes et les oreilles » il »

Circonférence du milieu du cou 1 » »

Circonférence du corps, demère les jambes de devant 19»

Circonférence du milieu du corps 1 10 »

Circonférence du corps devant les jambes de derrière 1 9 »

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