Voyez la note 3 de la page
ADDITIONS
(( produise; il a vingt-cinq pieds de longueur du bout de la tête à la queue. « On lui a donné le nom de chameau-léopard, parce qu’il a quelque res- « semblance au chameau par la forme de sa tête, par la longueur de son « cou, etc., et que sa robe ressemble à celle des léopards, par les taches « dispersées aussi régulièrement; on en trouve à quatre-vingts lieues du « cap de Bonne-Espérance, et encore plus communément à une profon- « deur plus grande. Cet animal a les dents comme les cerfs; ses deux cornes « sont longues d’un pied, elles sont droites et grosses comme le bras, gar- « nies de poil, et comme coupées à leurs extrémités. Le cou fait au moins « la moitié de la longueur du corps, qui, pour la forme, ressemble assez à « celui du cheval. La queue serait aussi assez semblable, mais elle est moins « garnie de poil que celle du cheval. Les jambes ressemblent assez à celles « d’un cerf; les pieds sont garnis de sabots très-noirs, obtus et écartés. « Quand l’animal saute, il lève ensemble les deux pieds de devant, et en- « suite les deux de derrière, comme un cheval qui aurait les deux jambes « de devant attachées ; il court mal et de mauvaise grâce : on peut très-aisé- « ment l’attraper à la course. Il porte toujours la tête très-haute et ne se « nourrit que des feuilles des arbres, ne pouvant paître l’herbe à terre, à « cause de sa trop grande hauteur. Il est même forcé de se mettre à genoux « pour boire. Les femelles sont en général d’un fauve plus clair, et les « mâles d’un fauve brun. Il y en a aussi de presque blancs, les taches sont « brunes ou noires. Yoici les dimensions d’un de ces animaux, dont les « peaux ont été envoyées en Europe.
Pieds. Pouces. Lignes.
Longueur de la tête 1 8 »
Hauteur du lûed de devant jusqu’au garrot 10 » »
Hauteur du garrot au-dessus de la tète 7 » »
Longueur depuis le garrot jusqu’aux reins 5 6»
Longueur depuis les reins jusqu’à la queue 1 6 »
Hauteur depuis les pieds de derrière jusqu’aux reins 8 5 »
J’avais livré cet article sur la girafe à l’impression, lorsque j’ai reçu, le 23 juillet 1775, la belle édition que M. Schneider a faite de mon ouvrage, et dans laquelle j’ai vu , pour la première fois, les excellentes additions que M. Allamand y a jointes; je ne puis donc mieux faire aujourd’hui que de copier en entier ce que MM. Schneider et Allamand disent, au sujet de cet animal, tome XllI , page 17 de V Histoire naturelle, édition de Hollande :
« M. de Buffon blâme, avec raison, nos nomenclateurs modernes, de ce « qu’en parlant de la girafe ils ne nous disent rien de la nature de ses « cornes, qui seules peuvent fournir le caractère propre à déterminer le « genre auquel elle appartient, et de ce qu’ils se sont amusés à nous en « faire une description sèche et minutieuse, sans y joindre aucune figure. c( Nous allons remédier à ce double défaut.
DE LA GIRAFE
« M. Allamand, professeur d’histoire naturelle à l’université de Leyde, « a placé dans le Cabinet des curiosités d’histoire naturelle de l’Université « la peau bourrée d’une jeune girafe ; il a bien voulu nous en communi- « quer le dessin, que nous avons fait graver dans la planche i et il y a « joint la description suivante :
« M, Tulbagh, gouverneur du cap de Bonne-Espérance, qui a enrichi le « Cabinet de notre Académie de plusieurs curiosités naturelles très-rares, « m’a écrit, en m’envoyant la jeune girafe que nous avons ici, qu’elle avait « été tuée, par ses chasseurs, fort avant dans les terres, couchée auprès « de sa mère , qu’elle tétait encore. Par là il est constaté que la girafe n’est « pas particulière à l’Éthiopie, comme l’a cru Thévenot.
« Dès que je l’eus reçue, mon premier soin fut d’en examiner les cornes, « pour éclaircir le doute dans lequel est M. de Buffon sur leur substance. « Elles ne sont point creuses comme celles des bœufs et des chèvres, mais « solides comme le bois des cerfs, et d’une consistance presque semblable; « elles n’en diffèrent qu’en ce qu’elles sont minces, droites et simples, c’est- « à-dire, sans être divisées en branches ou andouillers; elles sont recou- « vertes dans toute leur longueur delà peau de l’animal, et jusqu’aux trois « quarts de leur hauteur cette peau est chargée de poils courts, sembla- « bles à ceux qui couvrent tout le corps; vers leur extrémité, ces poils « deviennent plus longs; ils s’élèvent environ trois pouces au-dessus du « bout mousse de la corne, et ils sont noirs : ainsi ils sont très-différents « du duvet qu’on voit sur le refait des cerfs.
« Ces cornes ne paraissent point être composées de ces poils réunis « comme celles du rhinocéros, aussi leur substance et leur texture est tout « autre. Quand on les scie, suivant leur longueur, on voit que, comme les « os, elles sont formées d’une lame dure qui en fait la surface extérieure, « et qui renferme au dedans un tissu spongieux ; au moins cela est-il ainsi « dans les cornes de ma jeune girafe ; peut-être que les cornes d’une girafe « adulte sont plus solides; c’est ce que M. de Buffon est actuellement en « état de déterminer : je lui ai envoyé une des cornes de ma girafe, avec « celle d’une autre plus âgée , qu’un de mes amis a reçue des Indes « orientales.
« Quoique ces cornes soient solides comme celles des cerfs , je doute « qu’elles tombent de même que ces dernières ; elles semblent être une « excroissance de l’os frontal, comme l’os qui sert de noyau aux cornes «. creuses des bœufs et des chèvres, et il n’est guère possible qu’elles s’en « détachent. Si mon doute est fondé, la girafe fera un genre particulier, « différent de ceux sous lesquels on comprend les animaux dont les cornes « tombent, et ceux qui ont des cornes creuses, mais permanentes.
a. Tome XIII de cet ouvrage, édition de Hollande, in-4®.
ADDITIONS
« Les girafes adultes ont au milieu du front un tubercule qui semble être « le commencement d’une troisième corne; ce tubercule ne paraît point « sur la tête de la nôtre, qui vraisemblablement était encore trop jeune.
« Tous les auteurs, tant anciens que modernes, qui ont décrit cet animal, « disent qu’il y a une si grande différence entre la longueur de ses jambes « que celles de devant sont une fois plus hautes que celles de derrière. « Il n’est pas possible qu’ils se soient trompés sur un caractère si marqué ; « mais j’ose assurer qu’à cet égard la girafe doit changer beaucoup en « grandissant, car dans la jeune que nous avons ici, la hauteur des jambes M postérieures égale celle des jambes antérieures : ce qui n’empêche pas « que le train de devant ne soit plus haut que celui de derrière, et cela à « cause de la différence qu’il y a dans la grosseur du corps; mais cette « différence n’approche pas de ce qu’on en dit.
« Le cou de la girafe est ce qui frappe le plus ceux qui la voient pour la « première fois : il n’y a aucun quadrupède qui l’ait aussi long, sans en (( excepter le chameau, qui d’ailleurs fait replier son cou en diverses façons, « ce qu’il ne paraît pas que la girafe puisse faire.
« Sa couleur est d’un blanc sale, parsemé de taches fauves, ou d’un «jaune pâle, fort près les unes des autres au cou, plus éloignées dans le « reste du corps, et d’une figure qui approche du parallélogramme ou du « rhombe.
« La queue est mince par rapport h la longueur et à la taille de l’animal; « son extrémité est garnie de poils ou plutôt de crins noirs, qui ont sept à « huit pouces de longueur.
« Une crinière composée de poils roussâtres de trois pouces de longueur, « et inclinée vers la partie postérieure du corps, s’étend depuis la tête tout « le long du cou jusqu’à la moitié du dos : là elle continue à la distance de « quelques pouces, mais les poils qui la forment sont penchés vers la tête, « et près de l’origine de la queue elle semble recommencer et s’étendre « jusqu’à son extrémité, mais les jtoils en sont fort courts et à peine les dis- « tingue-t-on de ceux qui couvrent le reste du corps.
« Ses paupières, tant les supérieures que les inférieures, sont garnies de « cils formés par une rangée de poils fort raides; on en voit de semblables, « mais clair-semés et plus longs autour de la bouche.
« Sa physionomie indique un animal doux et docile, et c'est là ce qu’en « disent ceux qui l’ont vue vivante.
« Cette description de la girafe, ajoutée à ce qu’en dit M. de Buffon, « d’après divers auteurs, suffit pour en donner des idées plus justes que « celles qu’on en a eues jusqu’à présent. »
On voit, par cette description, non-seulement la grande intelligence, mais la circonspection et la prudence que M. Allamand met dans les sujets qu’il traite; j’aurais fait <îopier sa planche pour accompagner sa description.
DE LA GIRAFE
mais comme j’en ai donné une autre, et que d’ailleurs sa girafe était fort jeune, j’ai cru que je devais m’en dispenser. Je ferai seulement une observation au sujet des cornes que le même M. Allamand a eu la bonté de m’envoyer; je doute beaucoup que la plus longue ait appartenu à une girafe, elle n’a nul rapport de proportion avec les autres, qui sont très-grosses relativement à leur longueur, tandis que celle-ci est menue, c’est-à-dire fort longue pour sa grosseur. Il est dit, dans la description anonyme rapportée ci-dessus, que les girafes adultes ont les cornes longues d’un pied et grosses comme le bras; si celle-ci, qui est longue d’un demi-pied, était en effet une corne de girafe, elle serait deux fois plus grosse qu’elle ne l’est : d’ailleurs cette prétendue corne de girafe m’a paru si semblable à la dague d’un daguet, c’est-à-dire au premier bois d’un jeune cerf, que je crois qu’on peut, sans se tromper, la regarder comme telle.
Mais je serais assez de l’avis de M. Allamand au sujet de la nature des cornes de girafe; le tubercule qui, dans cet animal, fait pour ainsi dire une troisième corne au milieu du chanfrein, ce tubercule, dis-je, est certainement osseux; les deux petites cornes sciées étaient adhérentes au crâne sans être appuyées sur des meules : elles doivent donc être regardées comme des prolongements osseux de cette partie. D’ailleurs le poil, ou plutôt le crin dont elles sont environnées et surmontées, ne ressemble en rien au velours du refait des cerfs ou des daims; ces crins paraissent être permanents, ainsi que la peau dont ils sortent, et dès lors la corne de la girafe ne sera qu’un os qui ne diffère de celui de la vache que par son enveloppe, celui-ci étant recouvert d’une substance cornée, ou corne creuse, et celui de la girafe couvert seulement de poil et de peau *.
DE LA GIRAFE [sUlte] .
Lorsque nous avons donné la première addition à l’article de cet animal, dont la hauteur surpasse celle de tous les autres animaux quadrupèdes, nous n’avions pu recueillir encore que des notions imparfaites, tant par rapport à sa conformation qu’à ses habitudes. Avec quelque soin que nous eussions comparé tout ce qui a été écrit au sujet de la girafe par les anciens naturalistes et les modernes, nous ignorions encore si elle portait sur la tête des bois ou des cornes, et quoique la figure que nous avons donnée de cet animal soit moins défectueuse qu’aucune de celles que l’on avait publiées avant nous, cependant nous avons reconnu qu’elle n’est point exacte à plusieurs égards. M. Gordon, observateur très-éclairé que nous avons cité plusieurs fois avec éloge, a fait un second voyage dans l’intérieur de
1. Comparaison tout à fait juste. — Voyez la note 2 de la page 523 du 1I« volume, et la note 1 de la page 427 du lll«.
ADDITIONS
l’Afrique méridionale; il a vu et pris plusieurs girafes, elles ayant examinées avec attention, il en a envoyé à M. Allamand un dessin, que j’ai fait copier et graver nous y joindrons plusieurs détails intéressants sur les habitudes et la conformation de cet animal, si remarquable par sa grandeur.
Les girafes se trouvent, dit-il, vers le 28® degré de latitude méridionale, dans les pays habités par des nègres, que les Hottentots appellent brinas, ou briquas. L’espèce ne paraît pas être répandue vers le sud au delà du 29® degré et ne s’étend à l’est qu’à cinq ou six degrés du méridien du Cap. Les Cafres qui habitent les côtes orientales de l’Afrique ne connaissent point les girafes; il paraît aussi qu’aucun voyageur n’en a vu sur les côtes occidentales de ce continent, dont elles habitent seulement l’intérieur. Elles sont confinées dans les limites que nous venons d’indiquer vers le sud, l’est et l’ouest, et du côté du nord on les retrouve jusqu’en Abyssinie, et même dans la Haute-Égypte.
Lorsque ces animaux sont debout et en repos, leur cou est dans une position verticale. Leur hauteur, depuis la terre jusqu’au-dessus de la tête, est dans les adultes de quinze à seize pieds. La girafe que j’ai fait représenter, et dont la dépouille est dans le Cabinet de M. Allamand, était haute de quinze pieds deux pouces; sa longueur était peu proportionnée à sa hauteur. Elle n’avait que cinq pieds cinq pouces de longueur de corps, mesurée en droite ligne depuis le devant de la poitrine jusqu’à l’anus. Le train de devant, mesuré depuis terre jusqu’au-dessus des épaules, avait neuf pieds onze pouces de hauteur; mais celui de derrière n’était haut que de huit pieds deux pouces.
On a cru qu’en général la grande différence de hauteur qui se trouve entre le derrière et le devant de la girafe provenait de l’inégalité de hauteur dans les jambes; mais M. Gordon a envoyé à M. Allamand tous les os d’une des jambes de devant et d’une des jambes de derrière; elles sont à peu près de la même longueur, en sorte que l’inégalité des deux trains ne peut être attribuée à cette cause, mais provient de la grandeur des omoplates et des apophyses épineuses des vertèbres du dos. L’os de l’omoplate a deux pieds de longueur et les premières apophyses épineuses sont longues de plus d’un pied, ce qui suffit pour que le train de devant soit plus élevé que celui de derrière d’environ un pied huit à neuf pouces, comme on peut le voir dans le squelette de cet animal que nous avons donné
La peau de la girafe est parsemée de taches rousses ou d’un fauve foncé sur un fond blanc. Ces taches sont très-près l’une de l’autre et de figure rhomboïdale ou ovale, et même ronde. La couleur de ces taches est moins
1. Volume VII des Suppléments, planche lxxxi. — Cette seconde figure vaut mieux que celle du volume III des Suppléments, et n’est pourtant point encore tout à fait exacte.