Volume VII des Suppléments , planche lxxxii
DE LA GIRAFE
foncée dans les femelles et dans les jeunes mâles que dans les adultes, et toutes, en général, deviennent plus brunes et même noires à mesure que l’animal vieillit. Pline a écrit que le caméléopard, qui est le même animal que la girafe, avait des taches blanches sur un fond roussâtre; et, en effet, lorsqu’on voit de loin une girafe elle paraît presque entièrement rousseparce que les taches sont beaucoup plus grandes que les espaces qu’elles laissent entre elles, de façon que ces intervalles semblent être des taches blanches semées sur un fond roussâtre. La forme de la tête de la girafe a quelque ressemblance avec celle de la tête d’une brebis ; sa longueur est de plus de deux pieds; le cerveau est très-petit; elle est couverte de poils parsemés de taches semblables à celles du corps, mais plus petites. La lèvre supérieure dépasse l’inférieure de plus de deux pouces; il y a huit dents incisives assez petites dans la mâchoire inférieure; et, comme dans tout autre animal ruminant, il ne s’en trouve point dans la mâchoire supérieure.
Joseph Barbare, cité par Aldrovande, a écrit que la girafe a une langue ronde, déliée, violette, longue de deux pieds, et qu’elle s’en sert comme d’une main pour cueillir les feuilles dont elle se nourrit; mais c’est une erreur ' , et M. Gordon a reconnu dans toutes les girafes qu’il a prises et disséquées, que la langue de ces animaux ressemble par la forme et la substance à la langue des gazelles; et il a reconnu aussi que leur structure intérieure est à peu près la même , et que la vésicule du fiel est fort petite.
Les yeux sont grands, bien fendus, brillants, et le regard en est doux. Leur plus long diamètre est de deux pouces neuf lignes, et les paupières sont garnies de poils longs et raides en forme de cils, et il n’y a point de larmier au bas des yeux.
La girafe porte au-dessus du front deux cornes un peu inclinées en arrière. Nous avions déjà pensé, d’après celle que M. Allamand nous avait envoyée, qu’elles ne tombaient point chaque année comme les bois des cerfs, mais qu’elles étaient permanentes comme celles des bœufs, des béliers, etc. Notre opinion a été entièrement confirmée par les observations de M. Allamand sur une tête décharnée qu’il a dans sa collection. Les cornes de la girafe sont une excroissance de l’os du front dont elles font partie, et sur lequel elles s’élèvent à la hauteur de sept pouces; leur circonférence à la base est de plus de neuf pouces; leur extrémité est terminée par une espèce de gros bouton. Elles sont recouvertes d’une peau garnie de poils noirs, et plus longs vers l’extrémité, où ils forment une sorte de pin, ceau qui manque cependant à plusieurs individus, vraisemblablement parce qu’ils les usent en se frottant contre les arbres. Ainsi les cornes de la girafe
1. Ce n’est pas une erreur; c’est une métaphore. La girafe se sert de sa langue, longue, ronde , déliée, violette, comme d’une main , pour cueillir les feuilles dont elle se nom’rit.
ADDITIONS
ne sont pas des bois, mais des cornes commes celles des bœufs, et elles n’en dilfèrent que par leur enveloppe, les cornes des bœufs étant renfermées dans une substance cornée, et celles de la girafe étant seulement recouvertes d’une peau garnie de poils.
Indépendamment de ces deux cornes, il y a au milieu du front un tubercule qu’on prendrait au premier coup d’œil pour une troisième corne, mais qui n’est qu’une excroissance spongieuse de l’os frontal, d’environ quatre pouces de diamètre sur deux pouces de hauteur. La peau qui le couvre est quelquefois calleuse et dégarnie de poils, à cause de l’habitude qu’ont ces animaux de frotter leur tête contre les arbres.
Les oreilles ont huit à neuf pouces de longueur; et l’on remarque entre les oreilles et les cornes deux protubérances composées de glandes qui forment un assez gros volume.
Le cou a six pieds de longueur, ce qui donne à chaque vertèbre une si grande épaisseur que le cou ne peut guère se fléchir. Il est à l’extérieur garni en dessus d’une crinière qui commence à la tête et qui se termine au-dessus des épaules dans les adultes, mais qui s’étend jusqu’au milieu du dos dans les jeunes girafes. Les poils qui la composent sont longs de trois pouces, et forment des touffes alternativement plus ou moins foncées.
La partie du dos qui est près des épaules est fort élevée ; il s’abaisse ensuite, il se relève et se rabaisse encore vers la queue, qui est très-mince et a deux pieds de longueur. Elle est couverte de poils très-courts, et son extrémité est garnie d’une touffe de poils noirs aplatis, très-forts et longs de deux pieds. Les nègres se servent de ces crins de girafe pour lier les anneaux de fer et de cuivre qu’ils portent en forme de bracelets.
Le ventre, élevé au-dessus de terre de cinq pieds sept pouces vers la poitrine, et seulement de cinq pieds vers les jambes de derrière, est couvert de poils blanchâtres. Les jambes sont tachetées, comme le reste du corps, jusqu’au canon, qui est sans tache et d’un blanc sale.
Les sabots sont beaucoup plus hauts par devant que par derrière, et ne sont point surmontés d’ergots comme dans les autres animaux à pieds fourchus.
D’après toutes les comparaisons que l’on a pu faire entre les mâles et les femelles, soit pour la forme, soit pour les couleurs, on n’y a pas trouvé de différence sensible; et il n’y en a qu’une qui est réelle, c’est celle de la grandeur, les femelles étant toujours plus petites que les mâles. Elles ont quatre mamelles, et cependant ne portent ordinairement qu’un petit, ce qui s’accorde avec ce que nous savons de tous les grands animaux, qui communément ne produisent qu’un seul petit à chaque portée.
Quoique le corps de ces animaux paraisse disproportionné dans plusieurs de leurs parties, ils frappent cependant les regards et attirent l’attention
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par leur beauté lorsqu’ils sont debout et qu’ils relèvent leur tête. La douceur de leurs yeux annonce celle de leur naturel. Ils n’attaquent jamais les autres animaux, ne donnent point de coups de tête, comme les béliers, et ce n’est que quand ils sont aux abois qu’ils se défendent avec les pieds, dont ils frappent alors la terre avec violence.
Le pas de la girafe est un amble; elle porte ensemble le pied de derrière et celui de devant du même côté, et dans sa démarche le corps parait toujours se balancer. Lorsqu’elle veut précipiter son mouvement elle ne trotte pas, mais galope en s’appuyant sur les pieds de derrière; et alors, pour maintenir l’équilibre, le cou se porte en arrière lorsqu’elle élève ses pieds de devant, et en avant lorsqu’elle les pose à terre ; mais en général les mouvements de cet animal ne sont pas très-vifs; cependant, comme ses jambes sont très-longues, qu’elle fait de très-grands pas, et qu’elle peut marcher de suite pendant très-longtemps, il est difficile de la suivre et de l’atteindre, même avec un bon cheval.
Ces animaux sont fort doux , et l’on peut croire qu’il est possible de les apprivoiser et de les rendre domestiques; néanmoins ils ne le sont nulle part, et dans leur état de liberté ils se nourrissent des feuilles et des fruits des arbres, que, par la conformation de leur corps et la longueur de leur cou, ils saisissent avec plus de facilité que l’herbe qui est sous leurs pieds, et à laquelle ils ne peuvent atteindre qu’en pliant les genoux.
Leur chair, surtout celle des jeunes, est assez bonne à manger, et leurs os sont remplis d’une moelle que les Hottentots trouvent exquise : aussi vont-ils souvent à la chasse des girafes, qu’ils tuent avec leurs flèches em.poisonnées. Le cuir de ces animaux est épais d’un demi-pouce. Les Africains s’en servent à différents usages; ils en font des vases où ils conservent de l’eau.
Les girafes habitent uniquement dans les plaines; elles vont en petites troupes de cinq ou six, et quelquefois de dix ou douze; cependant l’espèce n’est pas très-nombreuse. Quand elles se reposent, elles se couchent sur le ventre, ce qui leur donne des callosités au bas de la poitrine et aux jointures des jambes.