‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 346 sur 392 · Édition in-4“ de l’Imprimerie royale · texte numérisé non relu

Édition in-4“ de l’Imprimerie royale

3. Voyez cette ligure, volume VI des Suppléments de l’édition iu-4“ de l’Imprimerie royale, planche su.

ADDITIONS

« pouces; sa hauteur était de cinq pieds, mesurée depuis la partie du dos « qui est au-dessus des épaules et qui forme là une éminence assez remar- « quable; sa circonférence, derrière les jambes de devant, était de six pieds « sept pouces, et devant les jambes postérieures de cinq pieds neuf pouces; « mais il faut observer qu’il était assez maigre; s’il avait eu son embonpoint « ordinaire, il aurait pesé environ sept à huit cents livres; la couleur de son « corps était d’un fauve tirant sur le roux, et il était blanchâtre sous le « ventre; sa tête et son cou étaient d’un gris cendré; et quelques-uns de « ces animaux ont tout le corps de cette couleur ; tous ont au devant de la « tête des poils qui y forment une espèce de crinière.

« Jusqu’ici cette description s’accorde fort avec celle du coudous, et les « cornes du canna sont précisément semblables à celles que M. de Buffon a c( décrites ; ainsi on ne peut pas douter que le coudous de Pondichéry ne « soit notre canna; mais je suis surpris, avec M. de Buffon, qu’on lui ait « donné le nom de coudous, qui n’a jamais été employé par aucun voya- « geur dans les Indes; je soupçonne qu’il a été emprunté des Hollandais, « qui récrivent effectivement coedoe ou coesdoes, et qui le prononcent cou- « dous. Il le donnent à l’animal que M. de Buffon a nommé condoma, et « qui par sa grandeur approche un peu du canna. Ces cornes, qui se trou- « vent dans le Cabinet de M. Dupleix, n’auraient-elles point été apportées du « cap de Bonne-Espérance à Pondichéry ‘? celui qui en a écrit l’étiquette, en « suivant l’orthographe hollandaise , ne se serait mépris que sur le nom. « Ce qui autorise ce soupçon c’est le silence des voyageurs sur un animal « aussi remarquable par sa grandeur que le canna. S’il habitait un pays « autant fréquenté par les Européens que le sont les Indes, il est très-vrai- « semblable que quelques-uns en auraient parlé. »

Je suis ici, comme dans tout le reste, parfaitement de l’avis de M. Allainaiid, et je reconnais que le nom hollandais de coesdoes ou coudous doit rester à l’animal que j’ai nommé condoma, et que ce nom coudous avait été écrit mal à propos sur l’étiquette des cornes que nous reconnaissons être celles du canna dont il est ici question^.

«Ses cornes, dit M. Allamand, étaient telles que M. de Buffon les a « décrites; elles avaient une grosse arête qui formait deux tours de spirale « vers leur base; elles étaient lisses dans le reste de leur longueur, droites « et noires; leurs bases étaient éloignées l’une de l’autre de deux pouces, « et il y avait l’intervalle d’un pied entre leurs pointes; leur longueur était « d'un pied et demi, mais elle varie dans les différents individus; celles des « femelles sont, pour l’ordinaire, plus menues, plus droites et plus longues;

1. O Buffon n’en avait m d’abord qu’une corne, qu’il croyait venue de Pondichéry, ce qui a « fait penser à quelques auteurs que le canna se trouvait aussi dans les Indes : c’est une erreur, n ( Cuvier. )

"2. Voyez la note 1 de la page 382 du IIP volume.

DU CANNA

« elles sont creuses et soutenues par un os qui leur sert de noyau; ainsi « elles ne tombent jamais. A cette occasion M. Gordon m’écrit qu’on ne « connaît dans l’Afrique méridionale aucun animal qui perde ses cornes; « par conséquent il n’y a ni élans, ni cerfs, ni chevreuils. Kolbe seul les y « a vus.

«Le canna a un fanon très-remarquable qui lui pend au-devant de la « poitrine, et qui est de la même couleur que la tête et le cou; celui des « femelles est moins grand, aussi sont-elles un . peu plus petites que les «mâles; elles ont moins de poils sur le front, et c’est presque en cela « seulement que leurs figures dififèrent.

« J’ai déjà dit que Kolbe donne au canna le nom d’élan *, et c’est effec- « tivement celui sous lequel il est connu au Cap, quoique très-impropre- « ment; cependant il a, comme notre élan du Nord, une loupe sous la « gorge de la hauteur d’un pouce. Si l’on en croit M. Linnæns, c’est là un « caractère distinctif de l’élan, qu’il définit : alces, cervus cornibus a caua libiis palmatis , caruncula gulturali. Mais M. de Buffon remarque avec « raison que les élans femelles n’ont pas cette loupe et qu’elle n’est par « conséquent point un caractère essentiel à l’espèce : j’ignore si elle se « trouve dans la femelle du canna.

« Sa queue, qui est longue de deux pieds trois pouces, est terminée par « une touffe de longs poils ou crins noirs ; ses sabots sont aussi noirs, et « le peuple (sur la foi du nom) leur attribue la même vertu qu’à ceux de « nos élans, c’est d’être un souverain remède contre les convulsions.

« Il a quatre mamelles et une vésicule du fiel : quoique sa tête, qui a un « pied sept pouces de longueur, ressemble assez à celle du cerf, elle n’a « cependant point de larmiers.

« Les cannas sont presque tous détruits dans le voisinage du Cap, mais « il ne faut pas s’en éloigner beaucoup pour en rencontrer; on en trouve « dans les montagnes des Hottentots hollandais. Ces animaux marchent en « troupes de cinquante ou soixante, quelquefois même on en voit deux ou « trois cents ensemble près des fontaines ; il est rare de voir deux mâles « dans une troupe de femelles, parce qu’ alors ils se battent, et le plus faible « se retire; ainsi les deux sexes sont souvent à part. Le plus grand marche « ordinairement le premier : c’est un très-beau spectacle que de les voir « trotter et galoper en troupes; si l’on tire un coup de fusil chargé à balle « parmi eux, tout pesants qu’il sont, ils sautent fort haut et fort loin, et « grimpent sur des lieux escarpés, où il semble qu’il est impossible de par- « venir ; quand on les chasse, ils courent tous contre le vent , et avec un « bon cheval il est aisé de les couper dans leur marche ; ils sont fort doux,

1. « Les colons hollandais le nomment élan du Cap. Ce dernier nom, rapporté par (jnelqucs « voyageurs, a pu faire croire très-mal à propos qu’il y a des élans eu Afrique. » (Cuvier.)

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