Volume III, page
DU CANNA
saient qu’une assez petite partie de l’Asie et la seule portion de l’Afrique qui s’étend le long de la Méditerranée. Or cet animal, auquel M. Pallas donne le nom d’oryx ne se trouve ni dans l’Asie Mineure, ni dans l’Arabie, ni dans l’Égypte, ni dans toutes les terres de la Barbarie et de la Mauritanie; ainsi l’on est fondé à présumer qu’il ne pouvait être ni connu, ni nommé par les anciens.
M. Forster m’écrit qu’il a vu une femelle de cette espèce, en 1772, à la ménagerie du cap de Bonne-Espérance, laquelle avait environ quatre pieds de hauteur, mesurée aux jambes de devant : «Elle portait, dit-il, une sorte « de crinière le long du cou , qui s’étendait jusqu’aux épaules, où l’on « voyait aussi de très-longs poils ; il y avait une ligne noire sur le dos , et « les genoux étaient de cette même couleur noire, ainsi que le nez et le « museau ; le pelage du corps était fauve et à peu près semblable à celui « du cerf ; mais le ventre et le dedans des jambes étaient blanchâtres.
« On voyait sous la gorge de cette femelle une proéminence de la gros- « seur d’une pomme, qui était formée par l’os du larynx, plus apparent « et plus grand dans cette espèce d’animal que dans toute autre.
« Ainsi la femelle canna a, comme le mâle, cette proéminence sous la « gorge, au lieu que dans l’espèce de notre élan du nord le mâle seul porte « cet attribut.
« Toutes les dents incisives étaient, selon M. Forster, d’une largeur contt sidérable, mais celles du milieu étaient encore plus larges que les autres; « les yeux étaient vifs et pleins de feu ; la longueur des cornes était d’en- « viron un pied et demi; et pour avoir une idée de leur position, il faut sc « les représenter comme formant un grand V en regardant l’animal de face, « et comme s’effaçant parfaitement l’une l’autre en le regardant dans le « sens transversal; ces cornes étaient noires, lisses dans leur plus grande « longueur, avec quelques rides annulaires vers la base ; on remarquait « une arête mousse qui suivait les contours de la corne, laquelle était « droite dans sa direction, et un peu torse dans sa forme; les oreilles « étaient larges, les sabots des pieds fort petits à proportion du corps, leur tt forme était triangulaire et leur couleur noire.
« Au reste, cette femelle était très-apprivoisée et mangeait volontiers du « pain, des feuilles de choux, et les prenait même dans la main; elle était « dans sa quatrième année, et comme elle n’avait point de mâle et qu’elle « était en chaleur elle sautait sur des antilopes et même sur une autruche, « qui étaient dans le même parc. On assure que ces animaux se trouvent tt sur les hautes montagnes de l’intérieur des terres du Cap ; ils font des « sauts surprenants et franchissent des murs de huit et jusqu’à dix pieds « de haut. »
ADDITIONS
DU CONDOMA OU COESDOES.*
Nous donnons la figure ‘ du condoma, qu’on appelle au cap de Bonne- Espérance coësdoës; cette figure manquait à mon ouvrage : n’ayant pas eu la dépouille entière de l’animal, je n’avais pu donner alors que la figure de la tête et des cornes, et c’est de là qu’était venue sur le mot coësdoës ou coudons, la méprise que nous venons de rectifier dans l’article précédent^; mais il nous est arrivé depuis une peau bien conservée de ce bel animal. M. le chevalier d’Auvillars, lieutenant-colonel du régiment de Cambresis, en a aussi apporté une, de laquelle M. de Brosses, premier président du parlement de Dijon, m’a envoyé une très-bonne description qui se rapporte parfaitement avec tout ce que j’ai dit au sujet du condoma.
« L’animal entier, dit M. de Brosses, fut donné au chevalier d’Auvillars, « au cap de Bonne-Espérance, par M. Berg, secrétaire du conseil hollandais, « comme venant de l’intérieur de l’Afrique, et d’un lieu situé à environ « cent lieues du Cap; on lui dit qu’il s’appelait coësdoës. Il y avait trois de « ces animaux morts, l’un plus grand, l’autre plus petit que celui-ci; il le « fit très-exactement dépouiller de sa peau qu’il a apportée en France; « cette peau était assez épaisse pour faire des semelles de souliers. J’ai vu « la peau entière; l’animal semblait être de la forme d’un petit bœuf, mais « plus haut sur ses jambes; cette peau était couverte d’un poil gris de « souris assez ras; il y avait une raie blanche le long de l’épine du dos, « d’où descendaient de chaque côté six ou huit raies transversales de même « couleur blanche ; il y avait aussi au bas des yeux deux raies blanches « posées en chevron renversé ; et de chaque côté de ces raies deux taches « de même couleur; le haut du cou était garni de longs poils en forme de « crinière, qui se prolongeait jusque sur le garrot; les cornes, mesurées en « ligne droite, avaient deux pieds cinq pouces sept lignes de longueur, et « trois pieds deux pouces trois lignes en suivant exactement leurs triples (( sinuosités sur l’arète continue; l’intervalle entre les cornes, à leur nais- « sance, n’était que d’un pouce six lignes, et de deux pieds sept pouces à « leurs extrémités; leur circonférence à la base était de huit pouces trois « lignes; elles étaient bien faites, diminuaient régulièrement de grosseur en « s’éloignant de leur naissance, et finissaient en pointe aiguë; elles étaient « de couleur grise, lisses et assez semblables, pour la substance, à celles du « bouc, avec quelques rugosités dans le bas, mais sans aucunes stries véri- « tables ; on pouvait enlever en entier cette corne jusqu’au bout; après « avoir ôté cette enveloppe cornée, mince et parfaitement évidée, il reste
* Voyez la nomenclature de la page 381 du III« volume. — Le condoma est le coudons. Voyez la note 1 delà page 382 du I1I« volume.
1. Volume VI des Suppléments de l’édition in-4® de TImprime royale, planche xiii.