‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 349 sur 392 · DU CONDOM A · texte numérisé non relu

DU CONDOM A

« un os de moindre diamètre, presque aussi long, pareillement contourné, « de couleur blanc jaunâtre, mais mal lisse, d’une substance lâche, peu « compacte, friable et cellulaire; la corne du pied ressemblait à celle d’une « génisse de deux ans, et la queue était courte et garnie de poils assez longs « à l’extrémité »

Cette description, faite par M. le président de Brosses, est très-bonne ; je l’ai confrontée avec les dépouilles de ce même animal que j’avais reçues presque en même temps pour le Cabinet du Roi, et je n’ai rien trouvé à y ajouter ni retrancher.

MM. Forster, qui ont vu cet animal vivant, m’ont communiqué les notices suivantes : « Le condoma, ou coësdoës, a quatre pieds de hauteur, « mesuré aux jambes de devant, et les cornes ont trois pieds neuf pouces «de longueur; leurs extrémités sont éloignées l’une de l’autre de deux « pieds sept ou huit pouces; elles sont grises, mais blanchâtres à la pointe; « leur arête suit toutes leurs inflexions ou courbures, et elles sont un peu « comprimées et torses en hélice. La femelle porte des cornes comme le « mâle; les oreilles sont larges, et la queue, qui n’a qu’un demi-pied de « longueur, est brune à son origine, blanche sur le milieu, et noire à l’ex- « trémité, qui est terminée par une touffe de poils assez longs.

« Le pelage est ordinairement gris et quelquefois roussâtre; il y a sur le « dos une ligne blanche qui s’étend jusqu’à la queue; il descend de cette « ligne sept harres de même couleur blanche, dont quatre sur les cuisses et « trois sur les flancs ; dans quelques individus ces barres descendantes sont « au nombre de huit et même de neuf; dans d’autres il n’y en a que six, « mais ceux qui en ont sept sont les plus communs ; il y a sur l’arète du « cou une espèce de crinière formée de longs poils; le devant de la tête « est noirâtre, et du coin antérieur de chaque œil il part une ligne blanche « qui s’étend sur le museau; le ventre et les pieds sont d’un gris blan- « châtre; il y a des larmiers sous les yeux.

« Ces animaux se trouvent dans l’intérieur des terres du cap de Bonne- « Espérance; ils ne vont point en troupes comme certaines espèces de « gazelles; ils font des bonds et des sauts surprenants; on en a vu franchir « une porte grillée qui avait dix pieds de hauteur, quoiqu’il n’y eût que « très-peu d’espace pour pouvoir s’élancer. On peut les apprivoiser et les « nourrir de pain; on en a eu plusieurs à la ménagerie du cap de Bonne- « Espérance. »

Nous ajouterons encore à ces observations l’excellente description de cet animal que M. Allamand vient de publier à la suite du quatrième volume de mes Suppléments à Y Histoire naturelle, édition de Hollande ; il y a joint une très-belle figure d’un individu beaucoup plus grand que celui que j’ai fait dessiner et graver.

O. Extrait d’une lettre de M. de Brosses, datée de Dijon, le 3 juillet 1774.

ADDITIONS

DU CONDOMA OU COESDOES {suite).

( Par M. le professeur Allamand. )

(( Quoique les cornes de l’animal à qui M. de Bulfon a donné le nom de « condoma soient assez connues et se trouvent très-souvent dans les Cabi- « nets de curiosités naturelles, l’animal n’a jamais été décrit : il est pour- « tant assez remarquable pour mériter l’attention des voyageurs et des « naturalistes.

c( M. de Buffon a eu raison de dire qu’il approchait beaucoup de l’animal « que Cajus a donné sous le nom de strepsiceros \ puisqu’on ne saurait « douter que ce ne soit le même, vu la parfaite conformité des cornes Il « soupçonne aussi que ce pourrait bien être l’animal auquel Kolbe a donné <( le nom de chèvre sauvage ; et effectivement la description que celui-ci en « a faite a quelque rapport à celle que je vais donner du condoma; mais U aussi il y a des différences notables, comme on s’en apercevra bientôt.

« M. Pallas, qui, dans ses SpicUegia zoologica, fasc. i, pag. 17, a donné <( une bonne description des cornes et de la tête du condoma, croit que « M. de Bulfon s’est trompé en prenant cet animal pour cette chèvre sau- <( vage, parce qu’il n’en a point la barbe. S’il n’a pas d’autre raison que « celle-là pour appuyer son avis, c’est lui qui s’est trompé, car le condoma « a une barbe très-remarquable.

« Mais sans nous arrêter aux conjectures qu’on a pu former sur la figure « de cet animal, faisons-le connaître véritablement tel qu’il est, en lui con- « servant le nom de condoma que M. de Bulfon lui a donné, quoique ce <c ne soit pas celui qu’on lui donne au Cap, où on l’appelle coësdoës ou « coudons. Nous avons eu la satisfaction d’en voir un ici vivant, qui a été <( envoyé du cap de Bonne-Espérance, en 1776, à la ménagerie du prince t( d’Orange.

« Je lui ai rendu de fréquentes visites : frappé de sa beauté, je ne pouvais <( me lasser de l’admirer, et je renvoyais de jour à autre d’en faire une des-

a. « M. de Buffon remarque que Cajus s’est trompé en donnant à cet animal le nom de « strepsiceros , qui ne désigne que l’antilope, dont le condoma diffère beaucoup. Le nouveau « traducteur de Pline prétend que M. de Buffon s’est entièrement mépris au caractère dislinc- « tif des cornes du strepsiceros , auxquelles il n’accorde point la double flexion que M. de Buf- « fon leur attribue : il veut qu’elles soient droites, mais cannelées en spirale , et cela fondé sur « ce passage de Pline: Erecta autem (cornua) rugarumque ambitu contorta et in leve fasti- « gium exacuta , ut lyras diceres, slrepsiceroti quem addacem Africa appellat; ce qu’il « traduit ainsi: «Le chevreuil strepsiceros des Grecs , nommé addax en Afrique , a les cornes « droites et terminées en pointes, mais contournées en spirale, et cannelées tout autour. » S’il « avait fait attention qu’il a omis dans sa traduction celle de ces mots, ut lyras diceres, qui ne « convient qu’à la figure des cornes de l’antilope, il n’aurait sans doute pas fait cette critique. » Voyez sa traduction de Pline , t. IV, p. 339, note 26.

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