‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 362 sur 392 · Voyez la note 1 delà page · texte numérisé non relu

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ADDITIONS

« Les bubales, de même que les cannas, se sont éloignés des lieux « habités du cap, et se sont retirés dans l’intérieur du pays, où on les voit « courir en grandes troupes et avec une vitesse qui surpasse celle de tous « les autres animaux; un cheval ne saurait les atteindre. M. Gordon n’en a « jamais rencontré sur les montagnes, ceux qu’il a vus étaient toujours « dans les plaines; leur cri est une espèce d’éternuement; leur chair est « d’un très-bon goût; les paysans qui sont éloignés du Cap en coupent des « tranches fort minces qu’ils font sécher au soleil et qu’ils mangent souvent « avec d’autres viandes au lieu de pain.

« Les femelles n’ont que deux mamelles, et pour l’ordinaire elles ne font « qu’un petit à la fois; elles mettent bas en septembre, et quelquefois aussi « en avril.

« M. Pallas a donné une bonne description du bubale, etM. Zimmerman « a soupçonné que M. de Bulfon pourrait s’être mépris en prenant cet ani- « mal pour l’élan de Kolbe. »

LE GNOU ou NIOU.“*

Ce bel animal, qui se trouve dans l’intérieur des terres de l’Afrique, n’était connu d’aucun naturaliste : milord Bute, dont on connaît le goût pour les sciences, est le premier qui m’en ait donné connaissance, en m’envoyant un dessin colorié, au-dessus duquel était écrit : feva-heda an bosbuffel , animal de trois pieds et demi de hauteur, à deux cents lieues du cap de Bonne-Espérance; ensuite M. le vicomte de Querhoënt, qui a fait de très-bonnes observations dans ses derniers voyages, a bien voulu m’en confier le journal , dans lequel j’ai trouvé un autre dessin de ce même animal, sous le nom de noû, avec la courte description suivante :

« J’ai vu, dit-il, à la ménagerie du Cap un quadrupède que les Hottentots « appellent nou; il a tout le poil d’un brun très-foncé, niais une partie de « sa crinière, ainsi que sa queue et quelques longs poils autour des yeux « sont blancs. Il est ordinairement de la taille d’un grand cerf; il a été

a. Gnou doit se prononcer en mouillant le gn, c’est-à-dire, niou.

* Antilope gnu (Ginel. )•— «Animal fort extraordinaire, qui semble même, au premier <( coup d’œil , un monstre composé de parties de différents animaux. 11 a le corps et la croupe « d’un petit cheval , couvert de poils bruns , la queue garnie de longs poils blancs comme celle '( du cheval, et sur le cou xme belle crinière redressée, blanche à sa base, noire au bout des « poils. Ses cornes, rapprochées et élargies à leur base comme celles du buffle du Cap, descendent f< en dehors et remontent par leur pointe; son mufle est large, apiati et entouré d’un cercle de <( poils saillants ; sous sa gorge et sous son fanon court une seconde crinière noire; ses pieds « ont toute la légèreté de ceux du cerf. Les deux sexes ont des cornes.

« Cet animal vit dans les montagnes au nord du Cap, où il parait assez rare, et cependant a les anciens paraissent en avoir eu quelque connaissance. C’est probablement lui qui a donna fl heu à leur catoblepas. » (Cuvier. ) — Voyez la note 2 de la page 248 du III« volume.

LE GNOU

« amené au Cap de l’intérieur des terres en octobre 1773. Aucun animal « de cette espèce n’est encore arrivé en Europe, on n’y en a jamais envoyé « qu’un qui est mort dans la traversée. On en voit beaucoup dans l’intérieur « du pays; celui qui est à la ménagerie du Cap paraît assez doux ; on le « nourrit de pain , d’orge et d’herbe. »

M. le vicomte Venerosi Pesciolini, commandant de l’île de Croix, a aussi eu la bonté de m’envoyer tout nouvellement un dessin colorié de ce même animal, qui m’a paru un peu plus exact que les autres. Ce dessin était accompagné de la notice suivante .•

« J’ai cru devoir vous envoyer. Monsieur, la copie fidèle d’un animal « trouvé à cent cinquante lieues de l’établissement principal des Hollan- « dais, dans la baie de la Table, au cap de Bonne-Espérance. Il fut ren- « contré avec la mère par un habitant de la campagne, pris et conduit au « Cap, où il n’a vécu que trois jours; sa taille était celle d’un moyen mouton c( du pays, et celle de sa mère égalait celle des plus forts. Son nom n’est « point connu, parce que, de l’aveu même des Hottentots , son naturel « sauvage l’éloigne de tous les lieux fréquentés , et sa vitesse le soustrait « promptement à tous les regards. Ces détails , ajoute M. de Venerosi, ont « été donnés par M. Bergh, fiscal du Cap »

On voit que cet animal est très-remarquable, non-seulement par sa grandeur, mais encore par la beauté de sa forme , par la crinière qu’il porte tout le long du cou, par sa longue queue touffue et par plusieurs autres caractères qui semblent l’assimiler en partie au cheval, et en partie au bœuf. Nous lui conserverons le nom de gnou (qui se prononce niou), qu’il porte dans son pays natal, et dont nous sommes plus sûrs que de celui de feva-lieda; car voici ce que m’en a écrit M. Forster :

« Il se trouve au cap de Bonne-Espérance trois espèces de bœufs : 1° notre «bœuf commun d’Europe; 2“ le buffle, que je n’ai pas eu occasion de « décrire, et qui a beaucoup de rapport avec le buffle d’Europe ; 3“ le gnou : « ce dernier animal ne s’est trouvé qu’à cent quatre-vingts ou deux cents « lieues du Cap, dans l’intérieur des terres de l’Afrique; on a tenté deux « fois d’envoyer un de ces animaux en Hollande, mais ils sont morts dans « la traversée J’ai vu une femelle de cette espèce en 1775, elle était âgée « de trois ans; elle avait été élevée par un colon dont l’habitation était à

a. Lettre de M. le vicomte Venerosi Pesciolini à M. de Buffon, datée du Port-Louis, 27 février 1775. — On trouve aussi dans le Second Voyage du capitaine Cook , t. I, page 80, la notice suivante, au sujet de cet animal : « Il y a une autre espèce de bœuf sauvage , appelé par les « naturels du pays gnoo; les cornes de celui-ci sont minces; il a une crinière et des poils sur a le nez, et par la petitesse de ses jambes, il ressemble à un cheval ou à une antilope plutôt « qu’aux animaux de son espèce. »

b. Oa verra par l’addition que M. Allamand a fait imprimer dans le t. XV de mes ouvrages, édition de Hollande , qu’un de ces animaux est arrivé vivant à la ménagerie du prince d’Orange, où M. Allamand l’a dessiné et décrit avec son exactitude ordinaire.

ADDITIONS

« cent soixante lieues du Cap, qui l’avait prise fort jeune avec un autre « jeune mâle ; il les éleva tous deux et les amena pour les présenter au « gouverneur du Cap; cette jeune femelle, qui était privée, fut soignée dans « une étable et nourrie de pain bis et de feuilles de choux; elle n’était pas « tout à fait si grande que le mâle de la même portée. Sa fiente était comme « celle des vaches communes ; elle ne souffrait pas volontiers les caresses « ni les attouchements, et, quoique fort privée, elle ne laissait pas de donc( lier des coups de cornes et aussi des coups de pieds ; nous eûmes toutes « les peines du monde d’en prendre les dimensions à cause de son indoci- « lité ; on nous a dit que le gnou mâle, dans l’état sauvage, est aussi farou- « che et aussi méchant que le buffle, quoiqu’il soit beaucoup moins fort : « la jeune femelle dont nous venons de parler était assez douce ; elle ne « nous a jamais fait entendre sa voix ; elle ruminait comme les bœufs ; elle « aimait à se promener dans la basse-cour s’il ne faisait pas trop chaud, « car par la grande chaleur elle se retirait à l’ombre ou dans son étable.

« Ce gnou femelle était de la grandeur d’un daim, ou plutôt d’un âne; « elle avait au garrot quarante pouces et demi de hauteur, mesure d’An- « gleterre, et était un peu plus basse des jambes de derrière, où elle n’avait « que trente-neuf pouces ; la tête était grande à proportion du corps, ayant « quinze pouces et demi de longueur depuis les oreilles jusqu’au bout du « museau ; mais elle était comprimée des deux côtés, et vue de face elle « paraissait étroite; le mufle était carré, et les narines étaient en forme de « croissant; il y avait dans la mâchoire inférieure huit dents incisives sem- « blables, par la forme, à celles du bœuf commun; les yeux étaient fort « écartés l’un de l’autre, et placés sur les côtés de l’os frontal ; ils étaient c( grands, d’un brun noir, et paraissaient avoir un air de férocité et de « méchanceté que cependant l’éducation et la domesticité avaient modifié « dans l’animal; les oreilles étaient d’environ cinq pouces et demi de lon- « gueur, et de forme semblable à celles du bœuf commun; la longueur a des cornes étaitde dix-huit pouces en les mesurant sur leur courbure ; leur « forme était cylindrique, et leur couleur noire ; le corps était plus rond que « celui du bœuf, et l’épine n’était pas fort apparente, c’est-à-dire fort éle- « vée, en sorte que le corps du gnou semblait, par la forme, approcher « beaucoup de celui du cheval; les épaules étaient musculeuses, et les « cuisses et les jambes moins charnues et plus fines que celles du bœuf; « la croupe était effilée et relevée, mais aplatie vers la queue comme celle « du cheval; les pieds étaient légers et menus, ils avaient chacun deux « sabots pointus en devant, arrondis aux côtés et de couleur noire; la queue « avait vingt-huit pouces de longueur, y compris les longs poils qui étaient c( à son extrémité.

« Tout le corps était revêtu d’un poil court et ras, semblable à celui du « cerf pour la couleur; depuis le museau jusqu’à la hauteur des yeux, il

LE GNOU

«y avait de longs poils rudes et hérissés en forme de brosse, qui entou- « raient presque toute cette partie; depuis les cornes jusqu’au garrot il y « avait une espèce de crinière formée de longs poils dont la racine est blan- « châtre, et la pointe noire ou brune; sous le cou on voyait une autre « bande de longs poils qui se prolongeait depuis les jambes de devant jusc( qu’aux longs poils blancs de la lèvre inférieure ; et sous le ventre il y « avait une touffe de très-longs poils auprès. du nombril; les paupières « étaient garnies de poils d’un brun noir, et les yeux étaient entourés par- « tout de longs poils très-forts et de couleur blanche. »

Je dois ajouter à cette description, que M. Forster a bien voulu me corn» muniquer, les observations que M. le professeur Allamand a faites sur cet animal vivant, qui est arrivé plus nouvellement en Hollande; ce savant naturaliste l’a fait imprimer à la suite du XV® volume de mon ouvrage sur Yllistoire naturelle, édition de Hollande, et je ne puis mieux faire que de la copier ici.

DU GNOU [suite).

(Par M. le professeur Allamand.)

« Les anciens nous ont dit que l’Afrique était fertile en monstres : par ce « mot il ne faut entendre que des animaux inconnus dans les autres parties « du monde. C’est ce qu’on vérifie encore de nos jours lorsqu’on pénètre « dans cette vaste région. On en a vu divers exemples dans les descriptions « d’animaux donnés par M. de Buffon, et dans celle du sanglier d’Afrique « que j’y ai ajoutée. L’animal que je vais décrire en fournit une nouvelle « preuve; la figure que j’en donne planche xv a été gravée d’après un « dessin envoyé du cap de Bonne-Espérance, mais dont je n’ai pas osé faii e « usage dans mes additions précédentes à l’ouvrage de M. de Buffon, parce « que je le regardais comme la représentation d’un animal fabuleux J’ai « été détrompé par M. le capitaine Gordon, à qui je l’ai fait voir ; c’est un « officier de mérite, que son goût pour l’histoire naturelle et l’envie de con- « naître les mœurs et les coutumes des peuples qui habitent la partie méri- « dionale de l’Afrique ont conduit au Cap. De là il a pénétré plus avant « dans l’intérieur du pays qu’aucun autre Européen, accompagné d’un seul « Hottentot ; il a bravé toutes les incommodités d’un voyage de deux cents « lieues à travers des régions incultes et sans autres provisions pour sa « nourriture que les végétaux qui lui étaient indiqués par son compagnon « de voyage, ou le gibier que son fusil lui procurait. Sa curiosité a été bien

1. Édition de Hollande. — Buffon a reproduit cette figure du gnou dans le volume VI de ses Suppléments, planche ix; et lui-même en avait donné une autre, plus exacte, dans la planche viii de ce même volume.

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